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Les AVC au Cameroun: «prévenir vaut mieux que guérir»

Certaines habitudes alimentaires et modes de vie que l’on ne retrouvait qu’en Europe sont aujourd’hui Ă  l’origine de la croissance des facteurs de risque cardio-vasculaire sur le continent africain

Si les maladies infectieuses et parasitaires Ă©taient jusqu’Ă  prĂ©sent des pathologies dominantes en Afrique, certaines habitudes alimentaires et certains modes de vie que l’on ne retrouvait qu’en Europe se sont rapidement rĂ©pandus dans l’ensemble du continent africain et sont, aujourd’hui de ce fait, Ă  l’origine de la croissance des facteurs de risque cardio-vasculaire et la montĂ©e en puissance des maladies mĂ©taboliques sur le continent africain et notamment au Cameroun.

Aussi, les prĂ©visions Ă©pidĂ©miologiques très alarmistes indiquent qu’en Afrique, le fardeau des maladies vasculaires notamment cĂ©rĂ©brales va augmenter et Ă©ventuellement apporter la contribution la plus importante Ă  l’aggravation de la mortalitĂ© sur le continent africain.

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la SantĂ©), tous les ans, près de 15 millions de personnes dans le monde sont victimes d’un AVC et près de 5 millions en meurent avec un taux de mortalitĂ© de 25% Ă  1 mois et de 60% Ă  5 ans. Ainsi, 10% de la mortalitĂ© mondiale, toute cause confondue, est attribuĂ©e aux AVC.

Au Cameroun, les AVC sont devenus un vĂ©ritable problème de SantĂ© Publique car tuent plus que les Accidents de la circulation routière et reprĂ©sentent dĂ©sormais la 2ème cause de mortalitĂ© après les pathologies infectieuses et la principale cause d’handicap neurologique Ă  long terme.

Or, une prévention efficace basée sur la connaissance des facteurs de risque et un dépistage précoce associé à une rapidité de prise en charge basée sur la connaissance des signes annonciateurs devraient permettre de réduire de façon significative leur fréquence, leur gravité, leur mortalité élevée ainsi que la profondeur de leurs séquelles.

Qu’est-ce qu’un AVC ?
Selon le Dictionnaire de l’EncyclopĂ©die MĂ©dicale, l’AVC encore appelĂ© Accident Vasculaire CĂ©rĂ©bral ou Attaque CĂ©rĂ©brale se dĂ©finit comme une dĂ©faillance de la circulation sanguine au niveau d’une rĂ©gion plus ou moins importante du cerveau. Ce qui a pour consĂ©quence la mort des cellules nerveuses qui sont de ce fait privĂ©es d’oxygène et d’autres Ă©lĂ©ments nutritifs essentiels Ă  leur survie.

Mais le Dr Armand Nghemkap préfère le définir comme un orage qui éclate dans un ciel serein et qui constitue par sa gravité une Extrême Urgence Médicale Vitale car plus le délai de prise en charge est bref, moins les séquelles sont importantes du fait que chaque minute est précieuse pour éviter des séquelles.

Les diffĂ©rents types d’AVC
On distingue en gĂ©nĂ©ral 2 grands types d’AVC: les AVC hĂ©morragiques qui sont moins frĂ©quentes (20% des AVC) mais les plus graves et les AVC ischĂ©miques qui sont les plus frĂ©quents (80% des AVC) et heureusement les moins graves. Les AVC hĂ©morragiques sont en gĂ©nĂ©ral liĂ©s Ă  la rupture d’un vaisseau sanguin au niveau du cerveau alors que les AVC ischĂ©miques sont provoquĂ©s par l’obstruction ou la thrombose d’une artère cĂ©rĂ©brale.

Le cas des AIT
Il existe Ă©galement un sous-type d’AVC ischĂ©mique appelĂ© mini-AVC ou AIT qui rĂ©sulte de la perte brutale d’une fonction cĂ©rĂ©brale durant moins de 2 heures et qui est liĂ©e Ă  une embolie ou Ă  une thrombose vasculaire cĂ©rĂ©brale transitoire.

