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L’insoutenable aveuglement des Ă©lites francophones africaines

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Depuis une dizaine d’annĂ©es, l’Afrique francophone traverse une crise identitaire profonde qui remet en cause ses projets de dĂ©veloppement Ă©conomique et social. Celle-ci se traduit par les modifications des constitutions, les guerres ethniques ou religieuses, les Ă©lections truquĂ©es et gagnĂ©es Ă  l’avance. Il faut ajouter Ă  ce cocktail explosif l’emprisonnement systĂ©matique des opposants politiques victimes de procès fantaisistes et dilatoires.

Cet aveuglement prolonge incontestablement la mise « sous-tutelle » des anciennes colonies de la France et les maintient dans une léthargie suicidaire.

Lors des dernières Ă©lections au Togo, en RĂ©publique du Congo, en GuinĂ©e et au Niger, les rĂ©gimes en place n’ont fait que consolider des dictatures qui continuent Ă  tirer vers le bas des populations livrĂ©es aux religions, Ă  un dieu devenu sourd, muet, aveugle et rompu aux Ă©preuves de soumissions. Les rĂ©sultats des prochaines Ă©chĂ©ances Ă©lectorales au Cameroun, en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo et au Gabon ne surprendront donc personne. Elles sont gagnĂ©es Ă  l’avance par les Ă©ternels occupants d’un fauteuil usĂ©.

La faute incombe aux Ă©lites qui ne veulent ni se positionner, ni participer activement aux changements politiques, Ă  l’heure oĂą les pays anglophones d’Afrique s’Ă©mancipent de leurs mentors anglais.
Nous avons ici deux types de cultures :

-La culture anglophone qui responsabilise le citoyen et lui permet de s’affranchir pour voler de ses propres ailes comme un oiseau qui sort de son nid;

-La culture francophone paternaliste qui couve ses « enfants » pour s’Ă©terniser dans le cocon familial tout au long de leur vie.

Ces cultures contradictoires peuvent s’observer Ă©galement dans les diasporas implantĂ©es en Europe. Les anglophones s’Ă©panouissent et s’intègrent mieux en participant activement Ă  leur pays d’accueil. Ils prennent des initiatives en crĂ©ant des entreprises.

Chez les francophones, une inertie patente s’observe. L’assistance devient culturelle. L’immigrĂ©, mĂŞme naturalisĂ©, attend tout de l’Ă©tat providentiel. Pour ceux qui veulent prendre leur envol, il leur faut un parrainage, une autorisation « paternelle » ou encore un sauf conduit. Une culture qui crĂ©Ă© des assistĂ©s.

En Afrique, les Ă©lites francophones qui participent activement Ă  la vie Ă©conomique et politique de leurs pays respectifs n’ont qu’une obsession : avoir un parrain en France ou ĂŞtre reconnu par Paris. Car il n’est pas envisageable d’arriver au plus haut sommet sans l’aval ou l’appui de la puissance coloniale. Pour ĂŞtre crĂ©dible, une Ă©lite a besoin d’avoir un carnet d’adresses Ă  Paris, parmi les hauts responsables des deux grands partis politiques français.


Les Ă©lites d’Afrique francophones sont convaincues que rien n’est possible dans leur ascension sociale, politique ou Ă©conomique s’ils n’ont pas de mentor en France. Il faut ajouter Ă  ce contexte de dĂ©pendance d’autres « obligations » informelles qui saucissonnent nos intellectuels. Ils se battent pour appartenir aux obĂ©diences occidentales qui maintiennent sur place des cercles de « rĂ©flexion » Ă©sotĂ©riques pour « promouvoir » la libertĂ©, la dĂ©mocratie et l’Ă©panouissement des populations.

L’appartenance Ă  ces obĂ©diences devient un privilège. Les « Ă©lites » se battent pour les intĂ©grer. Ils sont convaincus, Ă  tort ou Ă  raison, que l’ascension sociale n’est possible qu’Ă  travers les obĂ©diences occidentales. Elles contribuent ainsi Ă  privilĂ©gier la politique du ventre au dĂ©triment des idĂ©aux rĂ©publicains.

Dans ce contexte, les élites ne servent plus leurs pays. Ils obéissent à des maîtres extérieurs dont les intérêts sont différents des priorités de leurs pays.

Nos chères Ă©lites naviguent Ă  contre-courant. Ils confondent leurs intĂ©rĂŞts Ă©goĂŻstes et privilĂ©gient les intĂ©rĂŞts des maĂ®tres qu’ils servent.

Nous comprenons donc pourquoi les Ă©glises se sont engouffrĂ©es dans les brèches laissĂ©es par cette minoritĂ© qui nous gouvernent. Le pauvre citoyen se tourne vers Dieu, convaincu que le bonheur ne viendra que de l’au-delĂ . L’effort individuel ne trouve plus dans ce contexte social la rĂ©compense au mĂ©rite.

Michel Lobé Etamé, journaliste

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