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Le peuple camerounais doit organiser des funérailles patriotiques à Anne-Marie Nzié

Par Vincent-Sosthène Fouda, Président du Mouvement camerounais pour la social-démocratie (M.C.P.S.D)

Anne-Marie NziĂ© est dĂ©cĂ©dĂ©e après une longue vie sur terre, 84 ans ! Elle a consacrĂ© plus de 70 ans de sa vie Ă  la musique, dans les naissances, les mariages, les veillĂ©es, en temps de pluie et en temps de soleil. Oui nous pouvons nous demander Ă  quoi sert la musique ? Elle ne sert Ă  rien aurait rĂ©pondu RenĂ© Char mais elle nous permet de vivre. Elle est l’aliment de l’amour voilĂ  pourquoi dans une mĂŞme maison parents grands parents et enfants fredonnent « Sarah ».

Anne-Marie NziĂ© en chantant l’amour a donc traversĂ© les gĂ©nĂ©rations, rĂ©conciliĂ© les parents et les enfants dans une gĂ©nĂ©ration pas très lointaine oĂą parents et enfants ne parlaient pas de « cette chose-lĂ  » qu’est l’amour. Elle a animĂ© les veillĂ©es de jeunes filles de nos mères, elle a adulĂ© la virilitĂ© de nos pères, elle a su mieux que quiconque nous pousser vers le beau dans nos tĂ©nèbres, ne l’oublions point il n’y a qu’une place pour la beautĂ©. Toute la place est pour la beautĂ© et Anne Marie NziĂ© nous a aidĂ©s Ă  la trouver.

C’est au peuple aujourd’hui de faire rayonner cette beautĂ© en l’accompagnant Ă  sa dernière demeure de colombes, elle qui a su chanter « la libertĂ© » qu’y a-t-il de plus libre qu’une colombe qui est esprit et corps ? Anne-Marie NziĂ© qui fut « un sage de tĂŞte et de corps » mĂ©rite de notre part des funĂ©railles patriotiques. Y-a-t-il plus patriote que le peuple ? Tout le peuple, nous le peuple, ce peuple de gueux, le peuple de peu, le peuple de rien, le peuple de chien, le peuple de maigres, le peuple de cette odeur blĂŞme je veux dire nous. En effet les politiques organisent des funĂ©railles nationales et ou officielles pour les leurs, et nous que faisons-nous ?

Nous devons apprendre Ă  suivre dignement le cercueil des nĂ´tres, depuis la morgue jusqu’Ă  la maison, de la maison Ă  l’Eglise ou Ă  la MosquĂ©e, puis au cimetière pour porter et manifester notre douleur et souligner notre reconnaissance Ă  ceux et celles qui nous quittent. C’est humain la reconnaissance. Ce n’est pas Ă  un autre de le faire, ce n’est pas Ă  l’Etat de nous donner « un morceau de ciel », c’est Ă  nous de le cueillir et de l’offrir car il est Ă  lĂ , il suffit de lever la main pour l’atteindre. Ensemble avec la pluie, l’air froid, le ciel sombre, unissons-nous Ă  cette nature pour dire Ă  Anne-Marie NziĂ© que quand nous serons tous morts, la musique, les poèmes, sa voix resteront pour tĂ©moigner de ce qu’Ă©tait le monde, de ce qu’Ă©tait le Cameroun, le Cameroun visible et invisible.

Je vous appelle Ă  cet acte citoyen, rĂ©publicain et patriotique, c’est ce que nous partageons ensemble.


Vincent-Sosthène Fouda.

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