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Lettre Ă  Nathalie Koah

Par Hemley Boum, romancière

Nathalie, ah Nathalie,

Impossible de rester silencieuse face au tollĂ© et Ă  la cacophonie que vous nous imposez ces dernières semaines. Vous mettez Ă  rude Ă©preuve l’ouverture d’esprit et la tolĂ©rance dont je me vante. Alors de toutes les femmes camerounaises, il a fallu que ce soit vous? Que je doive me prononcer pour vous? Pas pour les femmes courageuses qui arpentent le pays pour gagner de quoi Ă©lever dignement leurs enfants, pas pour les femmes qui subissent la violence d’hommes ignares, pas pour les Ă©tudiantes qui contre vents et marĂ©es, contre la chertĂ© et la corruption du système scolaire, dĂ©crochent des diplĂ´mes, pas pour les cadres, employĂ©es, qui se heurtent jour après jour au mâle mur des promotions professionnelles.Non, pour vous, Nathalie Koah !
Vous ĂŞtes tĂŞtue, clivante et un peu conne, il faut bien l’avouer. Dans votre interview dans Jeune Afrique, vous parlez de votre nouveau compagnon et vous dites « Ce n’est pas de ma faute si j’attire les hommes aisĂ©s ». Oui, enfin, sauf que le dernier « homme aisĂ© » que vous avez attirĂ© vous a conduit oĂą vous en ĂŞtes non ?

Vous ĂŞtes bavarde et inconsĂ©quente « Ils ont publiĂ© des photos de moi nue, il ne peut rien m’arriver de pire ». Si, car il y a pire que l’outrage commis Ă  votre encontre, il y a les innombrables injures que vous vous infligez Ă  vous-mĂŞmes. Vous savez ce que dĂ©montrent ces photos ? Que vous ĂŞtes une jeune femme magnifique, qu’en privĂ© vous vous livrez Ă  des jeux amoureux que la morale rĂ©prouve et alors ? Vous ĂŞtes adulte, votre sexualitĂ© aussi dĂ©bridĂ©e soit-elle ne concerne que vous. Honni soit qui mal y pense. Que vous ayez accordĂ© votre confiance Ă  un sale type est d’une grande banalitĂ©. N’importe qui peut comprendre cela, la plupart des hommes et des femmes ont fait cette triste expĂ©rience, la condamnation est sans appel et c’est lui l’ordure. Mais vos paroles Nathalie, vos propres mots vous dĂ©crivent comme une fille de rien, une arriviste Ă©hontĂ©e, une dĂ©bauchĂ©e ; c’est vous mĂŞme qui le dites.Et voyez-vous, votre auto-incrimination est pire que les actes d’un ex-amant malveillant. Ce sont moins ces photos que le dĂ©shabillage intime, impudique auquel vous vous ĂŞtes livrĂ©s par la suite qui vous fragilise.

Vous vous grisez de la parole qui vous est offerte, vous n’en voyez pas le calcul. Des tas de femmes ont fait tomber des hommes puissants devant la justice, en accumulant les preuves, jamais devant les mĂ©dias avides de sensationnel. Éto’o fils n’aura mĂŞme pas besoin de lever le petit doigt, la foule vous lynchera Ă  sa place. Les gens ont besoin de modèles, il est riche, jeune, beau et charismatique, pendant que vous vous roulez dans la fange, il affiche son bonheur familial, sa rĂ©ussite et sa foi. Comprenez-vous l’astuce ?

Et pourtant, vous me touchez infiniment. Je voudrais que vous trouviez une sortie honorable Ă  tout ce merdier.

Vous vous conduisez comme si vous n’aviez plus rien Ă  perdre. C’est faux. Vous ĂŞtes belle, combative, et jeune, si jeune ! D’autres luttes vous attendent dans la vie, montrez-vous maligne, protĂ©gez-vous, veillez Ă  ce que les coups que vous portez ne vous fasse pas plus de mal Ă  vous-mĂŞme qu’Ă  l’adversaire. Tâchez de ne pas devenir votre pire ennemi.

Entre la pauvretĂ©, relative, dont vous ĂŞtes issue -vous et moi savons qu’il y a bien plus dĂ©favorisĂ© dans notre pays- et les palaces Ă©toilĂ©s, les cadeaux griffĂ©s, les jet privĂ©s dans lesquels une majoritĂ© d’humains sur cette terre ne mettra jamais le pied, il y a une foule de possibles. Choisissez votre chemin. Pas celui que l’on vous impose, pas celui que vous dicte le dĂ©sir, la convoitise des hommes riches d’argent et dĂ©pourvus d’honneur, non, le vĂ´tre propre.


« Une femme libre est le contraire d’une femme facile » disait Simone de Beauvoir, vous ĂŞtes pour l’instant hĂ©las trop facile pour ĂŞtre libre. Trop dĂ©pendante des hommes sur les plans Ă©conomique, esthĂ©tique, Ă©motionnel. Et pourtant vous citez CĂ©saire et cela me redonne espoir. Le vieux poète Ă  l’ il brillant en a vu d’autres. Il aurait apprĂ©ciĂ© la situation je crois. Continuez de le lire, il parle de dignitĂ© retrouvĂ©e, d’humanitĂ© intacte au-delĂ  des blessures, du courage qu’il faut pour rester vrai malgrĂ© le miroir dĂ©formant que nous tend la sociĂ©tĂ©, du devoir d’ĂŞtre soi : laissez-le vous inspirer.

Apprenez que ce n’est pas parce qu’il vous a touchĂ© qu’un homme laisse ses empreintes sur votre corps. Pas parce que vous l’avez aimĂ© qu’il pose Ă  jamais une serrure sur votre c ur. Pas parce qu’il vous fait un cadeau que vous devenez sa crĂ©ature. Ce pouvoir-lĂ , vous seule le donnez et le reprenez, c’est votre privilège.

À un moment où un autre, il vous faudra prendre une décision. Laisser cette histoire derrière vous, laisser vos avocats poursuivre les négociations, prendre le large, choisir la liberté et ses ornières ou marquer le pas.

Je vous souhaite bon courage Nathalie, j’espère que la colère qui vous consume s’estompera et que vous retrouverez le goĂ»t de la vie.


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