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Les Africains de la diaspora doivent mettre fin aux manifestations contre leurs dirigeants

Par Leon Tuam

Les Africains de la diaspora ont l’habitude d’organiser des confĂ©rences, des manifestations et marches contre leurs dirigeants en protestation contre les manières maffieuses, discriminatoires, injustes et antipatriotiques dont sont dirigĂ©s leurs pays. Et plus ces maladresses de leurs dirigeants se multiplient, plus ces expressions publiques hostiles vont croissantes.

Dans les villes et capitales europĂ©ennes et amĂ©ricaines surtout, cette diaspora africaine rĂ©cente (n’oublions pas qu’il est des diasporas africaines) en organise beaucoup sans s’interroger sur leurs fruits et sans se demander Ă  qui elles profitent. Il me semble qu’il est temps de fournir de rĂ©ponses justes Ă  cette question-lĂ .

En tant qu’activiste des Droits Humains et ancien syndicaliste, j’ai piĂ©tinĂ© rues et reprĂ©sentations diplomatiques africaines en occident auprès d’autres Africains pour dĂ©noncer les abus et crimes des dirigeants de mon continent, et demandĂ© des changements politiques, Ă©conomiques et sociaux qualitatifs. Sans dire qu’il s’agissait d’erreurs, c’est depuis quelques annĂ©es que j’ai commencĂ© Ă  voir les choses diffĂ©remment. Et les raisons sont les suivantes.

1-Très attentivement depuis quelques annĂ©es j’ai observĂ© la vie sociale et politique dans les pays occidentaux (AmĂ©rique et Europe le plus) et constatĂ© qu’il y avait aussi beaucoup d’abus et d’injustices commis sur leurs citoyens. Il y a au quotidien des violations des droits et volontĂ©s de leurs populations Ă  des degrĂ©s divers.

Dans ces pays, les violations des droits des citoyens, les violences par la police et les différents services secrets sont nombreuses.

D’autre part, les populations ne veulent pas des guerres de pillages, d’annexions et d’occupation que leurs dirigeants planifient et livrent un peu partout dans le monde, mais leurs avis ne sont jamais pris en considĂ©ration ; c’est comme si elles ne comptaient pas.

Quelqu’un ici peut-il me dire quand et oĂą est-ce qu’il a vu des citoyens français ou amĂ©ricains d’Afrique, d’Europe, d’AmĂ©rique ou d’Asie manifester devant les reprĂ©sentations diplomatiques de leur pays ou dans les rues des villes de ces continents, dĂ©nonçant les abus, les violences et le non-respect de leurs droits par leurs dirigeants ?

Qui a dĂ©jĂ  vu des Français ou des AmĂ©ricains manifester contre leurs dirigeants quelque part malgrĂ© leurs gaucheries, sauvageries et trahisons ? Allons-nous oser dire qu’ils sont de si bons dirigeants ?

O non, il n’y a qu’Ă  scruter tous les coups doux ou brusques qui se donnent dans le dos de ces pauvres citoyens. L’on vous parle de libertĂ©, que vous pouvez vous exprimer ; mais traversez un certain seuil dans la lĂ©galitĂ©, nuisez Ă  certains intĂ©rĂŞts, et le prix Ă  payer sera très lourd.

L’Arabie Saoudite pour le moment au monde figure le bastion des violations des droits humains sur tous les plans de ses propres citoyens. Elle est le point du monde le plus sombre actuellement. OĂą dans le monde a-t-on dĂ©jĂ  vu des victimes saoudiennes manifester contre leurs dirigeants tyranniques ? Leurs luttes impitoyablement Ă©crasĂ©es se dĂ©roulent Ă  l’intĂ©rieur.

Pendant et après les barbaries et gĂ©nocides par des dirigeants occidentaux avec la complicitĂ© de l’ONU en CĂ´te d’Ivoire et en Libye, qui ici a vu des Français ou des AmĂ©ricains de la diaspora se regrouper et manifester contre les cruautĂ©s des leurs ? Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Sont-ils si bĂŞtes ? Non.

