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Que faire aprĂšs le drame Koumateke? Les propositions du Crespol

Par Thierry Amougou, Fondateur et animateur du Crespol

La premiĂšre façon d’amĂ©liorer la santĂ© publique dans un pays est de mettre en place des politiques publiques qui amĂ©liorent les conditions gĂ©nĂ©rales de vie.Lorsqu’il y a un crash, le monde de l’aviation engrange toujours de la connaissance et fait reculer la frontiĂšre de son ignorance de façon Ă  ne plus vivre les mĂȘmes accidents. L’avion est devenu le moyen de transport le plus sĂ»r au monde en grande partie parce qu’il est le produit d’une industrie qui dissĂšque et Ă©tudie de façon clinique les causes des crashs de façon Ă  annuler drastiquement l’occurrence meurtriĂšre de ce qu’on sait dĂ©jĂ . Qu’en est-il de l’industrie politique camerounaise au regard du cas Monique Koumateke «un crash» de son systĂšme de santĂ©? Qu’allons-nous retenir comme mesures fortes du rĂ©gime en place aprĂšs la communication gouvernementale axĂ©e sur le dĂ©ni de sa responsabilitĂ©? La mort tragique de Monique Koumateke va-t-elle inspirer des rĂ©formes capables de sauver les pauvres et les gueux des morts Ă©vitables ou n’aura-t-elle Ă©tĂ© ni plus ni moins qu’une de plus qui prendra sa place dans le lugubre grenier des faits divers de la vie camerounaise de tous les jours ? Le silence des cimetiĂšres, Ă©tat du monde post-funĂ©railles, est-il la seule rĂ©alitĂ© que mĂ©ritent Monique Koumateke, ses enfants et les Camerounais traumatisĂ©s? Que peut faire le rĂ©gime en place pour montrer qu’il a positivement appris de ce drame et veut mieux s’occuper de la vie des Camerounais et des Camerounaises? Le CRESPOL propose ci-dessous quelques idĂ©es.

SantĂ© publique: sortir de l’infirmitĂ© morale et politique pour enfin assumer ses responsabilitĂ©s
«Punir» semble, en paraphrasant Michel Foucault, la seule compétence que le pouvoir camerounais maßtrise à merveille non avant les évÚnements mais toujours aprÚs ceux-ci.

Les Camerounais ne font trĂšs souvent l’expĂ©rience de la rĂ©alitĂ© du pouvoir en place que lorsque celui-ci rĂ©prime fĂ©rocement une manifestation comme en fĂ©vrier 2008, condamne les manifestants de façon expĂ©ditive, ou interdit la tenue d’une confĂ©rence jugĂ©e Ă  contre-courant de son ordre politique. Le Renouveau National n’a pas dĂ©rogĂ© Ă  cette rĂšgle dans le cas Monique Koumateke.

AprĂšs une note ministĂ©rielle plus encline Ă  dĂ©responsabiliser le systĂšme de santĂ© et le pouvoir qu’Ă  la prise de conscience des multiples carences sous-jacentes au drame Koumateke, le pouvoir de YaoundĂ© s’est montrĂ© au monde et s’est fait voir aux Camerounais par l’arrestation de l’auteur du geste moins criminel que dĂ©sespĂ©rĂ© de sortir les enfants du ventre de la dĂ©funte. Ne surveillant pas avant pour amĂ©liorer aprĂšs, tout se passe comme si punir a posteriori est la seule solution qui, par miracle, arrangera une situation qui reste pourtant identique Ă  elle-mĂȘme. La preuve en est que l’emprisonnement des dĂ©tourneurs de deniers publics ne freine pas les ardeurs de ceux qui veulent continuer Ă  le faire. Il est peu certain que punir aprĂšs coup arrive Ă  changer quelque chose dans un pays oĂč on pille dĂ©sormais l’Etat de façon hautement rationnelle en prenant soin que le montant de son butin soit largement supĂ©rieur au prix Ă  payer sous forme de quelques annĂ©es en prison. En refusant de comprendre les causes profondes du mal pour mieux surveiller et ĂȘtre Ă  mĂȘme de punir avec un effet bĂ©nĂ©fique pour la sociĂ©tĂ©, le Renouveau National reste dans une infirmitĂ© morale et politique dont une des manifestations est le dĂ©ni des rĂ©alitĂ©s sociales et de responsabilitĂ© politique. La dĂ©faite morale fonde la dĂ©faite politique. On ne peut combattre des valeurs morales rĂ©gressives profondĂ©ment installĂ©es depuis 33 ans avec des peines de prison mais uniquement avec d’autres valeurs morales progressives et antinomiques. Le pouvoir est-il allĂ© dans ce sens aprĂšs l’Ă©vĂšnement symbolique Koumateke?

