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Le tribalisme, seul vrai obstacle Ă  l’unitĂ© nationale!

Par Fabrice Nouanga

Le 20 mai dernier, le Cameroun cĂ©lĂ©brait dans toute l’Ă©tendue de son territoire, la traditionnelle fĂŞte nationale de l’unitĂ©. De milliers de Camerounais, de toutes les origines ont donc su dĂ©filer Ă  travers le triangle national pour cĂ©lĂ©brer avec fiertĂ© cette unification. Bon, en dĂ©pit de l’incident curieux de la merco du PrĂ©sident subitement tombĂ©e en panne Ă  YaoundĂ©, on peut dire que dans l’ensemble, faste et solennitĂ© ont Ă©tĂ© les maitres-mots qui ont marquĂ© cette mĂ©morable journĂ©e de l’histoire de notre pays. Ma joie Ă©tait tout aussi immense hein! Surtout qu’on aime trop la fĂŞte au Mboa.

Seulement, hier soir, une vive querelle sur une histoire de terrain entre deux de mes voisins m’a froidement touchĂ©e. En effet, l’un « Ewondo » et donc « autochtone » de YaoundĂ©, estimait que l’autre « BamilĂ©kĂ© » et donc « Ă©tranger » selon lui, devait « rentrer chez lui » car c’est un « envahisseur ». Aie très dur d’entendre de telles inepties juste au lendemain du 20 mai hein.

Alors sincèrement, quelques jours après la grande fĂŞte, pareil incident peut-il nous conforter rĂ©ellement dans cette unitĂ© dont on vante tant les prouesses et les mĂ©rites ? Je me suis finalement interrogĂ© sur l’unitĂ© de mon pays. Et effectivement, quand je vois les Camerounais vivre au quotidien, pour moi, elle n’existe nullement pas. C’est une grosse vue de l’esprit au vu du cynique tribalisme ambiant qui gangrène notre Nation et caractĂ©rise nos mentalitĂ©s.

A vrai dire, comment parler d’unitĂ© si chaque Camerounais oĂą qu’il se trouve, et avant toute action, regarde d’abord le patronyme, Ă©coute d’abord le dialecte parlĂ©, puis pense d’abord Ă  sa rĂ©gion, sa famille, son village, aux siens, aux ressortissants de son dĂ©partement avant de recruter, de rendre service, de faire du bien, d’aider, de soutenir, d’agir ?

Le tribalisme, cette survalorisation de notre identitĂ© tribale, cette nĂ©gation et ce rejet de l’autre tribu, se manifeste partout. Et partout, il fait des ravages. Partout il dĂ©truit. Partout il aliène. Dès lors, plus que la compĂ©tence et l’efficacitĂ©, c’est l’origine ethnique, la filiation, la religion, qui deviennent le critère par excellence d’ascension sociale. Le tribalisme ignore donc carrĂ©ment la mĂ©ritocratie et l’excellence. Que ce soit pour un emploi dans le secteur public ou privĂ©, un concours, un service public, un marchĂ© Ă  exĂ©cuter.Ce qui compte, n’est pas ce que l’on sait faire, mais celui que l’on connaĂ®t. Ah, chez nous ne dit-on pas d’ailleurs qu’on est quelqu’un derrière quelqu’un.du village ? Par consĂ©quent, ce ne sont pas les plus compĂ©tents et les plus mĂ©ritants qui sont engagĂ©s. HĂ©las!!!

Le tribalisme conduit donc chaque tribu Ă  placer sa personne quelque part. Chacun va donc tenter via cette personne, souvent sans rĂ©elle compĂ©tence, de capter et de dĂ©tourner les subventions, les avantages, les nominations et les services publics pour les envoyer vers son groupe tribal, ses « frères » du village, au dĂ©triment du reste des autres factions ethniques et de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. D’oĂą l’Ă©mergence d’une sociĂ©tĂ© camerounaise dĂ©vergondĂ©e, incivique, amorale, immorale mĂŞme ; une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur le clientĂ©lisme et la corruption, le favoritisme et le nĂ©potisme, le rĂ©gionalisme et l’ethnicisme.

Le tribalisme finit donc par limiter les avantages aux seuls membres de sa famille, de son clan ou de sa tribu. Il empĂŞche finalement d’Ă©changer et de collaborer avec les autres. Vous entendrez alors dans les coulisses : « Ils sortent d’ailleurs d’oĂą ces gens qui ne sont pas de chez nous lĂ ?» Eh oui, tout pour son village, rien pour les autres! Yeuch! Triste. Au lieu justement de s’ouvrir et d’apprendre des autres, les Camerounais se sont enfermĂ©s dans des logiques rĂ©actionnaires de type « Nous contre eux; c’est notre tour aussi ». Vous verrez alors par exemple quand un Ministre de la RĂ©publique ou un D.G est nommĂ©, c’est d’abord sa rĂ©gion et donc son village qui cĂ©lèbre. En fait « leur tour de manger » est arrivĂ©.

Et du coup, quelques semaines plus tard, dans le Ministère ou la l’Entreprise concernĂ©e, tout le monde, du planton au grand boss, en passant par les agents d’entretien, oui tout le monde, parlera dĂ©sormais la langue du Ministre ou du DG promu. Tant pis pour les autres hein. Leur tour arrivera surement. Des attitudes qui n’ont fait au final que consolider la misère, exacerber la pauvretĂ© et creuser les inĂ©galitĂ©s, poussant certains Camerounais Ă  se rĂ©fugier dans un « tribalisme protecteur ». Un vĂ©ritable cercle vicieux oĂą les uns s’enrichissent gloutonnement et d’autres s’appauvrissent misĂ©rablement. Et puis quoi encore? On verra donc des Camerounais se comporter par l’exclusive, cĂ©lĂ©brant un culte immodĂ©rĂ© de leur tribu, en entretenant l’idĂ©e d’une supĂ©rioritĂ© naturelle ou historique de celle-ci sur les autres. Quel gâchis!

