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Les Lemay, une famille américaine au service des enfants transgenres

« C’est une erreur, je suis un garçon, pas une fille ». C’est cette phrase, rĂ©pĂ©tĂ©e des mois durant Ă  la maison comme Ă  l’Ă©cole, accompagnĂ©e de signes grandissants de dĂ©pression, qui a convaincu la famille Lemay: leur petite Mia, nĂ©e en 2010, devait devenir publiquement un garçon pour ne pas dĂ©pĂ©rir.

Mimi et Joe Lemay vivent dans une grande maison familiale avec jardin comme il y en a des centaines Ă  Melrose, une banlieue coquette au nord de Boston. Ils ont deux filles, âgĂ©es de huit et quatre ans, et maintenant un garçon de sept ans, ex-Mia rebaptisĂ© officiellement Jacob en juin 2014, Ă  l’âge de quatre ans.

Alors que le dĂ©bat sur les enfants transgenres est vif aux Etats-Unis, illustrĂ© notamment par la « guerre des toilettes » relancĂ©e par Donald Trump, ces jeunes parents partagent dĂ©sormais avec un certain militantisme l’expĂ©rience qui a Ă©branlĂ© leur famille et leurs certitudes.

« Je n’avais jamais imaginĂ© en ayant des enfants qu’un enfant pouvait ĂŞtre transgenre », confie Mme Lemay. Un choc auquel sont confrontĂ©es des centaines de familles amĂ©ricaines, Ă  en croire une page Facebook qui leur est rĂ©servĂ©e, Ă  dĂ©faut de chiffres officiels sur le nombre d’enfants concernĂ©s.

Près de trois ans ont passĂ© depuis que les Lemay ont fait la « transition » de leur enfant – devenu un garçon pour tout le monde, Ă©cole et autoritĂ©s comprises. Son passeport est dĂ©sormais au nom de Jacob Lemay.

Si leur entourage l’a globalement bien acceptĂ©, Mimi reconnaĂ®t avoir souvent failli « craquer » et connu des « journĂ©es d’authentique chagrin ». « Je suis très heureuse de voir mon enfant s’Ă©panouir mais je m’inquiète aussi beaucoup de l’hostilitĂ© du monde, et il y a un sentiment de perte: la personne n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas celle que vous croyiez mais elle existait malgrĂ© tout dans votre tĂŞte… »

– ‘Comme si on rallumait la lumière’ –

Pour autant, les Lemay ne regrettent rien: Jacob, avec ses cheveux taillĂ©s en brosse, qui dit aimer le football comme la couture avec le sourire Ă©dentĂ© d’un enfant qui perd ses premières dents de lait, a retrouvĂ© sa joie de vivre. Ce qui constitue, selon Mimi, « la meilleure des thĂ©rapies ».

Quelques semaines Ă  peine après « la transition », raconte Joe, Jacob « a recommencĂ© Ă  rire, il Ă©tait content de se lever le matin ».

« C’est comme si quelqu’un avait soudain rallumĂ© la lumière », dit Mimi.

Cette mère de 40 ans, Ă©levĂ©e dans un milieu juif ultra-orthodoxe qu’elle a abandonnĂ© Ă  sa majoritĂ©, souligne comment sa rupture Ă  elle l’a aidĂ©e Ă  traverser cette Ă©preuve: « Etant passĂ©e par lĂ , c’Ă©tait plus facile pour moi de dire Ă  mon enfant, +quelles que soient les normes sociales, je te vois, je vois la personne qui est Ă  l’intĂ©rieur et c’est beaucoup plus important pour moi, je n’ai pas besoin de respecter les conventions+ ».

Son mari Joe, 39 ans, co-fondateur d’une start-up qui fait des carnets de note numĂ©riques, se dit lui aussi heureux de leur dĂ©cision.

« Personne n’a envie d’avoir un enfant très diffĂ©rent des autres, tellement diffĂ©rent que ça lui cause des problèmes dans la vie… Vous imaginez comment je me sentais », dit-il. « J’avais vu mon enfant – que je surnommais +bĂ©bĂ© Bouddha+ tellement il Ă©tait rayonnant, souriant – devenir de plus en plus sombre et renfrognĂ© ».

– Risque de suicide –


Après avoir consulté spécialistes et associations sur les problèmes des enfants transgenres, les risques étaient clairs, explique Joe.

Si ses parents refusaient qu’il soit aux yeux de tous un garçon, cet enfant « allait continuer Ă  vivre dans la honte et risquait de dĂ©velopper de vrais problèmes mentaux », avec un risque très Ă©levĂ© de suicide.

S’ils acceptaient, les rĂ©actions de l’entourage pourraient « gĂŞner Ă©normĂ©ment » la famille, voire l' »obliger Ă  dĂ©mĂ©nager », mais cela paraissait beaucoup moins grave.

Au final, « le choix prudent Ă©tait la transition, et le vrai risque Ă©tait de dire +Non, pas maintenant, ou non tout court+ », estime Joe.

Les Lemay ignorent ce qui se passera dans quelques annĂ©es lorsque Jacob arrivera Ă  la pubertĂ©, s’il voudra entamer un traitement hormonal avant une Ă©ventuelle opĂ©ration qui transformerait son corps dĂ©finitivement.

– BouĂ©e de sauvetage –

Mais ils se voient comme une bouĂ©e de sauvetage pour d’autres parents confrontĂ©s Ă  de jeunes enfants rejetant l’identitĂ© sexuelle dictĂ©e par leur corps.

Sur les rĂ©seaux sociaux, lors de sĂ©minaires sur les questions transgenres, ou au sein d’associations de dĂ©fense des droits LGBT, ils tĂ©moignent frĂ©quemment sur l’harmonie retrouvĂ©e de leur enfant.

Un tĂ©moignage essentiel au vu de « la forte hostilitĂ© Ă  l’idĂ©e qu’un enfant puisse ĂŞtre transgenre. Il y a une Ă©tape mentale que beaucoup n’arrivent pas Ă  franchir », dit Mimi.

Les Lemay reconnaissent nĂ©anmoins ĂŞtre, par leur milieu et leur Ă©ducation, des « privilĂ©giĂ©s ». InstallĂ©s qui plus est dans le Massachussets, un Etat parmi les plus progressistes des Etats-Unis, qui fut le premier Ă  lĂ©galiser le mariage homosexuel.

Après sa transition en 2014, Jacob a ainsi pu changer d’Ă©cole et ĂŞtre acceptĂ© d’emblĂ©e comme un garçon, sans que ses nouveaux camarades ne connaissent sa prĂ©cĂ©dente identitĂ©.

Avec l’aide de l’administration du district, la directrice de cette Ă©cole publique, Mary Beth Maranto, a organisĂ© une formation pour le personnel. Cela a permis « d’apprendre beaucoup de choses sur la population transgenre » et de se « familiariser avec cette nouvelle partie de notre culture », dit-elle.

« La sociĂ©tĂ© va finir par accepter ça », dit Joe. « Les rĂ©seaux sociaux permettent aux gens d’apprendre les uns des autres, les familles peuvent se retrouver et plus personne ne peut prĂ©tendre que cela n’existe pas ».

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