Pas Ă  notre connaissance car il a choisi le saucissonnage des causes du drame, une mĂ©thode au service du dĂ©ni des rĂ©alitĂ©s sociales et de responsabilitĂ© politique. Contrairement Ă  l’industrie de l’aviation oĂč les causes d’un crash ne sont jamais saucissonnĂ©es mais regroupĂ©es dans un enchainement de faits et de dĂ©calages qui donnent la chaĂźne causale complĂšte et dĂ©taillĂ©e de l’accident, ce qui a prĂ©occupĂ© le ministre camerounais de la santĂ© et son pouvoir Ă©tait de dire que le gouvernement n’est pas responsable car Madame Monique Koumateke Ă©tait morte avant d’arriver Ă  l’hĂŽpital Laquintinie de Douala. LĂ  oĂč l’industrie de l’aviation Ă©tudie cliniquement les causes Ă  la fois endogĂšnes Ă  l’avion et exogĂšnes du crash pour apprendre de l’accident et amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© dans l’avenir, le gouvernement camerounais a choisi de se laver les mains en disant que ceux qui meurent en dehors des murs de l’hĂŽpital public ne sont pas de sa responsabilitĂ©. Cela est archi faux car c’est effectivement pleinement de sa responsabilitĂ© si ĂȘtre au pouvoir veut encore dire quelque chose dans notre pays. En voici la preuve analytique.

Les caciques du Renouveau National, adeptes des bilans partisans de leur rĂšgne, ne manquent jamais de brandir des statistiques dont celles du nombre d’hĂŽpitaux et des centres de santĂ© construits depuis 1982. Ils le font en oubliant que cela traduit deux faits politiques majeurs. D’abord, la croyance en l’action politique comme moyen d’amĂ©liorer la vie des Camerounais. Ensuite, l’affirmation que les hĂŽpitaux et centres de santĂ© construits par Paul Biya l’ont effectivement fait depuis 1982. Autrement, ils reconnaissent eux-mĂȘmes que la santĂ© physique, morale, psychologique et mentale d’une population dĂ©pend de ses conditions de vie gĂ©nĂ©rale dont les rĂ©gimes politiques dirigeants ont la charge car un pouvoir est aussi un organe et une ressource facilitatrice des conditions de vie des citoyens dont il a la charge.

DĂšs lors, ne pas avoir accĂšs, Ă  l’instar de Mme Monique Koumatekel, aux consultations prĂ©natales par pauvretĂ© matĂ©rielle ou par absence de campagnes assidues de sensibilisation, ne pas avoir Ă  sa disposition un service d’urgence fiable en cas de complication quelconque, arriver Ă  l’hĂŽpital dans la malle arriĂšre d’un taxi par manque d’argent ou de moyens de transport publics adĂ©quats ou ĂȘtre victime d’un vote censitaire dans l’accĂšs aux soins de santĂ©, sont des aspects qui engagent totalement la responsabilitĂ© politique d’un rĂ©gime au pouvoir.

