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Le Vatican secoué par une crise interne !

Des dizaines de documents secrets du Vatican sur la place publique, le banquier du pape limogé, le plus petit État du monde est confronté à une crise sans précédent

Le Vatican confrontĂ© Ă  une crise sans prĂ©cĂ©dent…
L’affaire des fuites de documents a, depuis janvier dernier, empoisonnĂ© le quotidien du Vatican. Ce climat de suspicion s’est soldĂ© depuis samedi dernier par la publication en Italie d’un livre intitulĂ© « Sua Santita » (« Sa SaintetĂ© »). Ce livre reproduit des dizaines de fax et de lettres ultra-secrètes dont le pape est destinataire ou a eu connaissance et que des « gorges profondes » ont ensuite livrĂ© Ă  l’auteur, le journaliste Gianluigi Nuzzi. Ces documents illustrent de nombreux dĂ©bats internes, par exemple sur les relations avec les autoritĂ©s italiennes (pressions vaticanes sur les sujets de sociĂ©tĂ©, questions fiscales, finances des instituts catholiques), les scandales sexuels chez les LĂ©gionnaires du Christ ou encore les nĂ©gociations avec les intĂ©gristes. Ce n’est certes pas le premier scandale qui Ă©branle l’institution, mais cette fois, « il y a quelque chose d’encore plus profond », car Ă©merge le sentiment d’un « dĂ©sordre systĂ©mique » au sein de l’Eglise catholique, comme l’a dĂ©clarĂ© Alberto Melloni. Pour cet historien spĂ©cialisĂ© « jamais l’Eglise catholique n’a donnĂ© un tel sentiment de dĂ©sorientation ». Alors qu’une commission d’enquĂŞte dirigĂ©e par trois cardinaux est au travail au Vatican sur d’autres fuites intervenues en janvier dernier, ce livre a donnĂ© lieu Ă  une rĂ©action furibonde du Saint Siège qui a menacĂ© de poursuites en Italie. Une rĂ©action qui peut surprendre car les documents publiĂ©s ne sont souvent pas des surprises, et n’ont en gĂ©nĂ©ral rien de scandaleux, mĂŞme s’ils rĂ©vèlent des tensions entre cardinaux.

Le majordome du pape serait l’auteur des indiscrĂ©tions
Quatre jours après l’arrestation d’une personne « en possession illĂ©gale de documents confidentiels », le Saint-Siège a annoncĂ© que le responsable prĂ©sumĂ© des indiscrĂ©tions, en garde Ă  vue depuis quelques jours, n’est autre que Paolo Gabriele, l’ancien majordome des appartements pontificaux de BenoĂ®t XVI. AccusĂ© d’avoir divulguĂ© des secrets papaux, il risque trente ans de prison. La justice du Vatican aurait donc dĂ©busquĂ© la taupe… « Je confirme que la personne, arrĂŞtĂ©e mercredi pour possession illĂ©gale de documents confidentiels retrouvĂ©s Ă  son domicile situĂ© sur le territoire du Vatican, est M. Paolo Gabriele, qui reste incarcĂ©rĂ© », a indiquĂ© dans un communiquĂ© le père Federico Lombardi, responsable de la salle de presse du Saint-Siège. Techniquement, le petit Etat ne disposant pas de prison, la supposĂ©e taupe est actuellement dĂ©tenue dans une « salle sĂ©curisĂ©e » par la gendarmerie vaticane. Si d’aventure Paolo Gabriele Ă©tait reconnu coupable, ce proche d’entre les proches du souverain pontife, qui jusqu’Ă  son arrestation mercredi dernier lui servait ses repas, l’aidait Ă  se vĂŞtir et avait libre-accès aux pièces les plus protĂ©gĂ©es du Vatican, pourrait passer les trente prochaines annĂ©es en prison. Au terme d’un mois d’enquĂŞte d’une commission spĂ©ciale constituĂ©e de trois cardinaux, il lui est reprochĂ© d’avoir transmis des documents on ne peut plus confidentiels et embarrassants pour l’Eglise catholique Ă  des mĂ©dias qui ne se sont pas privĂ©s de les rendre publics. Ces pièces, tirĂ©es notamment de la correspondance privĂ©e de BenoĂ®t XVI, sont rĂ©vĂ©latrices entre autres dĂ©bats internes et sujets sensibles, des nĂ©gociations entre Rome et « ses » intĂ©gristes, des scandales sexuels chez les LĂ©gionnaires du Christ, et surtout, sur le terrain financier, de la situation fiscale du Vatican, de la gestion des instituts catholiques et autres affaires de contrats truquĂ©s. Pour avoir illĂ©galement dĂ©tenu des documents appartenant Ă  un chef d’Etat, Paolo Gabriele risque beaucoup plus gros, a fortiori s’il a agi seul, ce dont doutent certains connaisseurs des arcanes du Vatican, qui avancent dans la presse italienne qu’il n’a probablement Ă©tĂ© que le pion d’une lutte intestine. Au Saint-Siège, beaucoup ne croient tout simplement pas en sa culpabilitĂ©, ou du moins sont apparus stupĂ©faits. M. Gabriele « aime tellement le pape qu’il ne le trahirait jamais », a ainsi affirmĂ© Ă  La Stampa, sous couvert d’anonymat, un prĂ©lat qui dans le passĂ© a confessĂ© le majordome dĂ©chu. D’après son entourage, le pape BenoĂ®t XVI, qui ne s’attendait certainement pas Ă  aborder de cette façon la fĂŞte de la PentecĂ´te se serait simplement dit « affligĂ© » et « choquĂ© » du fait que son majordome ait pu le trahir. « L’accusĂ© a nommĂ© deux avocats de son choix (…) et il a eu l’occasion de les rencontrer » et le pourra encore dans « les prochaines phases de la procĂ©dure », poursuit le communiquĂ©, qui assure que M. Gabriele, 46 ans, qui vient officiellement d’ĂŞtre inculpĂ©, bĂ©nĂ©ficie de « toutes les garanties juridiques prĂ©vues par le Code pĂ©nal et de procĂ©dure, en vigueur dans l’Etat de la CitĂ© du Vatican ». « La phase d’instruction se poursuivra tant que la situation au c ur de l’enquĂŞte ne sera pas claire, après quoi le juge d’instruction dĂ©cidera de l’acquittement ou du renvoi en justice », avait prĂ©cĂ©demment indiquĂ© le père Lombardi Ă  la presse.

