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Personne n’a le monopole de l’amour du Cameroun. RĂ©ponse Ă  Abel Elimbi Lobè

Par Dieudonné Ambassa Zang, Ancien ministre des Travaux publics

La rĂ©ponse de l’ancien ministre DieudonnĂ© Ambassa Zang Ă  la lettre du 20 avril 2016 de M. Abel Elimbi Lobè, Ă©lu municipal du Social Democratic Front (SDF) Ă  Douala.

A l’attention de M. Abel Elimbi Lobè,
M. Biem Tong, Directeur du site d’information camerounais spĂ©cialisĂ© sur les Droits de l’Homme dĂ©nommĂ© Hurinews, a fait preuve de bienveillance en me faisant tenir la lettre que vous m’avez adressĂ©e le 20 avril dernier. PubliĂ©e sur les pages Facebook «Fan Club Elimbi Lobè», «Le Cameroun C’est Le Cameroun» et «Les RĂ©publicains Camerounais», ladite lettre a assurĂ©ment Ă©tĂ© dĂ©couverte par des milliers d’internautes, compatriotes ou non. En vous remerciant pour l’intĂ©rĂŞt accordĂ© Ă  ma modeste personne, je m’empresse d’y rĂ©pondre mĂŞme si c’est avec quelques jours de retard.

Après lecture attentive de votre lettre, je crois comprendre que les Militants/Militantes du RDPC – parti au pouvoir- ainsi qu’Ă  tous ceux qui ont assumĂ© et/ou assument des hautes fonctions administratives et politiques sous le rĂ©gime du PrĂ©sident Paul Biya devraient ĂŞtre vouĂ©s aux gĂ©monies. Vous leur reprochez d’avoir apportĂ© leur collaboration au PrĂ©sident Paul Biya et avoir contribuĂ© activement Ă  son maintien Ă  la tĂŞte de l’État du Cameroun depuis le 03 novembre 1982. Vous leur reprochez aussi leur silence et/ou leur indiffĂ©rence face aux souffrances multiformes de nombreuses victimes des violations rĂ©currentes des droits de l’homme perpĂ©trĂ©es par le rĂ©gime en place.

Ceci dit, j’observe que vous m’avez adressĂ© cette lettre Ă  la suite du «post» fait par M. Biem Tong sur le forum «Soutenons les Prisonniers Politiques du Camerounais» dĂ©nonçant l’injustice et les poursuites dont je suis victime pour des raisons politiques. En tout Ă©tat de cause, je ne peux qu’en dĂ©duire que vous menez une sorte de contre-campagne relativement Ă  cette dĂ©nonciation pour l’unique et simple raison que j’ai Ă©tĂ© Militant du RDPC et ministre des Travaux publics (aoĂ»t 2002-dĂ©cembre 2004) sous le rĂ©gime du PrĂ©sident Paul Biya. J’espère ne pas m’ĂŞtre trompĂ© dans ma comprĂ©hension de votre lettre et, si tel en Ă©tait le cas, je vous prĂ©sente Ă  l’avance mes sincères excuses.

Pour dire vrai, votre posture me surprend et me dĂ©sole beaucoup. Vous ĂŞtes Militant SDF, le plus important parti d’opposition au Cameroun dont l’ambition, sommes toutes lĂ©gitime, est d’accĂ©der au pouvoir en lieu et place du RDPC. Je crois savoir que l’un des axes prioritaires du programme politique de votre parti porte sur une meilleure expression des libertĂ©s publiques et une plus grande protection des droits humains des Camerounais. Dès lors, il serait hautement souhaitable que les Militants/militantes du SDF parmi les plus influents comme vous puissent se joindre Ă  la sociĂ©tĂ© civile pour dĂ©noncer de manière systĂ©matique les cas de violations des droits de l’homme et dĂ©fendre les causes justes, sans avoir Ă  se prĂ©occuper de la couleur politique des victimes.

Concernant mon cas, il est constant que le procès a Ă©tĂ© conduit par la collĂ©gialitĂ© des Juges du TCS au mĂ©pris des droits protĂ©gĂ©s par diverses conventions internationales et rĂ©gionales auxquelles a adhĂ©rĂ© le Cameroun notamment le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (Art. 2 et 14). Comment une personne accusĂ©e d’avoir dĂ©tournĂ© des milliards de FCFA peut-elle se dĂ©fendre si son avocat n’est pas autorisĂ© Ă  prendre la parole lors du procès, sous le fallacieux prĂ©texte que ladite personne est en fuite? Un procès ne saurait ĂŞtre Ă©quitable si le prĂ©venu/accusĂ© n’a pas Ă©tĂ© en mesure de se faire reprĂ©senter par un dĂ©fenseur de son choix afin d’apporter la contradiction aux accusations mises Ă  sa charge par le ministère public.