Les Facteurs de risque
L’HTA est le facteur de risque dominant au Cameroun car est en cause dans plus de 80% des cas d’AVC diagnostiquĂ©s au Cameroun. Toutefois, l’ HTA est malheureusement très souvent mĂ©connue et trop souvent dĂ©couvert au dĂ©cours de sa complication majeure et principale qui est l’AVC du fait d’une absence de dĂ©pistage prĂ©coce.

Les chiffres records de dĂ©couverte d’une HTA sont enregistrĂ©s dans les populations camerounaises avec des TA systoliques retrouvĂ©es Ă  près de 30. Or, le seul contrĂ´le de l’HTA permet de rĂ©duire son risque d’AVC de plus de 50%. Le Diabète, l’HypercholestĂ©rolĂ©mie, le Tabagisme, l’obĂ©sitĂ©, la SĂ©dentaritĂ©, l’Alcoolisme chronique, le stress, les Troubles du rythme cardiaque de type ACFA, les malformations artĂ©rioveineuses de type ANEVRYSME CEREBRAL sont des facteurs de risque qu’il faut connaĂ®tre et savoir dĂ©pister prĂ©cocement.

Les Signes annonciateurs
Si l’AVC est très souvent brutal et soudain, il existe toutefois des signes annonciateurs qui permettent de prĂ©venir les secours et d’Ă©viter les consĂ©quences parfois irrĂ©versibles de cette pathologie. La faiblesse ou la paralysie mĂŞme modĂ©rĂ©e d’une partie du corps comme la paralysie du visage, l’inertie d’un membre ou mĂŞme la paralysie partielle ou totale d’un hĂ©micorps, les troubles de la parole, les troubles de la vision, les troubles de l’Ă©quilibre, des maux de tĂŞte d’apparition brutale et inhabituelle comme un « coup de tonnerre dans un ciel serein », sont des signes annonciateurs qui doivent immĂ©diatement alerter la victime et l’ amener Ă  prĂ©venir les secours ou Ă  se rendre rapidement dans un service des Urgences afin d’Ă©liminer l’Ă©ventualitĂ© d’un AVC gravissime dĂ©butant.

Les Evacuations sanitaires
â^’En matière d’AVC, l’Ă©vacuation sanitaire n’est pas la solution de première intention car la prise en charge mĂ©dicale d’un AVC doit ĂŞtre extrĂŞmement urgente et doit se faire, pour garder toutes les chances de rĂ©cupĂ©ration complète ou du moins avec le minimum de sĂ©quelles possibles, dans les 3 heures après l’apparition des premiers signes d’alerte. Aucune Evacuation Sanitaire ne peut avoir lieu dans ce dĂ©lai et très souvent les patients Ă©vacuĂ©s arrivent ici en Europe oĂą j’exerce avec de graves sĂ©quelles pour lesquelles la communautĂ© mĂ©dicale, quelles que soient ses compĂ©tences et son plateau technique, est totalement dĂ©muni.

C’est essentiellement pour ces raisons que je pense que pour une meilleure prise en charge des AVC au Cameroun, au lieu de recourir Ă  des Ă©vacuations sanitaires qui ne peuvent ĂŞtre organisĂ©es dans les 3 heures requises pour une meilleure prise en charge mĂ©dicale, des solutions plus Ă©conomiques existent.

En dehors de la sensibilisation des masses populaires au dĂ©pistage prĂ©coce des facteurs de risque et la vulgarisation de la reconnaissance des signes d’alerte, les pouvoirs publics devraient adopter une politique de modernisation des infrastructures mĂ©dicales et de dĂ©veloppement des plateaux techniques de haut niveau en matière de diagnostic et de prise en charge thĂ©rapeutique des AVC au Cameroun.


