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Prise de position: Engo JoĂ«l Didier, diagnostic d’un syndrome de dĂ©rangement Camerounais

Par Olivier Tchouaffe, PHD

Après avoir vĂ©cu comme tĂ©moin Ă  la rĂ©cente et Ă©nième tentative de dĂ©molissage fĂ©roce perpĂ©trĂ©e par monsieur « anonymous » envers JoĂ«l Didier Engo, je n’ai pu rester indiffĂ©rent. Ceci n’est nullement un acte de rescousse envers Didier qui a toujours dĂ©montrĂ© une intĂ©gritĂ© et un sang-froid total face Ă  ces attaques Ad Hominen, donc, la parfaite dĂ©monstration qu’il n’a pas besoin d’ĂŞtre dĂ©fendu puisqu’il peut le faire lui-mĂŞme, mais je veux commenter sur ce que cet acharnement et cette nĂ©gativitĂ© rĂ©vèlent sur la condition humaine et nos frères camerounais qui produisent ce genre d’attaques. En effet, après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin d’un nombre d’attaques contre la personne de JoĂ«l Didier depuis 1999, je voudrai dire que ce dernier est devenu un vrai prisme autour duquel ceux qui pensent l’attaquer finissent par rĂ©vĂ©ler leur propre personnalitĂ©.

Je voudrais disséquer ce que ces attaques expriment en ces termes:

1. RĂ©gimes autoritaires et pratiques d’hĂ©gĂ©monie
Ce n’est pas pour rien que monsieur « anonymous » a commencĂ© son article par une citation de madame Calixthe Beyala prĂ©sentĂ©e abusivement comme « probablement le meilleur Ă©crivain Francophone depuis 30 ans. » Le problème ici n’est pas de divaguer sur les mĂ©rites de madame Beyala, mĂŞme si cette qualification de meilleur Ă©crivain est pour le moins douteuse, mais de rendre comme Ă©vidences que les rĂ©gimes autoritaires ne fonctionnent pas seulement sur la violence et la terreur pour dominer les masses, mais sur des processus hĂ©gĂ©moniques dĂ©montrĂ©s par des penseurs comme Hannah Arendt, Antonio Gramsci et l’École de Francfort inclus Walter Benjamin. Les rĂ©gimes autoritaires, comme celui du Cameroun, ont toujours eu Ă  recruter une Ă©lite intellectuelle et artistique pour asseoir leur autoritĂ© et «naturaliser» leur pouvoir comme ce que Jacques Ranciere appelle une naturalisation Ă©vidente. L’objet de ces processus hĂ©gĂ©moniques est de dĂ©montrer qu’il n’y a pas d’alternative lĂ©gitime au rĂ©gime autoritaire. Ă€ ce sujet, tous ceux qui veulent animer des institutions et des espaces alternatifs de dĂ©libĂ©rations et de reprĂ©sentation politique, comme le CL2P de JoĂ«l Didier Engo, sont targuĂ©s d’appartenir Ă  une cabale « magico anal » ou d’« uppity Nigger » qui fonctionne Ă  « l’Ă©goĂŻsme voyous et arrogant ». Dans cette critique de « nigger, » monsieur Anonymous le Trouillard trahit sa propre mentalitĂ© servile et la politique de respectabilitĂ© coloniale qui divise les nègres entre bon nègre comme le « meilleure Ă©lève de Mitterand » ou Meka « le Vieux Nègre » de Ferdinand Oyono, et le mauvais nègre qui doit accepter sa propre marginalisation comme un fait divin. La question n’est plus de rĂ©-imaginer la sociĂ©tĂ© d’une façon dĂ©mocratique, mais de punir tous les nègres qui refusent d’accepter leur propre marginalisation laissant en place un statu quo cruel et inamovible.