Pour votre meilleure information, le Conseil Directeur de l’Union Interparlementaire, dans sa DĂ©cision adoptĂ©e Ă  l’unanimitĂ© Ă  sa 197ème session tenue Ă  Genève le 21 octobre 2015 s’est dit convaincu que la procĂ©dure ayant abouti Ă  ma «condamnation est entachĂ©e d’irrĂ©gularitĂ©s telles qu’elles ne peuvent en aucun cas justifier sa condamnation». Si notre pays Ă©tait respectueux de ses engagements vis-Ă -vis de cette organisation dont le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral est un Camerounais – une première pour un Africain depuis la crĂ©ation de cette organisation internationale le 30 juin 1889 – la Justice camerounaise aurait entrepris de son propre chef de rĂ©viser ma condamnation.

Plus sĂ©rieusement, arrivĂ© Ă  la tĂŞte de l’État du Cameroun le 06 novembre 1982 dans une ferveur et une liesse populaires, le «successeur constitutionnel» de Feu le prĂ©sident Ahmadou Ahidjo y est toujours et fĂŞtera le 6 novembre 2016, ses trente-quatre (34) annĂ©es Ă  la Magistrature SuprĂŞme. Faut-il s’en rĂ©jouir ou en pleurer?

Sous les chaumières, les Camerounais et Camerounaises avouent que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs: des attentes déçues et beaucoup promesses non-tenues. Et la communautĂ© internationale ne comprend pas pourquoi et comment un pays qui regorge d’Ă©normes potentialitĂ©s comme le Cameroun a autant de mal Ă  s’arrimer au train de la mondialisation et du dĂ©veloppement.

La simple lecture des rapports de l’Institut national des statistiques donne Ă  constater que le Cameroun n’a atteint aucun des Objectifs du MillĂ©naire pour le DĂ©veloppement aux termes des 15 annĂ©es de mise en uvre. Pour ne pas ĂŞtre traitĂ© d’aigri au regard de ma situation actuelle, j’invite les compatriotes Ă  aller voir un reportage au titre Ă©vocateur: «PĂ©nurie d’eau dans nos villes: Le Cameroun est-il en voie de sous-dĂ©veloppement?»

Ce reportage tranche nettement avec l’affirmation faite rĂ©cemment par le ministre de la Communication et Porte-Parole du Gouvernement selon laquelle «Le Cameroun se porte bien». Et si le PrĂ©sident Paul Biya a pu conserver son pouvoir pendant plus de trois dĂ©cennies, faire porter le chapeau aux seuls Militants/Militantes du RDPC et Ă  ceux/celles ayant assumĂ© des hautes fonctions administratives et politiques revient Ă  manquer d’honnĂŞtetĂ©.

Les responsabilitĂ©s sont partagĂ©es et les partis d’opposition ne sauraient ĂŞtre pas exempts de tout reproche. En effet, depuis l’avènement du multipartisme, des partis dits d’opposition -Ă  l’exclusion du SDF – sont partie prenante dans la gestion de la citĂ© par le biais des alliances et coalitions politiques. On observe mĂŞme que ces partis dits d’opposition font preuve d’un zèle exacerbĂ©, plus que les organes de base du RDPC, s’agissant des appels Ă  candidature du PrĂ©sident Paul Biya pour 2018. On comprend mieux pourquoi M. Sali Bouba Oumaroun, Analyste sur LibreAfrique.org, parle d’une «opposition de façade». Humblement, mon modeste avis est que l’opposition camerounaise devrait commencer par «balayer devant sa propre porte», avant de jeter l’opprobre sur les Militants/Militantes du RDPC et ceux ayant servi le rĂ©gime en place.


DĂ©fendant ma chapelle, je me dois de crier haut et fort que, ministre des Travaux Publics, j’ai Ă©tĂ© attentif Ă  toutes les rĂ©gions de notre pays alors que j’avais des «pressions politiques» pour doter de moins de crĂ©dits budgĂ©taires celles des rĂ©gions qui se montraient «hostiles» au rĂ©gime du PrĂ©sident Paul Biya.

Vos camarades du SDF qui sont parlementaires peuvent tĂ©moigner de ce que les portes de mon cabinet ministĂ©riel leur Ă©taient ouvertes et les questions relevant de ma compĂ©tence qu’ils avaient soumises Ă©taient traitĂ©es avec diligence, dans la limite des ressources budgĂ©taires disponibles. Objectivement, mon bilan Ă  la tĂŞte du ministère des Travaux publics et saluĂ© par les Camerounais de bonne foi et les bailleurs de fonds fait ma fiertĂ©.

Je suis d’ailleurs prĂŞt Ă  le dĂ©fendre Ă  tout moment devant les Camerounaises/Camerounaises ou toute instance mise en place Ă  cet effet afin de donner Ă  voir que j’ai agi dans l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral de mon pays et que je ne me suis pas rendu coupable des dĂ©tournements massifs de deniers publics prĂ©tendument mis Ă  jour par les vĂ©rificateurs du ContrĂ´le SupĂ©rieur de l’État.

