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Quand le génie et le talent africains sont piétinés sans réserve

Par Man Bene

Il est difficile, pour un dĂ©fenseur des valeurs, de garder le silence devant le théâtre infâme actuel de ce qu’il convient d’appeler la mascarade hĂ©doniste d’une femme libidineuse improvisĂ©e dans le rĂ´le d’ « auteure » sans scrupule.

L’Ă©criture (et donc la littĂ©rature) est un art de la pensĂ©e qui se met en route pour dĂ©crire, non seulement l’esthĂ©tique scripturaire, mais aussi l’utile quĂŞte de libĂ©ration de l’homme de toutes les formes de contraintes qui entraveraient son Ă©panouissement. C’est dire qu’Ă©crire est une qualitĂ©, un devoir et une responsabilitĂ© pour celui qui prend la plume car son entreprise est d’utilitĂ© publique. En effet, comme le souligne Denis Diderot, on Ă©crit pour rendre la vertu aimable et le vice odieux.

Victor Hugo, dans ce sens, a donc raison de voir en la littĂ©rature sa qualitĂ© instrumentale, mais surtout d’assigner Ă  l’Ă©crivain son titre de prophète d’une divinitĂ© Ă©prise de morale. La fonction de l’Ă©crivain revĂŞt ainsi un caractère sacrĂ©.

Dès lors, d’oĂą vient-il donc que ces derniers jours au Cameroun, on assiste Ă  une profanation de l’acte d’Ă©crire qui, de l’avis de l’homme raisonnable, doit s’abstenir de quelque forme d’excuse de mĂ©diocritĂ© ? Une parfaite inconnue, brillant dans l’immoralitĂ© et l’instinct de facilitĂ©, plume tenue par des nègres de service tapis dans l’ombre, tente d’Ă©corner la cĂ©lĂ©britĂ© avĂ©rĂ©e de Samuel Eto’o, icĂ´ne africaine. Ce que cette pseudo Ă©crivaine raconte dans ce « livret » d’insanitĂ©s est tout simplement nausĂ©abond. Non seulement, elle ne fait pas honneur Ă  elle-mĂŞme (car les faits rapportĂ©s gagneraient Ă  rester dans la confidence de sa mĂ©moire dĂ©penaillĂ©e d’Ă©thique), mais aussi elle met en mal toute la considĂ©ration que l’on a pour la gent fĂ©minine. La dignitĂ© et l’intimitĂ© des femmes sont banalisĂ©es dans cet amas de mots pouilleux. La pertinence de la production verbiagĂ©e de cet anonyme personnage mĂ©rite interrogation.

Dans un pays oĂą on ne lit pas dĂ©jĂ  assez (si ce n’est pratiquement pas), comment tolĂ©rer que l’une des rares occasions oĂą cela s’opère ne se fasse que dans le cadre d’un livret cachectique et infecte ? La jeunesse camerounaise mĂ©rite-elle d’ĂŞtre ainsi sacrifiĂ©e sous la coupole d’un voyeurisme sans bornes d’une adulte insoucieuse ?

Tout ce qu’on peut regretter, c’est qu’aucune autoritĂ© politico-administrative au Cameroun ne se dĂ©cide Ă  lever le petit doigt pour protĂ©ger la jeunesse camerounaise, encore une fois mal servie par des aĂ®nĂ©s friands d’excentrismes sexuels. Personne ne met un terme Ă  cette vulgate triviale oĂą foisonne dĂ©jĂ  une musique porno sans limite et oĂą on invite les jeunes Ă  avoir « envie de faire », en libĂ©rant « ça lĂ  » parce qu’il faut « coller la petite » ; quitte Ă  ce que ce soit mĂŞme ta s ur ou ta cousine. VoilĂ  qu’on n’a pas terminĂ© de souffrir des dĂ©rives de tels « artistes » de pacotille que subitement l’enchaĂ®nement de la perversion est entonnĂ© en littĂ©rature avec cette Ă©criture pornographique sans scrupule.

Son auteure (encore qu’elle n’en est pas une) peut-elle disposer du moindre Ă©tat d’âme d’avoir non seulement le devoir de rĂ©serve car elle n’a Ă©tĂ© rien d’autre qu’une amante qui ne s’assume pas (plus ?) comme tel ? Peut-elle (enfin !) se taire Ă  jamais et se contenter au moins des misĂ©rables intĂ©rĂŞts que lui auront valu ses actes abjects aux cĂ´tĂ©s d’un homme qui, du haut de sa lĂ©gendaire carrière faite d’abnĂ©gation Ă  l’effort continu, a tout de mĂŞme l’excuse (tout le monde a ses excès) d’avoir ses fantasmes ?


On ne peut pas continuer de voir le Cameroun laisser l’amateurisme et l’arrivisme diluer le mĂ©rite de ceux qui se battent pour Ă©lever la conscience nationale au rang des consciences internationales. A bas quelque indĂ©licate inconnue qui Ă©talerait son irresponsabilitĂ© et son insouciance sans que rien ne soit fait pour l’obliger au silence rĂ©solu.

Ce livret, qui n’a rien d’un livre, et cette auteure (dont la puissance morbide de l’anonymat n’a d’Ă©gale que l’inconsistance du propos) imposent qu’on ne les identifie point. La vacuitĂ© de ce livret et l’aspiration manifeste de son auteure Ă  la mĂ©disance gratuite exigent la loi du silence et du non-dit propre Ă  la « littĂ©rature de circonstance » dont l’achèvement dans le temps est toujours sans appel.

La jeunesse a besoin de repères. Ce n’est donc pas un recul que d’imposer l’outil de la censure dans nos contextes bantous oĂą le droit Ă  la libertĂ© d’expression est rapidement confondu au libertinage. La Chine contrĂ´le les discours en circulation Ă  l’intĂ©rieur de son territoire. Mais cela ne l’empĂŞche pas d’ĂŞtre le maĂ®tre actuel du monde dans l’Ă©conomie rĂ©elle.

Tout dire n’est donc pas synonyme de libertĂ©. La libertĂ© ne dit pas tout.


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