Les morts largement Ă©vitables des Camerounais et des Camerounaises pour cause de pauvretĂ© sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e et de multiples carences institutionnelles ne tombent pas du ciel. Elles sont les produits d’une nĂ©cropolitique estampillĂ©e Renouveau National tout simplement parce que c’est lui qui en a la charge. Les recherches scientifiques prouvent que les politiques publiques progressives mises en place par les pouvoirs dans la lutte contre la pauvretĂ©, les inĂ©galitĂ©s et les carences institutionnelles amĂ©liorent la santĂ© sociale d’une population et son espĂ©rance de vie. Il est ainsi dĂ©montrĂ© de façon robuste que les sociĂ©tĂ©s moins inĂ©galitaires et moins pauvres connaissent moins de malades mentaux, moins d’obĂšses, moins de suicides, moins de femmes mortes en couche, moins de bĂ©bĂ©s morts Ă  la naissance, moins d’enfants dĂ©linquants, moins de mortalitĂ© infantile, moins de violence et moins d’assassinats crapuleux.

Le drame Monique Koumateke est un symbole sociopolitique national. C’est-Ă -dire un cas exemplaire qui, non seulement nous interpelle tous personnellement sur la misĂšre qui baigne encore de nombreux frange de la sociĂ©tĂ© camerounaise, mais aussi, va au-delĂ  de nous en montrant les carences institutionnelles abyssales qui caractĂ©risent encore notre systĂšme de santĂ©. C’est un cas qui, en lui-mĂȘme, est une comptabilitĂ© sociopolitique et institutionnelle critique devant laquelle le gouvernement doit accepter ses responsabilitĂ©s en sortant d’une infirmitĂ© politique et morale dont le but est de dire qu’il n’est responsable de rien alors qu’il est au pouvoir. Quand on est au pouvoir on est responsable de tout. Le reconnaĂźtre est le dĂ©but de la solution car on assume par la suite ses responsabilitĂ©s en faisant des rĂ©formes idoines. On ne fait par contre rien tant qu’on nie sa responsabilitĂ©.

Il faut instituer une évaluation périodique et sanctionnée des institutions et infrastructures sanitaires
Une note ministĂ©rielle laconique, dĂ©fensive et conservatrice des acquis du pouvoir ne change rien Ă  l’Ă©tat du systĂšme de santĂ© camerounais. MĂȘmement pour l’arrestation de celle qu’on considĂšre dĂ©sormais comme bouc Ă©missaire d’une dĂ©gĂ©nĂ©rescence institutionnelle de longue date. Aujourd’hui mĂȘme, une femme dans les mĂȘme conditions sociales et de santĂ© que Madame Monique Koumateke sera face aux mĂȘmes carences institutionnelles et mourra parce que rien n’a changĂ© et rien n’est prĂ©vu.

Une des choses Ă  faire, si le pays veut prendre ce drame comme un laboratoire de rĂ©formes politiques, est d’instituer un systĂšme national d’Ă©valuation pĂ©riodique et sanctionnĂ©e de nos institutions et infrastructures sanitaires. Sous contrainte des normes internationales qui existent dans ce domaine, il est tout Ă  fait possible, disons tous les cinq ans, de vĂ©rifier si les institutions et infrastructures de santĂ© camerounaises sont aux normes requises. Ces Ă©valuations pĂ©riodiques doivent ĂȘtre accompagnĂ©es de sanctions positives pour les institutions sanitaires en cas de bons ou trĂšs bons rĂ©sultats d’Ă©valuation et de sanctions nĂ©gatives sous forme d’exigence de remise aux normes requises en cas de rĂ©sultats mĂ©diocres ou trĂšs mauvais. Si on se fie Ă  ce que dit le Ministre camerounais de la santĂ©, Mme Monique Koumateke Ă©tait arrivĂ©e Ă  l’hĂŽpital de district de Nylon vers 8h-50 minutes. Ces hĂŽpitaux de district et tous les centres de santĂ© privĂ©s qui pullulent dans les quartiers populaires sont-ils aux normes requises ? Sous quels critĂšres les autorisations d’installation et d’exercice de la mĂ©decine sont-elles accordĂ©es aux officines privĂ©es ou humanitaires?