Dans cet optique, l’objet hĂ©gĂ©monique des rĂ©gimes autoritaires c’est de produire soit le ralliement, soit le cynisme, la rĂ©signation et l’apathie politique au nom que toutes les batailles politiques n’ont plus d’objet. Le problème de JoĂ«l Didier Engo, c’est qu’il a refusĂ© de se rallier encore moins de rejoindre l’armĂ©e des cyniques et des rĂ©signĂ©s du rĂ©gime Biya. Dans les deux cas, le rĂ©gime de Biya gagne parce que les rĂ©gimes autoritaires fonctionnent sur le ralliement ou la rĂ©signation politique. Donc, les gens qui attaquent Engo lui reprochent, avant tout de refuser ces options pathĂ©tiques comme eux-mĂŞmes ont subi. Ils projettent sur sa personne ce qu’ils auraient pu ĂŞtre s’ils Ă©taient des vrais hommes et non des trouillards qui ont suicidĂ© leur propre vitalitĂ© politique.

Dans tout ce brouhaha, ce qu’on cherche Ă  perdre, c’est que JoĂ«l Didier Engo est un dĂ©mocrate socialiste et a prouvĂ© a maintes reprises que son combat politique dĂ©passe largement la personne de monsieur Biya et de Pierre DĂ©sirĂ© Engo. Il est avant tout pour une dĂ©mocratie fonctionnelle au Cameroun. RĂ©duire ce genre de combat Ă  des querelles de personnes n’a justement aucun sens mais c’est une tactique hĂ©gĂ©monique du rĂ©gime camerounais d’enliser toute personnes qui se place dans une logique de contribution dĂ©mocratique au Cameroun dans le sable mouvant de l’horizon indĂ©passable de querelles de personnes oĂą les vraies questions ne sont jamais posĂ©es.

Par exemple, personne ne m’a jamais apportĂ© une raison convaincante pourquoi monsieur Biya nomme tant de voleurs. Dans une vraie dĂ©mocratie, son jugement personnel aurait dejĂ  Ă©tĂ© mis en question. Des prĂ©sidents comme Richard Nixon ont dĂ©missionnĂ© pour moins que cela. MĂŞme Dilma Roussef du BrĂ©sil n’a pas nommĂ© autant de voleurs. La nomination de monsieur Lula Da Silva a Ă©tĂ© bloquĂ©e par la Court de Justice au BrĂ©sil. Combien de nominations ont Ă©tĂ© dĂ©ja bloquĂ©s au Cameroun?

2. Sur la classe sociale dans les régimes autoritaires
Monsieur « anonymous », comme beaucoup d’autres avant lui, et, sans aucun doute, beaucoup, après lui, ont toujours tenu Ă  l’idĂ©e de JoĂ«l Didier Engo comme un « fils Ă  papa comme on en a connu au Cameroun. » L’ironie ici, c’est que monsieur Anonymous comme Karl Marx, qui Ă©tait lui-mĂŞme un bourgeois, ont toujours dĂ©montrĂ© cet esprit romantique envers les « masses » mais la rĂ©alitĂ© est que beaucoup de rĂ©volutions en effet, ont Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©es par des « fils Ă  papa » comme monsieur Anonymous semble ignorer. Avoir grandi dans une famille nantie ne veut pas dire ĂŞtre par nature, conformiste, antidĂ©mocratique, anti-rĂ©volutionnaire et manquer d’imagination. Vladimir Lenin, Fidel et RaĂşl Castro, Che Guevara, Nelson Mandela pour ne citer que ceux-lĂ , n’Ă©taient pas des fils de pauvres. D’ailleurs la plupart des rĂ©volutions dans le monde ont Ă©tĂ© animĂ©es par des enfants qui venaient au moins des classes moyennes. Donc vouloir objecter contre JoĂ«l Didier qu’il est un « fils Ă  papa » n’a aucun sens en termes politiques parce que ça voudrait dire que l’appartenance Ă  une classe sociale prĂ©lude la possibilitĂ© d’une souverainetĂ© et d’une autonomie de jugement personnel. Il va sans dire que la classe sociale n’est pas une catĂ©gorie objective de jugement politique.

