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Le nombre de réfugiés dans le monde a explosé

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Encore un chiffre avancĂ© par l’Organisation Internationale des Migrations (OIM). Un chiffre ordinaire, courant, banal, sans Ă©motion et qui n’interpelle plus personne. Le nombre de rĂ©fugiĂ©s et de dĂ©placĂ©s qui ont fui les conflits, les persĂ©cutions et la pauvretĂ© dans leurs pays a atteint un niveau record de 63, 3 millions de personnes en 2015. Un simple recensement que les outils statistiques interprĂ©teront et peaufineront Ă  leur guise.

A ce chiffre, il conviendrait d’ajouter les dĂ©cès en mer recensĂ©s depuis le dĂ©but des conflits. 5350 personnes sont mortes en MĂ©diterranĂ©e en 2015. La tragĂ©die continue, sous l’indiffĂ©rence et la condescendance collective. Ce chiffre ne prend pas en compte tous les morts anonymes dans le dĂ©sert du Sahara oĂą des milliers d’africains subsahariens pĂ©rissent de soif, de faim et de maladies en fuyant des rĂ©gimes dictatoriaux.

Si ces morts sont comptabilisĂ©s, c’est parce que le drame se passe aux portes de l’Europe oĂą les camĂ©ras assistent, impuissantes, Ă  un drame humain sans prĂ©cĂ©dent. Dans le luxe douillet de nos salons, nous ignorons que des enfants, des femmes et des hommes meurent tous les jours sous les bombes, les drones et les mines des belligĂ©rants surarmĂ©s. Tous les civils et guerriers morts en guerre ne se comptabilisent pas. Le chiffre serait effarant.

N’est-il donc pas lĂ©gitime de nous poser des questions sur les origines des guerres en cours ? Qui a dĂ©clenchĂ© ces guerres ? Quelles en sont les motivations ? Qui arme les Ă©tats et les terroristes ? Qui finance les guerres ? Toutes ces questions sont sans rĂ©ponse. Du moins, nous les occultons pour nous donner bonne conscience.
Les rĂ©fugiĂ©s et migrants vont continuer encore Ă  frapper aux portes de l’Europe en crise. Ils sont classĂ©s en deux catĂ©gories :
-Les populations en guerre au Moyen Orient ;
-Les populations d’Afrique subsahariennes qui fuient les rĂ©gimes corrompus et prĂ©dateurs.

Dans une Europe oĂą la montĂ©e des populismes s’exprime librement au nom de la libertĂ© d’une parole dĂ©complexĂ©e, les rĂ©fugiĂ©s sont les mal venus. Il faut reconnaĂ®tre que la vieille Europe est en crise Ă©conomique et sociale. Le chĂ´mage s’est installĂ© avec son lot de prĂ©caritĂ©. La misère est devenue visible. Pourquoi s’Ă©tonner de l’hostilitĂ© des couches sociales qui peinent Ă  arrondir leur fin de mois ?

L’Hypocrisie collective des gouvernants du monde
Les pays en guerre continuent Ă  acheter des armes. QualifiĂ©s d’insolvables, ces rĂ©gimes dictatoriaux portent la responsabilitĂ© des errances de leur peuple. Le Moyen Orient s’embrase. La paix ne sera jamais au rendez-vous tant que les peuples seront soumis Ă  des modèles de gouvernance imposĂ©e par les grandes puissances.

En Afrique sub-saharienne, les jeunes s’exilent car les Ă©tats ne proposent aucune alternative aux forces vives. L’insĂ©curitĂ© galopante traduit l’incapacitĂ© des dirigeants Ă  mettre en place des projets innovants et crĂ©ateurs d’emplois, L’Afrique est toujours soumise aux projets ruineux de la Banque Mondiale et du FMI qui contribuent Ă  son sous-dĂ©veloppement.


Nous ne nous posons pas de bonnes questions sur toutes ces guerres qui dĂ©truisent notre humanitĂ©. A qui profitent ces guerres ? A l’origine, l’Occident a voulu imposer des rĂ©gimes « dĂ©mocratiques » et mettre fin Ă  des dictatures mĂ©thodiquement discriminĂ©es. Certes, tous les peuples aspirent Ă  la libertĂ©. L’idĂ©e est bonne, mais les intentions sont douteuses.

Les guerres déclenchées et soutenues au départ se transformaient en carnage, au regard des résistances en place.

L’enlisement des conflits conduit Ă  l’Ă©puisement. Les civils sont traquĂ©s alors qu’ils ne demandent qu’Ă  vivre en paix. D’ailleurs, nous remarquerons que les pays en guerre ne sont pas plus infrĂ©quentables que certains Ă©tats Ă©pargnĂ©s, dociles et soumis.
Aux portes de l’Europe, nous dĂ©couvrons soudain des pakistanais, des afghans, des libyens, des nigĂ©rians, des maliens, des soudanais, des Ă©thiopiens, des ivoiriens, des camerounais, des somaliens, des irakiens, des congolais, des ivoiriens, etc.

Tout ce monde ne fuit pas la guerre. Les régimes en place encouragent implicitement ces errances car ils ne proposent plus rien à leur jeunesse.

Les guerres ne profitent qu’aux marchands d’armes. Elles affectent les projets de dĂ©veloppement des pays « pauvres » et freinent dangereusement le commerce mondial. Aucune relance Ă©conomique viable n’aura lieu tant que les conflits en cours ne s’essouffleront pas.

Il serait alors sage de dĂ©noncer la fuite en avant des marchands de canons qui justifient les guerres en cours comme une menace Ă  la paix et Ă  l’Ă©quilibre du monde. Mais, notre hypocrisie collective, autrefois dĂ©noncĂ©e par les intellectuels, occulte les vrais questionnements qui Ă©touffent les vĂ©ritĂ©s. Et celles-ci sont de plus en plus vĂ©nĂ©neuses.

Michel Lobé Etamé, journaliste

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