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Non, le phénomène Macron ne se produira pas en Afrique francophone

Michel Lobé Etamé, journaliste ©Droits réservés

L’élection d’Emmanuel Macron a surpris plus d’un en Afrique francophone. Voilà un jeune inconnu qui se présente devant son peuple pour diriger un grand pays. Il a en face de lui deux grands partis politiques traditionnels qui règnent depuis la fin de la guerre et qui se partagent le gâteau par une alternance déguisée bâtie sous le mensonge et le clientélisme.

Ce jeune présomptueux faisait rire la vieille classe politique. Il n’avait pas de support et ne pouvait gouverner sans une majorité à l’assemblée. Bref, il était condamné à l’échec.

Aujourd’hui, tous ces scénarios ont piqué du bec. Emmanuel Macron est le nouveau président élu de la France. Les français ont choisi de tourner une page de leur histoire. A 39 ans, il est le plus jeune président dans un espace politique où l’expérience est exigée. Emmanuel Macron n’a jamais eu de mandat. Il vient de la société civile où son expérience de banquier n’est pas la plus glorieuse. Il n’a pas, comme c’est un peu la règle, cinquante ans et au-delà.

L’élection d’Emmanuel Macron fait rêver l’Afrique francophone habituée à voir à la tête de chaque pays un homme choisi et imposé par la France. Du coup, les Macron envahissent les cercles de réflexion. Ils inspirent la société civile et les intellectuels habitués aux choix de la France. Chacun est persuadé que le moment est opportun pour faire partir les vieux présidents grincheux, séniles et  soumis. Mais le contexte est très différent. On ne décrète pas la démocratie.

L’Afrique francophone est verrouillée de l’extérieur et à l’intérieur. Il appartient aux africains de briser toutes ces chaines qui prennent des formes différentes en se présentant comme des ONG (organisations non gouvernementales), des obédiences humanistes ou encore d’autres organisations caritatives…

Ces organisations consolident des liens très forts tissés tout au long de l’esclavage et de la colonisation. L’appartenance à ces organisations maintient nos politiques à la soumission et à l’obéissance à des ordres mercantiles et iconoclastes.

 «Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse». Nelson Mandela

La lutte engagée en Afrique du Sud était sans issue pour les noirs. Le combat était inégal. La victoire était impossible jusqu’à ce que l’ANC vienne à bout des afrikaners. Le combat de Mandela devrait pourtant inspirer les dirigeants africains car cet homme de conviction et d’idées a réussi à triompher de l’adversité.

Les sud-africains n’ont pas eu recours au décrassage des esprits. Ils n’ont pas demandé l’avis des afrikaners pour combattre dans la non-violence une armée suréquipée, organisée et disciplinée. Leur force résidait dans leur détermination à se libérer, à briser les chaines visibles et invisibles.

Terrasser la gauche et la droite semblait irréaliste il y a un an. Emmanuel Macron l’a fait. Il a cru à son projet et a rassemblé autour de lui des femmes et des hommes inconnus dans la stratosphère politique.  Les français ont suivi, sans état d’âme ce jeune «présomptueux».  Ils n’ont pas eu tort de tordre le coup à un vieux système corrompu et asséché.

Les hommes politiques en Afrique francophone ont été dressés par la culture de la servitude et de l’aliénation volontaire


Le phénomène Macron ne se produira pas en Afrique francophone dans l’immédiat. Les conditions ne sont pas réunies pour un phénomène démocratique et de liberté dans un continent ou les hommes politiques confisquent le pouvoir. Infantilisés par l’Occident et le monde arabe, nos dirigeants doivent s’indigner et promouvoir leur propre culture dès la primaire. Cela peut paraître long. Mais c’est l’une des voix les plus pacifiques pour réveiller et former les esprits endoloris.

Tels les chiens de Pavlov conditionnés, nos hommes politiques ont été dressés à obéir au maitre. Ils perpétuent la soumission et la vassalisation car ils sont en permanence sous la menace d’un coup d’état, de la mort, de l’exil et aujourd’hui de la CPI (Cour Pénale Internationale).

Pour sortir de ce cercle vicieux, l’Afrique francophone doit s’émanciper de ses mentors. Elle a besoin de fédérer ses forces pensantes. L’union fait la force. Les divisions entre les francophones et les anglophones font le jeu de l’occident. Pire, les africains de l’Ouest et ceux du Centre sont incapables de s’asseoir et de décider de leur avenir alors qu’ils ont subissent le même traitement depuis des siècles. Ils pourraient s’inspirer de l’Europe qui est une et indivisible et où la liberté a brisé le coup aux élans tribalistes.

Les «Ateliers de la pensée» organisés à Dakar en décembre 2016 ouvrent une voie à la réflexion pour la décolonisation des esprits en Afrique. Cette initiative est heureuse et opportune. Elle ouvre la voie à une nouvelle culture africaniste sans laquelle rien n’est possible pour notre émancipation.

La liberté de l’Afrique implique tous les états pour sortir du cercle vicieux des guerres fratricides alimentées par l’occident et qui la maintiennent dans le sous-développement et l’exploitation à de vils prix de ses matières premières. Une Afrique unie et solidaire peut relever tous les défis. Ce combat est juste, noble et valorisant pour tout le continent.

Nos intellectuels ne pensent pas par eux-mêmes. Partagés entre les cercles ésotériques, la science et la religion, ils naviguent à contre-courant, très loin de l’essentiel qui est leur liberté et leur fierté.

Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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