Ce sont-lĂ  d’autres aspects qui doivent faire l’objet de contrĂŽle et d’Ă©valuations rigoureuses et pĂ©riodiques car plusieurs Camerounais pauvres meurent encore suite Ă  des erreurs graves tantĂŽt humaines, tantĂŽt dues Ă  une absence de matĂ©riel adĂ©quat, tantĂŽt parce qu’ils ont affaire Ă  de pseudo mĂ©decins qui n’ont pour seule spĂ©cialisation que la blouse blanche qu’ils portent. Fidel Castro se soigne Ă  Cuba pas seulement parce que le pays s’est coupĂ© du monde pendant longtemps, mais surtout parce que le systĂšme de santĂ© cubain est excellent. A contrario, l’Ă©lite camerounaise ne se soigne pas au Cameroun. Les hĂŽpitaux camerounais ont pour elle une pure fonction de transit vers l’Ă©vacuation sanitaire en Occident. Par consĂ©quent, ce sont les Camerounais et Camerounaises pauvres qui, faute d’alternatives, s’y dirigent Ă  leurs risques et pĂ©rils. Prendre la santĂ© de la masse au sĂ©rieux exige donc que les institutions et les structures sanitaires en deçà des normes requises soient mises aux normes et que celles qui sont un danger public en termes de santé publique soient fermĂ©es jusqu’Ă  ce qu’elles soient mises aux normes requises.

Il faut une évaluation périodique et sanctionnée du personnel, de leur direction et des conditions de travail
Des institutions et des infrastructures sanitaires aux normes en matiĂšre d’Ă©quipements sanitaires ne valent rien si le personnel qui utilise lesdits Ă©quipements n’est pas Ă  niveau. Elles peuvent mĂȘme ĂȘtre plus dangereuses aux patients dans la mesure oĂč des Ă©quipements performants pour soigner le sont tout autant pour tuer si l’expertise nĂ©cessaire Ă  leur usage n’existe pas ou est de mauvaise qualitĂ©. La preuve en est que des erreurs de ce type existent mĂȘme dans les pays dits dĂ©veloppĂ©s. Par consĂ©quent, l’Ă©valuation pĂ©riodique et sanctionnĂ©e des institutions et infrastructures sanitaires doit ĂȘtre complĂ©tĂ©e par une Ă©valuation pĂ©riodique et sanctionnĂ©e du personnel sanitaire. Celle-ci implique plusieurs aspects dont des colloques internationaux d’experts de diffĂ©rents domaines de la mĂ©decine, un programme nationale de formation continue pour des mises et des remises Ă  niveau du personnel mĂ©dical face aux nouvelles Ă©volutions dans le secteur mĂ©dical, des exercices de simulation pour jauger et Ă©prouver la cĂ©lĂ©ritĂ© et l’efficacitĂ© des interventions, et des enquĂȘtes en camĂ©ras cachĂ©s pour prendre la main dans le sac ceux qui exigent un paiement prĂ©alable comme condition d’accĂšs Ă  tout soin.

D’autres mesures peuvent aussi amĂ©liorer le rendement du personnel sanitaire camerounais. C’est le cas des recours rĂ©els et rapides prĂ©vus par l’Etat camerounais aux malades ou aux familles de malades qui se retrouvent dans une situation de refus de soins par manque d’argent. Une note du ministre ne suffit pas. Elle ne peut servir Ă  quelque chose que si celui ou celle qui se trouve dans cette situation de barriĂšre Ă  l’entrĂ©e aux soins faute d’argent, a un recours concret et d’une action rĂ©paratrice rapide de son cas. Quel numĂ©ro peut composer un Camerounais en zone urbaine face Ă  un cas de maladie grave ou Ă  des complications subites de celle-ci? Ceux qui reçoivent l’appel de dĂ©tresse ont-ils une ambulance en Ă©tat de marche? Ont-ils le nĂ©cessaire pour les premiers soins cruciaux dans la prĂ©servation de la vie? S’ils ont une ambulance en bon Ă©tat de marche a-t-elle du carburant en permanence? Ce sont des choses banales qui peuvent sauver des millions vies dans nos zones urbaines.