Prévenir vaut mieux que guérir
En matière d’AVC, l’adage « PrĂ©venir vaut mieux que guĂ©rir » trouve toute sa signification. Aussi, le commun des mortels doit surtout savoir que les personnes qui ont une saine hygiène de vie rĂ©duisent de plus de 80% leur risque d’ĂŞtre victime d’un AVC. C’est pour cette raison que dans le cadre de la lutte contre les AVC au Cameroun et afin de rĂ©duire drastiquement le risque de survenue d’un Accident Vasculaire CĂ©rĂ©bral (AVC) chez les Camerounais, il m’a semblĂ© nĂ©cessaire d’Ă©dicter 10 commandements qui sont:

1-Avoir une bonne hygiène alimentaire avec une alimentation saine et Ă©quilibrĂ©e en glucides, protĂ©ines et lipides car l’alimentation a une influence sur plusieurs facteurs de risque d’AVC. Cette alimentation doit ĂŞtre surtout pauvre en sel, riche en potassium et en magnĂ©sium et doit Ă©galement ĂŞtre riche en fruits et lĂ©gumes. Ce qui permet de diminuer le risque de survenue d’une HTA, d’un Diabète, d’une HypercholestĂ©rolĂ©mie, et d’une ObĂ©sitĂ©. Une tasse de cafĂ© quotidienne est Ă©galement conseillĂ©e car elle rĂ©duit de 20% le risque de survenue d’un AVC.

2-Avoir une activitĂ© physique rĂ©gulière et quotidienne afin de lutter contre la sĂ©dentaritĂ© et ses consĂ©quences qui sont la surcharge pondĂ©rale et l’obĂ©sitĂ©.

3-Surveiller régulièrement sa tension artérielle. Ce qui permet de dépister précocement une HTA silencieuse.

4-Contrôler régulièrement son taux de glycémie dans le but de dépister très rapidement un Diabète sous-jacent

5-Surveiller son taux de cholestérol afin de dépister précocement une Dyslipidémie sous-jacente.

6-Surveiller rĂ©gulièrement son poids dans l’optique de dĂ©tecter prĂ©cocement une surcharge pondĂ©rale.

7-Eviter de fumer.

8-Eviter de consommer de l’alcool sans modĂ©ration.

9-Eviter les situations de stress.

10-Consulter au moins une fois par an son Médecin, si on a des antécédents familiaux de maladie cardiaque, afin de dépister une maladie cardio-vasculaire sous-jacente et ignorée.

En Conclusion
Les AVC sont dĂ©sormais un vĂ©ritable problème de SantĂ© Publique au Cameroun car les prĂ©visions Ă©pidĂ©miologiques très alarmistes indiquent qu’au Cameroun, le fardeau des AVC va augmenter et Ă©ventuellement apporter la contribution la plus importante Ă  l’aggravation de la mortalitĂ© qui est dĂ©jĂ  bien consĂ©quente.

Toutefois, une prĂ©vention efficace par le dĂ©pistage prĂ©coce des facteurs de risque cardio-vasculaire, notamment de l’HTA, est nĂ©cessaire pour une prise en charge adĂ©quate. Aussi, en l’absence d’une politique de SantĂ© Publique adĂ©quate, le Cameroun demeurera confrontĂ© Ă  une Ă©pidĂ©mie de maladies cardio-vasculaires au premier rang desquels les AVC reprĂ©sentent une cause majeure de mortalitĂ©.

Quoiqu’il en soit, le Camerounais Ă©tant en toute logique dĂ©sormais maĂ®tre de son destin et de sa santĂ©, nul n’est censĂ© ignorer les facteurs de risque d’un AVC, leur prĂ©vention, leur dĂ©pistage prĂ©coce ainsi que l’importance d’une prise en charge urgente dès l’apparition des premiers signes annonciateurs d’AVC car, comme chacun a pu le constater Ă  la lecture attentive de cet article.

Dr Armand Nghemkap.

Journalducameroun.com)/n

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