C’est que ces Français et AmĂ©ricains aiment leur pays, c’est parce qu’ils ne veulent pas donner l’occasion aux Ă©trangers de ravaler et salir leur pays, c’est parce qu’ils veulent nettoyer eux-mĂŞmes leurs ordures de l’intĂ©rieur et non de l’extĂ©rieur. Ils sont des patriotes, et des patriotes pĂ©trifiĂ©s dans le moule de l’inconditionnalitĂ©. Mais certains d’eux qui auraient pu oser, ont peur d’ĂŞtre cruellement anĂ©antis Ă  leur retour au bercail.


2-Les marches et manifestations de la diaspora africaine contre les leaders africains sont plutĂ´t très improductives Ă  mon avis. Et en mĂŞme temps, elles ne sauraient avoir d’impacts positifs sur la vie des populations des pays africains. Elles sont le plus souvent rĂ©cupĂ©rĂ©es par des prĂ©dateurs.

Les luttes diasporiques africaines sont appuyĂ©es par les Etats et certaines Structures des pays hĂ´tes seulement quand ces luttes sont des roues devant conduire Ă  d’Ă©normes profits. Parmi ces manifestants ou activistes, souvent l’on a dĂ©jĂ  pointĂ© de futurs leaders qui joueront demain le mĂŞme rĂ´le que jouent la plupart de ceux qui nous dirigent : des valets, des traĂ®tres.

3-Les marches et manifestations des Africains de la diaspora contre leurs dirigeants profitent le plus souvent plutĂ´t aux leaders Ă©conomiques et politiques occidentaux et aux Africains diasporiques collaborateurs prĂŞts Ă  jouer le jeu de ces derniers. Ce sont eux qui se joindront Ă  ceux de leurs compatriotes du pays qui courtisent les chancelleries Ă©trangères, espĂ©rant recevoir d’eux le pouvoir pour perpĂ©tuer la domination des Africains.

Les leaders occidentaux aiment bien ces manifestations hostiles pour régler des comptes aux dirigeants africains patriotes et têtus. Ils les utilisent pour briser et enchaîner économiquement, financièrement et monétairement certains pays africains, et pour phagocyter davantage les richesses africaines.

Il faut voir que les marches, confĂ©rences et dĂ©nonciations et autres actions contre les dirigeants africains bons valets n’aboutissent Ă  rien. Ainsi tout ce que les Ivoiriens de la diaspora entreprendront en France contre le pouvoir dictatorial et destructeur de Ouattara, d’Issoufou, de Sassou ou de Faure Eyadema, ne recevra aucun Ă©cho favorable; tandis que si ces actions sont contre les dirigeants algĂ©riens, tchadiens, burundais ou Equato-GuinĂ©ens, etc. les prĂ©dateurs avec leurs ONG et medium très vite appuieraient celles-ci.

La lutte de l’Afrique diasporique aujourd’hui doit s’orienter et s’accentuer plutĂ´t sur des efforts Ă  assister de manière insigne les populations africaines citadines et rurales matĂ©riellement, financièrement et didactiquement, avec des Ă©quipements pour hĂ´pitaux, Ă©coles, agricultures, Ă©levages et pĂŞches, etc.

J’ai beaucoup admirĂ© cette forme de lutte chez un Africain d’origine camerounaise (le professeur Ambroise Kom, ancien ami de Mongo BĂ©ti) jadis basĂ© Ă  Boston aux Etats-Unis ; après des dĂ©marches et efforts titaniques dans la diaspora africaine pour des fonds pour la fondation et la fortification de l’UniversitĂ© des Montagnes au Cameroun, il est retournĂ© au bercail. C’est l’exemple d’une lutte intelligente et patriotique plus utile Ă  l’Afrique.

Les vĂ©ritables luttes socio-politiques pour des changements qualitatifs et quantitatifs en Afrique doivent s’organiser et se dĂ©rouler Ă  l’intĂ©rieur du continent africain et non ailleurs.

Malheureusement, certains fils et filles d’Afrique s’entĂŞtent Ă  les mener de l’extĂ©rieur, ce qui peut relever de la naĂŻvetĂ©, du pur dĂ©sir de s’afficher ou de la trahison tout simplement. Dans tous les cas, nous devons apprendre chaque jour et avancer sans arrogance.


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