Ă€ ce sujet, je n’entrerai pas dans les soubassements psychanalytiques qui motivent ce genre d’attaque. Ce qui est sĂ»r c’est que constamment accrocher le nom JoĂ«l Didier Engo Ă  celui de son père c’est lui refuser d’ĂŞtre un homme et continuer Ă  l’infantiliser comme « fils de ». Cette mĂ©thode d’infantilisation ressemble beaucoup Ă  ce que Jacques Fame Ndongo, ministre en charge de l’Enseignement supĂ©rieur au Cameroun, avait dĂ©clarĂ© que les Camerounais sont des « crĂ©atures » de « papa Biya » donc d’Ă©ternels enfants qui doivent leur existence au grand timonier national.

3. RĂ©gime Autoritaire et Diaspora


Un Ă©lĂ©ment de langage bien ficelĂ© des rĂ©gimes autoritaires est qu’il faut ĂŞtre sur place. Ă€ l’âge des nouvelles technologies et des rĂ©seaux sociaux, l’argument demeure que si tu n’es pas sur le terrain, circuler y’a rien Ă  voir. Les rĂ©gimes autoritaires ont toujours menĂ© la guerre aux diasporas. Au Cameroun, c’est bien connu que la double nationalitĂ© n’est mĂŞme pas reconnue. La diaspora a toujours Ă©tĂ© reconnue comme un nid d’opposants, donc une catĂ©gorie biopolitique au Cameroun. MĂŞme comme le prĂ©sident lui-mĂŞme peut-ĂŞtre dĂ©crit comme un membre de la diaspora Camerounaise, une fiction tenace est maintenue que la Diaspora ne connaĂ®t rien sur le «Cameroun rĂ©el». Et que dire donc du chef qui passe plus de temps Ă  l’Ă©tranger que dans son propre fief?

Ă€ ce sujet, monsieur Anonymous Ă©crit: « Si vous demandez Ă  voir le siege du machin crĂ©e par Joel Didier Engo . Il est dans sa poche. Si vous lui demandez qui sont ses collaborateurs vous ne verrez que sa tronche. Si vous lui demandez s’il a Ă©tĂ© au Cameroun pour mener quelque enquĂŞte sur la base des dossiers judiciaires il ne vous dira rien. Comment peut-on donc rester Ă  Paris, grimper sur la Tour Eifel et dĂ©cider que, en tant que beau gosse de Mengong près d’Ebolowa, tous les voleurs arrĂŞtĂ©s sur dĂ©cision de la Justice sont des prisonniers politiques? Donc il suffit que demain je fasse enregistrer un machin en Europe avec un nom politiquement SEXY, mais aussi vide que pompeux pour que mes opinions de gombistes soient prises pour la vĂ©ritĂ© biblique? Le drame est ailleurs. La presse financĂ©e par ces voleurs nous arrose chaque jour avec des choses du genre «tel reconnu prisonnier politique par le clpp2». Sans blague. Pour la presse camerounaise un machin gombotique crĂ©e Ă  Paris par un fils du premier dĂ©linquant Ă©conomique Ă©crouĂ© de l’ère Biya est donc la rĂ©fĂ©rence Internationale brandie pour ĂŞtre lavĂ© des crimes Ă©conomiques? L’opinion d’un fils de voleurs vaut donc plus que la Justice? »

4. Régimes autoritaire, Tribalisme, paranoïa et théorie du complot
Cette notion de « groupuscule sectaire » plus dangereux qu’Isis, est un autre processus en intention. Pour les tribalistes, l’idĂ©e qu’on ne soit pas tribaliste est impossible, parce que pour un rĂ©gime qui fonctionne et manipule le tribalisme, ne pas ĂŞtre tribaliste est inconcevable. Dans un rĂ©gime qui manque criardement de transparence, les thĂ©ories de complot et de paranoĂŻa combinĂ©es Ă  la rumeur font source d’information.

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Olivier Tchouaffe

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