Bien mieux, Ă©lu DĂ©putĂ© de la 8ème lĂ©gislature sur la liste du RDPC en 2007 et pendant les deux annĂ©es au cours desquelles j’ai pu effectivement exercer mon mandat, je suis frĂ©quemment intervenu dans les dĂ©bats Ă  l’HĂ©micycle et dans les mĂ©dias publics ou privĂ©s pour donner mon opinion, mĂŞme si elle n’Ă©tait pas conforme Ă  la ligne majoritaire ou si elle Ă©gratignait quelques personnalitĂ©s, soucieux de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral du Cameroun.

En outre, je n’ai pas hĂ©sitĂ© Ă  m’aligner sur les positions dĂ©fendues et/ou soutenues par l’opposition parlementaire lorsque j’ai estimĂ©, en mon âme et conscience, que lesdites positions Ă©taient pertinentes. Cela m’a valu d’ĂŞtre accusĂ© par le PrĂ©sident du Groupe parlementaire, disant agir sur les directives du PrĂ©sident national du RDPC, des remontrances pour «dĂ©bordements Ă  l’AssemblĂ©e» et «non-respect de la discipline de parti». Et puis, tout a Ă©tĂ© mis en uvre pour m’empĂŞcher d’assumer mon mandat jusqu’Ă  son terme avec une levĂ©e de mon immunitĂ© parlementaire en deux temps et au forceps.

Pour vous en convaincre, ci-après la dĂ©claration faite par votre camarade du SDF, l’Honorable Jean Michel Nintcheu, dĂ©putĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale. Lors d’une interview rĂ©alisĂ©e par le Journaliste Hugues Seumo et parue le 17-09-2009 sur le blog Camer.be, il a dĂ©clarĂ©: «Je voudrais dire au sujet de mon collègue que l’accĂ©lĂ©ration qu’a connue la procĂ©dure ayant conduit Ă  la levĂ©e de son immunitĂ© est extrĂŞmement suspecte parce que nous connaissons les lenteurs judiciaires au Cameroun. En moins de quatre mois, son immunitĂ© a Ă©tĂ© levĂ©e. Ceci a mĂŞme provoquĂ© la colère chez certains de nos DĂ©putĂ©s. Le dĂ©putĂ© DieudonnĂ© Ambassa Zang, DĂ©putĂ© de la Mefou et Afamba Ă©tait l’un des rares Ă  l’HĂ©micycle qui prenait son travail au sĂ©rieux, il animait les dĂ©bats Ă  l’AssemblĂ©e nationale surtout face aux ministres que les dĂ©putĂ©s du Rdpc ne se levaient que pour les fĂ©liciter. Idem pour Monsieur Ayah Paul Abine, dĂ©putĂ© RDPC de la Manyu qui est de ceux qui posent les vĂ©ritables problèmes aux Ministres lors des dĂ©bats. Je pense que ce qui s’est passĂ© avec DieudonnĂ© Ambassa Zang est une espèce de règlements de comptes. Certaines mauvaises langues affirment mĂŞme qu’il appartiendrait au fameux G11. Est-ce que c’est cela qui explique cet acharnement contre sa personne alors que je sais qu’il existe beaucoup d’autres dĂ©putĂ©s du RDPC que je ne veux pas citer qui se sont livrĂ©s dans les malversations diverses Ă  l’instar des marchĂ©s publics non-livrĂ©s, des malversations diverses et dont la presse en fait l’Ă©cho tous les jours? L’opĂ©ration Ă©pervier s’est transformĂ©e en une espèce d’opĂ©ration escargot Ă  tĂŞte chercheuse». Ces propos sont rĂ©confortants, venant d’un parlementaire du SDF dont on sait qu’il n’a pas sa langue dans la poche.

Pour terminer, sachez que mon credo a toujours Ă©tĂ© que toutes les filles et tous les fils du Cameroun, quelle que soit leur appartenance partisane, uvrent pour le bien de notre pays. Je suis et reste profondĂ©ment convaincu que nos diffĂ©rences sont une richesse et que personne n’a le monopole de l’amour du Cameroun.

Aujourd’hui, j’observe malheureusement que les clivages sociaux, politiques, Ă©conomiques et tribaux sont rĂ©els et profonds. Dans un tel contexte, le consensus sur quel que sujet que ce soit est difficile, mĂŞme lĂ  oĂą la vĂ©ritĂ© crève les yeux. C’est dire si de grosses menaces et incertitudes pèsent sur la stabilitĂ©, le vivre ensemble, l’avenir et le devenir de notre pays. Pour chasser ces mauvais nuages qui s’amoncèlent dans nos cieux, je ne peux que souhaiter l’instauration d’une rĂ©elle dĂ©mocratie d’une part dans laquelle la majoritĂ© prĂ©sidentielle agit dans l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et est respectueuse des libertĂ©s publiques et des droits humains; et, d’autre part, oĂą l’opposition n’est pas de façade et peut ĂŞtre un vrai contrepoids, pour une alternative crĂ©dible.

Dieudonné Ambassa Zang, le 25 avril 2016.

Dieudonné Ambassa Zang

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