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Le Venezuela se retire de l’Organisation des Etats amĂ©ricains

Le Venezuela, secouĂ© par une vague de manifestations de l’opposition oĂą une trentaine de personnes ont perdu la vie en près d’un mois, a annoncĂ© mercredi son retrait de l’Organisation des Etats amĂ©ricains (OEA), accusĂ©e d' »ingĂ©rence » par le gouvernement du prĂ©sident Nicolas Maduro.

« Demain (jeudi) nous prĂ©senterons une plainte devant l’OEA et nous lancerons un processus qui prend 24 mois » pour faire sortir le pays sud-amĂ©ricain de cet organisme rĂ©gional basĂ© Ă  Washington, a annoncĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision la chef de la diplomatie vĂ©nĂ©zuĂ©lienne Delcy Rodriguez.

L’OEA, dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Luis Almagro a traitĂ© le chef de l’Etat vĂ©nĂ©zuĂ©lien de « dictateur », s’est rĂ©unie mercredi pour convoquer un mini-sommet des ministres des Affaires Ă©trangères de la rĂ©gion sur la crise vĂ©nĂ©zuĂ©lienne, sans prĂ©ciser de date.

Mme Rodriguez avait dĂ©jĂ  menacĂ© mardi soir de quitter l’organisation si une telle rĂ©union avait lieu. DĂ©but avril, elle avait accusĂ© plusieurs pays de la rĂ©gion d’agir de concert en faveur d’une ingĂ©rence dans les affaires du Venezuela, pour « satisfaire les intĂ©rĂŞts de Washington ».

De son cĂ´tĂ©, M. Almagro, l’un des plus critiques Ă  l’international envers M. Maduro, avait annoncĂ© Ă  diverses reprises vouloir invoquer la charte dĂ©mocratique de l’organisme pour obtenir la suspension de Caracas de l’OEA.

Ce coup d’Ă©clat diplomatique intervient alors que des affrontements ont a nouveau opposĂ© mercredi la police et les opposants au gouvernement.

– Pluie de gaz lacrymogènes –

Les deux groupes se sont fait face sur l’autoroute Francisco-Fajardo, voie d’accès Ă  la capitale et théâtre des prĂ©cĂ©dents heurts, sous une pluie de gaz lacrymogènes et jets d’eau d’un cĂ´tĂ©, de cocktails Molotov et de projectiles de l’autre.

Plusieurs autres dĂ©filĂ©s en faveur d’Ă©lections anticipĂ©es ont eu lieu Ă  travers le pays.

VĂŞtus de blanc et portant des drapeaux rouge, jaune et bleu du Venezuela, les antichavistes (du nom du dĂ©funt prĂ©sident Hugo Chavez, 1999-2013) n’avaient qu’un objectif: atteindre le coeur de Caracas, considĂ©rĂ© comme un bastion du pouvoir, pour manifester devant les locaux du DĂ©fenseur du peuple, l’autoritĂ© devant veiller au respect des droits de l’homme.

Comme les autres fois, ils en ont Ă©tĂ© empĂŞchĂ©s par les forces de l’ordre. Signe de l’atmosphère rendue irrespirable Ă  cause des gaz lacrymogènes, une Ă©cole proche des heurts Ă  Caracas a dĂ» ĂŞtre Ă©vacuĂ©e, Ă  constatĂ© l’AFP.

« Je veux mourir dans un Venezuela libĂ©rĂ© de la dictature. Cela fait près d’un mois que je proteste et je vais continuer jusqu’Ă  ce que nous en finissions », a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP Elizabeth Freites, 77 ans.

Jeudi, les dĂ©putĂ©s de l’opposition, majoritaire au Parlement, ont prĂ©vu de tenir une sĂ©ance dans un lieu public et de rendre hommage au dernier manifestant mort Ă  Caracas.


Ramon Muchacho, le maire de Chacao, un quartier de Caracas, a dĂ©noncĂ© sur Twitter la mort de ce jeune homme de 20 ans, hospitalisĂ© mercredi « sans signes vitaux » après avoir Ă©tĂ© touchĂ© Ă  la poitrine par une cartouche de gaz. Le ministère public a confirmĂ© ce dĂ©cès.

Un peu plus tĂ´t, le parquet avait annoncĂ© la mort dans la nuit prĂ©cĂ©dente d’un homme de 22 ans blessĂ© par balle lundi durant une manifestation Ă  Valencia (nord).

– 28 morts –

Au total, on compte dĂ©jĂ  28 morts, selon le dernier bilan du parquet -29 selon le chef de l’Etat- qui a dĂ©nombrĂ© aussi 437 blessĂ©s et 1.289 personnes arrĂŞtĂ©es pour divers troubles et saccages.

Ce bilan est le plus lourd depuis la vague de manifestations de 2014 qui avait fait officiellement 43 morts.

Presque toutes ces marches d’avril ont dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en heurts et pillages. A cela s’est ajoutĂ©e la violence exercĂ©e par les « colectivos », des groupes de civils armĂ©s par le gouvernement, selon l’opposition.

Par ailleurs, 14 journalistes au total ont été arrêtés et 106 agressés en quatre semaines, a indiqué le Syndicat national des travailleurs de la presse.

En rĂ©ponse Ă  ces manifestations de l’opposition, les soutiens du gouvernement ont marchĂ© en masse mercredi vers le palais prĂ©sidentiel de Miraflores, pour Ă©couter le chef de l’Etat.

L’Ă©tincelle Ă  l’origine de cette vague de manifestations, quasi-quotidiennes depuis dĂ©but avril, a Ă©tĂ© la dĂ©cision de la Cour suprĂŞme de s’arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrĂ´lĂ©e par l’opposition depuis fin 2015.

L’opposition avait dĂ©noncĂ© une tentative de « coup d’Etat » et l’indignation diplomatique provoquĂ©e avait finalement forcĂ© l’autoritĂ© judiciaire Ă  faire marche arrière 48 heures plus tard.

Dans ce pays pĂ©trolier dont l’Ă©conomie s’est effondrĂ©e avec la chute des cours du brut, la majoritĂ© des aliments et mĂ©dicaments sont introuvables. Sept VĂ©nĂ©zuĂ©liens sur dix souhaitent le dĂ©part de M. Maduro, selon un sondage Venebarometro.

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