Certains vont mĂŞme carrĂ©ment accoler des clichĂ©s et des stĂ©rĂ©otypes aux autres tribus. Vous entendrez alors dire que les gens de la tribu X sont tribalistes, vantards, escrocs, prostituĂ©es, envahisseurs, « fous pour 5 min » ; et ceux de la tribu Y, des sorciers, des « mamy watta », des alcooliques, des fainĂ©ants, des mĂ©chants, des violents, des cupides, des « chichards », etc. Les tribus sont ainsi jugĂ©s globalement, sans rĂ©elle preuve de quoique ce soit! On finit donc par jeter un regard mĂ©prisant et insultant sur les autres Ă  cause de ces prĂ©jugĂ©s non fondĂ©s. Finalement donc, chaque Camerounais fait la promotion de sa tribu et l’impose comme critère de sĂ©lection et de rejet en lieu et place de la compĂ©tence et de la valeur.

ArrĂŞtons ça voyons !!! Qui sommes-nous d’ailleurs pour ainsi juger d’autres Camerounais aussi cruellement ? Sincèrement, je pense que tel qu’il se manifeste chez nous, le tribalisme fait peur. Il inquiète. Et pourtant il fait « petit d’esprit ». C’est lâche! C’est vraiment gĂŞnant et honteux d’assister au quotidien Ă  ses manifestations.

En effet le tribalisme mine la cohĂ©sion et l’unitĂ© nationales. Comment dans un tel contexte, espĂ©rer bâtir une Nation unie et engager la lutte du dĂ©veloppement avec des citoyens s’excluant mutuellement ? Utopie rĂ©elle. Le tribalisme entretient des frustrations et fait le lit de la violence. Certes, il ne s’agit pas toujours de grandes explosions de violence ; non ! Mais de la petite violence au quotidien, la petite violence pernicieuse; la violence ravalĂ©e, nĂ©e du sentiment d’injustice et de rage impuissante et qui vous font « attendre votre tour pour leur faire voir Ă  ces gens lĂ  »; cette violence lĂ  est plus dangereuse. N’y a qu’Ă  voir comment les Camerounais sont agressifs et barbares Ă  la limite! Évidemment parce qu’il nie l’individu, lui renie ses droits les plus Ă©lĂ©mentaires, l’empĂŞche tout simplement de s’exprimer et de vivre; car certaines tribus par leur pouvoir politique, Ă©conomique ou social confisquent tout et se disent les meilleurs puis persistent finalement dans la perversion et la gabegie. Milles fois


Dommage!

Oui des solutions existent. Chaque Camerounais oĂą qu’il soit doit pouvoir promouvoir l’anti-tribalisme et l’unitĂ© de la Nation par tous les moyens possibles, afin d’extirper le tribalisme systĂ©mique dans son entourage, dans les entreprises, les ministères, les PME, les associations, les groupes, bref partout oĂą cette tare sĂ©vit. Ce n’est pas l’affaire d’un individu (fĂ»t-il chef de l’État). Il n’y avait rien qui prĂ©disposait le Bassaa, l’Ewondo, le Bafia.Ă  vivre dans un mĂŞme pays que le Bamileke, le Ngoumba, le FoulbĂ©, le Douala.Ils s’y sont retrouvĂ©s par pur hasard! Il suffisait que le stylo qui dessinait et divisait la carte de l’Afrique Ă  la ConfĂ©rence de Berlin s’Ă©gare autrement et le Cameroun n’aurait pas existĂ© ou serait autre chose hein.

La rĂ©alitĂ© tribale a donc prĂ©cĂ©dĂ© l’État. Donc tant qu’il y aura des tribus au Cameroun, on se doit de vivre ensemble! Le problème est de rĂ©duire le mal et de le contenir dans des proportions qui le rendent inoffensif. L’Ă©radication complète du tribalisme est un leurre, je le sais. C’est indiscutable. Il ne finira jamais. Mais, si dĂ©jĂ , nous parvenons Ă  l’extirper de nos mentalitĂ©s, on aura fait un grand bon en avant.

La tribu est un trait de notre pays et fait partie de l’identitĂ© de chacun de nous. Alors chacun a le droit de valoriser la sienne. C’est lĂ©gitime. Car Il y a forcement des forces, des effets positifs que le Cameroun entier pourrait tirer de chacune de ses 250 tribus. Elles se valent d’ailleurs toutes.

Alors tant que nous sommes tribalistes, ben le Cameroun lui, reculera toujours et ne sera donc pas un pays unifiĂ©. Et le fameux 20 mai ne servira donc vraiment pas Ă  grand-chose, si ce n’est une formalitĂ© de dĂ©filĂ© et de festivitĂ©s. Eh ouii!

Alors, Camerounais, Camerounaises, on est tous frères et s urs et nous devons nous unir réellement autour de notre seule et unique tribu: LE CAMEROUN!

Hum, une idĂ©e tout de mĂŞme. Pourquoi d’ailleurs on ne crĂ©erait pas, comme la Conac (Commission Anti Corruption), une Commission. Anti Tribalisme : La Conat. Je serais peut-ĂŞtre son prĂ©sident ! N’est-ce pas? Tsuip!!!


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