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La prospérité du Cameroun ne se fera pas sans la liberté des idées

Michel Lobé Etamé, journaliste. ©Droits réservés

Les discours officiels au Cameroun sont ennuyeux et emphatiques sur l’état du pays car il ne suffit pas de pérorer pour transformer les promesses en réalisations. Ils masquent la stagnation, voire la  régression d’une économie atone. Le pouvoir en place en a conscience. Mais il lui est impossible de changer son mode de gouvernance basé sur les équilibres régionaux, le favoritisme, la corruption et le tribalisme. Le pays ne peut répondre aux besoins d’une démographie galopante, cultivée et diplômée.

Longtemps, nous avons cru que les freins au développement du pays étaient uniquement liés à l’absence de démocratie. Mais, je dois ajouter un peu d’eau à mon vin. Des pays comme la Chine se développement en accordant un grand crédit à la liberté des idées. Celles-ci favorisent la création des entreprises innovantes, des emplois et de la richesse.

La richesse est la source principale de la prospérité observée depuis une trentaine d’années en Chine.  Malgré l’autoritarisme d’un parti unique, la liberté des idées s’est installée et a fait une place à tous ceux qui veulent apporter une pierre à l’édification de ce grand pays. Cette prospérité est aussi la source du bien-être et de l’enthousiasme qui animent le citoyen.

Pourquoi ne pas s’inspirer d’un modèle qui marche et qui répond aux besoins de la population ? Au Cameroun, l’initiative privée a connu ses années de gloire aux premières années de l’indépendance. Aujourd’hui, les ministres, les fonctionnaires et les hommes politiques confondent leurs activités avec l’entrepreneuriat qui est une science et une technique contrôlée. Certes, nos illustres aînés ont réussi avec peu de moyens. Mais ils avaient la rage et la détermination de s’approprier une économie en construction.

Ces efforts sont aujourd’hui anéantis par l’oisiveté des fonctionnaires indélicats et corrompus qui confondent le bien public et le bien personnel.

La précarité sociale est très visible. Elle est l’expression d’un pays qui se meurt dans l’indifférence de ses dirigeants qui continuent à se gaver comme des oies. Le pouvoir ne peut ignorer ces comportements car la richesse des fonctionnaires est criarde. Elle s’exprime par des parcs automobiles, des villas somptueuses et des prêtes- noms qui jaillissent de nulle part pour se trouver du jour au lendemain en haut de la pyramide.

Le contrôle par l’état des idées et des opinions pénalise le développement du Cameroun.  Dans un pays qui compte des grandes écoles et des universités, la population a tendance à stagner dans un conformisme. Le renoncement des idées est palpable. Le citoyen est convaincu qu’il ne peut rien apporter à son pays s’il n’est pas épaulé par un ponte du régime.

Cette forme de centralisation des pouvoirs crée une société où le renoncement s’installe car l’effort individuel n’est pas reconnu. Le clientélisme devient la seule issue pour accéder à la lumière. L’ascenseur social dont nous avons tous bénéficié au début de l’indépendance s’est rouillé.

La théorie de la croissance du prix Nobel Robert Solow place le savoir au centre du processus économique, tout comme la théorie de la destruction créatrice chère à Schumpeter. Tous les économistes modernes s’inscrivent dans cette lignée. N’est-ce pas une bonne raison de relancer le développement économique et industriel du Cameroun en libérant les idées ?

Dans toutes les économies modernes, les idées innovantes sont à l’origine des bouleversements qui ont amené le développement et la croissance. Il nous faut donc revenir au rôle des idées dans l’économie moderne pour sortir du cercle vicieux du conformisme actuel qui tire le pays vers le bas.


Le RDPC (Rassemblement du Peuple Camerounais), parti au pouvoir depuis l’indépendance doit amorcer sa mutation vers des idées nouvelles qui viennent aussi des partis de l’opposition et de la société civile. Le pays doit sortir du système caporaliste dans lequel il est englué. Seul ce consensus peut favoriser l’émergence d’une nouvelle économie qui répondra aux besoins urgents de la population en termes d’emplois, de santé, de formation, de création d’entreprises…

Les échecs cumulés depuis des années sont criardes. Il n’est pas trop tard pour y remédier. Pour cela, il faut une véritable volonté politique pour sortir de la navigation à vue qui caractérise nos errements et notre frilosité à changer de cap.

La liberté des idées favorise le développement. Elle est plus efficace que la démocratie et constitue une condition à l’ordre et à la prospérité. Le régime actuel n’est pas le seul responsable de l’étouffement de la liberté des idées. La faute revient aussi à tous ceux qui combattent la concurrence.

En chine, la liberté des idées a supplanté la démocratie. En Angleterre, Adam Smith, un des pères du libéralisme classique, a écrit la «Richesse des nations» en 1776 à un moment où le pays n’était pas une démocratie.

«Le marché des idées, aussi imparfait et fragile soit-il, est le premier réconfort contre l’intolérance et la stupidité», selon Karl Popper (1902-1994). La liberté des idées permet à l’individu de se sentir responsable, libre et autonome vis-à-vis du pouvoir afin de prendre des risques et d’en recueillir les fruits.
Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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