Le Président de la banque du Vatican limogé


Première victime du scandale, Ettore Gotti Tedeschi, le prĂ©sident de l’Institut des uvres religieuses (IOR), autrement dit la banque du Vatican, accusĂ© de « mauvaise gouvernance » a Ă©tĂ© limogĂ© jeudi. Comment expliquer le spectaculaire vote de dĂ©fiance jeudi du Conseil d’administration de l’IOR Ă  l’encontre d’Ettore Gotti Tedeschi, expert de « l’Ă©thique de la finance », dont la nomination en 2009 Ă  la tĂŞte de l’IOR avait laissĂ© espĂ©rer l’assainissement des finances du Vatican ? Officiellement, il lui est reprochĂ© de « n’avoir pas su remplir certaines fonctions de première importance », en dĂ©pit d’avertissements rĂ©pĂ©tĂ©s, alors que la situation « se dĂ©tĂ©riorait ». Selon des sources non confirmĂ©es, il aurait pu faire connaĂ®tre lui-mĂŞme certains documents de travail Ă  l’extĂ©rieur du Vatican, par un souci de transparence. Selon les documents reproduits dans Sua Santita, Gotti Tedeschi demande notamment comment anticiper les probables rĂ©percussions de la crise financière sur les finances de l’Église. La chute de cet homme respectĂ© survient Ă  un moment crucial. Au dĂ©but du mois de juillet prochain, un groupe d’experts europĂ©ens doit dĂ©cider si le Vatican peut rejoindre la liste des États transparents dans la lutte anti-blanchiment, la « White list ». D’oĂą la question de savoir si ce n’est pas un complot systĂ©matique pour discrĂ©diter le Vatican ? ImpliquĂ© dans les annĂ©es 1980 dans des scandales sulfureux mĂŞlant mafia, loge maçonnique et services secrets, l’IOR a repoli lentement son image sous le pontificat de BenoĂ®t XVI, en s’efforçant de remplir les critères contre le recyclage de l’argent sale. De nouvelles lois vaticanes ont Ă©tĂ© adoptĂ©es, mĂŞme si elles sont critiquĂ©es car jugĂ©es insuffisantes. Le pape allemand, qui a fait de la rigueur une prioritĂ©, a crĂ©Ă© en 2010 une AutoritĂ© d’information financière (AIF), mĂŞme si beaucoup reste Ă  faire.

Le Vatican secoué par une crise interne

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