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Le prĂ©sident brĂ©silien s’accroche au pouvoir en pleine tempĂŞte politique

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FragilisĂ© par de graves accusations de corruption, le prĂ©sident brĂ©silien Michel Temer a refusĂ© catĂ©goriquement de quitter le pouvoir jeudi, malgrĂ© les appels de toute part Ă  la dĂ©mission et la chute brutale des marchĂ©s devant les incertitudes sur l’avenir politique du pays.

« Je ne dĂ©missionnerai pas. Je le rĂ©pète. Je ne dĂ©missionnerai pas », a martelĂ© le chef d’État lors d’une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e très attendue, après l’onde de choc des rĂ©vĂ©lations explosives du journal O Globo.

Selon ce quotidien basĂ© Ă  Rio de Janeiro (sud-est), le prĂ©sident a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  son insu par Joesley Batista, magnat de l’agroalimentaire qui l’aurait piĂ©gĂ© en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vins. Ces dessous de table seraient destinĂ©s Ă  acheter le silence d’Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des dĂ©putĂ©s, aujourd’hui en prison pour son implication dans le mĂ©ga-scandale de corruption Petrobras.

Ces rĂ©vĂ©lations ont poussĂ© la Cour suprĂŞme (STF) Ă  donner son feu vert Ă  l’ouverture d’une enquĂŞte contre le prĂ©sident.

« Je n’ai jamais autorisĂ© le moindre paiement pour acheter le silence de quiconque », s’est-il dĂ©fendu.

Alors que le capitaine tente de garder le cap, certains ont déjà quitté le navire.

La base parlementaire semble divisĂ©e et le ministre de la Culture, Roberto Freira, a prĂ©sentĂ© sa dĂ©mission en fin d’après-midi, selon son service de presse.

Selon les mĂ©dias brĂ©siliens, le ministre de la Ville pourrait lui emboĂ®ter le pas, ainsi que celui de la DĂ©fense, bien que ce dernier ait affirmĂ© dans un communiquĂ© qu’il resterait fidèle au poste, du moins pour le moment.

– RĂ©formes menacĂ©es –

Loin des allées du pouvoir, des manifestations anti-Temer ont commencé en fin de journée dans plusieurs grandes villes brésiliennes.

Ă€ Rio de Janeiro, plusieurs milliers de personnes ont bravĂ© la pluie pour crier « Temer Dehors! ».

« Comme citoyen brĂ©silien aujourd’hui, j’ai l’obligation d’être ici dans la rue pour exiger que notre prĂ©sident dĂ©missionne et qu’il y ait des Ă©lections directes pour le que BrĂ©sil puisse dĂ©cider de son avenir », s’est insurgĂ© JosĂ© Vincente, professeur d’histoire de 51 ans.


TouchĂ©e de plein fouet par la crise et un taux de chĂ´mage supĂ©rieur Ă  14%, la population est exaspĂ©rĂ©e par les scandales Ă  rĂ©pĂ©tition qui Ă©claboussent l’ensemble de la classe politique, y compris plusieurs ministres du gouvernement Temer.

Mercredi, les marchĂ©s se sont littĂ©ralement effondrĂ©s: la bourse de Sao Paulo (sud-est) a clĂ´turĂ© avec une très fort recul de 8,8% et les activitĂ©s ont mĂŞme Ă©tĂ© suspendues pendant une demi-heure peu après l’ouverture, face Ă  une baisse de plus de 10%.

La crise politique risque de freiner considĂ©rablement les efforts du gouvernement pour relancer l’Ă©conomie par le biais de mesures d’austĂ©ritĂ© impopulaires, comme la rĂ©forme des retraites, en cours d’analyse au Parlement.

« Cette semaine, mon gouvernement a connu son meilleur et son pire moment », a affirmĂ© M. Temer, rappelant les chiffres encourageants de l’inflation et les perspectives de retour timide Ă  la croissance, après deux annĂ©es consĂ©cutives de rĂ©cession.

« L’optimisme Ă©tait de retour et les rĂ©formes avançaient, mais hier, la rĂ©vĂ©lation d’un enregistrement clandestin a fait ressurgir le spectre d’une crise politique aux proportions encore inconnues », a-t-il dĂ©plorĂ©.

– ‘Protection politique’ –

Michel Temer, 76 ans, a pris le pouvoir il y a un an après la destitution controversée de la présidente Dilma Rousseff (2011-2016), dont il était le vice-président.

Dauphine de l’icĂ´ne de la gauche Luiz Inacio Lula da Silva (prĂ©sident de 2003 Ă  2010), lui-mĂŞme visĂ© par cinq procĂ©dures judiciaires dans le cadre du scandale Petrobras, Mme Rousseff accuse M. Temer d’avoir fomentĂ© un « coup d’État » en s’associant justement Ă  Eduardo Cunha pour prendre le pouvoir.

PrĂ©dĂ©cesseur de Lula, l’ex-prĂ©sident Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), du PSDB (droite), principale formation associĂ©e au parti PMDB du chef de l’Etat, a affirmĂ© sur Facebook qu’en l’absence d’arguments convaincants pour se dĂ©fendre de ces accusations, M. Temer « aura le devoir moral » de dĂ©missionner.

Comme le prĂ©sident a dĂ©cidĂ© de s’accrocher au pouvoir, plusieurs motions de destitution ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es par des parlementaires, mais la procĂ©dure est longue et fastidieuse, devant ĂŞtre approuvĂ©e Ă  la majoritĂ© des deux tiers par la chambres des dĂ©putĂ©s, puis par le SĂ©nat.

« Il pourrait compter sur une protection politique plus ou moins forte selon la conjoncture. C’est pour cela qu’aujourd’hui, la grande question est de savoir si les partis qui forment le socle du gouvernement vont quitter » la coalition gouvernementale, analyse Thomaz Pereira, professeur en droit constitutionnel Ă  la Fondation Getulio Vargas.

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