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Lettre du guerrier camerounais à sa mère

Par Marlyse Douala Bell, dĂ©putĂ© camerounaise Ă  l’AssemblĂ©e Nationale

Ma’a. TĂ´t ce matin, aux aurores je suis parti. Avant les premiers rayons du soleil je me suis levĂ©, lĂ©ger, pressĂ©. J’ai quittĂ© ma couche, ma chambre si sĂ©curisante, mon nid si chaleureux, après cette visite, ce rare moment attendu, que je sais si heureux pour toi.

Je rejoints ce que tu appelles le « champ de feu », et que je nomme le «Champ d’honneur »

Sur le chemin, regardant une fois encore la maison de mon enfance ; Je cache ma frayeur et ma peur, la larme retenue, le c ur ferme.
J’avance avec le souvenir rĂ©cent du baiser maternel posĂ© sur mon front ;
J’avance bercĂ© par le chant familier des oiseaux de nos manguiers.

Ma’a
Avec Ă©moi j’ai dĂ©couvert le mot que tu as glissĂ© dans ma veste ;
Je l’ai lu et relu avec Ă©motion et comme un talisman divin je l’ai remis sur mon c ur.

Ma’a
Ne t’inquiète pas, J’ai choisi l’honneur en acceptant la coupe du devoir et le nectar de la gloire. Au dĂ©part, ma vocation dĂ©clarĂ©e, l’enseignement a Ă©tĂ© contrariĂ©e faute d’emploi dĂ©cent. Souhaitant m’insĂ©rer et devenir un adulte responsable et respectĂ©. J’ai prĂ©sentĂ© le concours du BIR que j’ai brillamment rĂ©ussi, tu en Ă©tais si fière.

Je dĂ©couvrais ainsi combien, la discipline, l’ordre, l’intĂ©gritĂ©, la dignitĂ© sont importantes ; Je dĂ©couvrais Ă©galement que le sens des responsabilitĂ©s et le respect des engagements, m’anoblissent ;
Je découvrais surtout combien la vie est importante et pourquoi elle doit être respectée.

Aujourd’hui je pense avoir trouvĂ© le sens profond de la vie sur terre. Rien et tout Ă  la fois. Je sais, tous les matins tu trembles pour moi et tous les soirs tu pries pour moi.

Ma’a n’ait pas peur !
Quand je me bats c’est avec la fougue du char des Dieux en pleine Ă©ruption !
Quand je me bats c’est portĂ© par la force sublime du Lion des savanes restĂ© indomptable !
Quand je me bats c’est avec la rage au c ur de la panthère de l’Ouest !
Quand je me bats c’est avec la prudence inĂ©galĂ©e du serpent Ă  deux tĂŞtes du Pays Bamoun !
Quand je me bats c’est poussĂ© par la mĂ©lodie saccadĂ©e commandĂ©e par les guerriers pygmĂ©es !
Quand je me bats, mon épopée chantée par le Mvett et les balafons du sud me précède !
Quand je me bats, subtil comme le filet des élégants pêcheurs de la côte, je traque mon adversaire !
Quand je me bats j’avance avec une fiertĂ© affirmĂ©e et le port altier des hommes du Nord !


Quand je me bats, c’est supportĂ© par la tĂ©mĂ©ritĂ© des dieux des Monts CoupĂ© et Manengouba !
Quand je me bats c’est inspirĂ© par la ruse des eaux des Mayo qui se cachent sous le sable fin et dorĂ© !
Quand je me bats c’est gonflĂ© par le sacrifice des hĂ©ros nationalistes de mon pays !
Quand je me bats c’est avec la spiritualitĂ© des Mpo et la dĂ©termination des Eton !
Quand je me bats, c’est pour mon Pays le Cameroun, pour mon peuple si divers et si uni !
Ma’a, quand je me bats c’est avec la foi inĂ©branlable au Dieu que tu m’as appris Ă  aimer.

Ma’a souviens-toi
Si je tombe, noyé dans mon sang, la main sur mon c ur
Si la vie me quitte, sous les coups des lâches sans visages
Si mon corps s’Ă©clate dans le sahel ou dans les airs
Je partirais avec le bonheur d’avoir suscitĂ© en toi autant de fiertĂ©
La fiertĂ© d’une reine-mère qui a compris le sens du sacrifice ultime que je suis prĂŞt Ă  assumer
La fiertĂ© d’une femme qui a acceptĂ© de donner son fils unique

Ma’a je ne mourrais pas!
Les portes de la mort ne s’ouvriront pas pour moi !
Au mois de Juin, Lors de ma prochaine permission
Je t’amènerai Mariam, l’Ă©lue de mon c ur une gazelle originaire de Waza.

Ma’a nous avons dĂ©collĂ© !
Ton fils, le Guerrier Camerounais


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