Dans l’amĂ©lioration de ces conditions de travail du personnel mĂ©dical il y a aussi l’estimation optimale du nombre de Camerounais par mĂ©decin. Ce taux de couverture mĂ©dical est crucial car avoir trop de Camerounais pour un mĂ©decin est une condition de travail impossible dont les effets nĂ©gatifs rejaillissent sur les citoyens et les mĂ©decins eux-mĂȘmes dans une sorte de cercle vicieux duquel la santĂ© publique perd en qualitĂ©. Dans un pays qui parle des « grandes ambitions», une qui aurait socialement du sens serait de diminuer le nombre de Camerounais et de Camerounaises Ă  la charge d’un seul mĂ©decin. Une façon de le faire, puisque notre pays est en croissance, peut ĂȘtre de faire venir au Cameroun plusieurs mĂ©decins camerounais et camerounaises des diasporas afin qu’ils viennent travailler au Cameroun. Il y aurait certainement des candidats Ă  condition que l’Etat les attire via des mesures incitatives extrinsĂšques comme des facilitĂ©s administratives et un effort salarial pour un travail aussi noble. Il y aura certainement plusieurs candidats car les motivations intrinsĂšques Ă  savoir la satisfaction morale de soigner ses compatriotes existent aussi en dehors des motivations extrinsĂšques purement financiĂšres.

Quid de la mĂ©decine chinoise? Quid des cliniques privĂ©es? Ces mĂ©decine sont -elles Ă©valuĂ©es au Cameroun? Si oui suivant quels critĂšres et quelles sont les sanctions des Ă©valuations? Tout ce qui concerne directement la santĂ© publique comme les institutions chinoises, cliniques et publiques de cette mĂ©decine doivent ĂȘtre mises en examen par des Ă©valuations pĂ©riodiques et sanctionnĂ©es dont le but est d’abord d’avoir un Ă©tat de lieux sanitaire nĂ©cessaire Ă  la prise de dĂ©cisions informĂ©es.

Il faut une évaluation périodique et sanctionnée des produits médicamenteux à la disposition des Camerounais
Une fois les infrastructures et le personnel Ă©valuĂ©s de façon pĂ©riodique et sanctionnĂ©e, le tour n’est pas fait. Il faut aussi une Ă©valuation pĂ©riodique et sanctionnĂ©e des produits mĂ©dicamenteux qui sont utilisĂ©s pour soigner les Camerounais et les Camerounaises. Les institutions et le personnels peuvent ĂȘtre au top mais tout cela devient nul et de nul effet si les produits mĂ©dicamenteux ne sont pas fiables et s’avĂšrent ĂȘtre plus dangereux que les maladies dont souffrent les patients. Encore une fois, il ne faut pas perdre de vue une approche globale du problĂšme de santé publique camerounais car si l’automĂ©dication se rĂ©pand via des produits mĂ©dicamenteux douteux vendus dans des Ă©choppes de quartiers populaires, de façon ambulante ou mĂȘme parfois dans nos pharmacies, c’est parce que la pauvretĂ© et les inĂ©galitĂ©s s’approfondissent et excluent la masse dĂ©munie des produits mĂ©dicamenteux de qualitĂ©. La premiĂšre façon d’amĂ©liorer la santé publique dans un pays est de mettre en place des politiques publiques qui amĂ©liorent les conditions gĂ©nĂ©rales de vie. Si la pauvretĂ© recule, la demande pour des produits mĂ©dicamenteux douteux va disparaĂźtre car les Camerounais et les Camerounaises auront le choix, grĂące Ă  un meilleur pouvoir d’achat, entre des produits mĂ©dicamenteux d’origine douteuse et ceux dont la traçabilitĂ© est claire et la qualitĂ© scientifiquement Ă©tablie. Arriver Ă  bouter hors du Cameroun les trafics des mĂ©dicaments douteux et dangereux doit donc se faire sur deux volets au moins : la rĂ©pression de ceux qui se livrent Ă  ce commerce dangereux et surtout l’amĂ©lioration des conditions de vie gĂ©nĂ©rales des populations afin de faire disparaĂźtre la demande et de tuer ainsi l’offre.

Notre pays a beaucoup rĂ©gressĂ© Ă  ce niveau. Il me souvient, ayant fait mes Ă©tudes primaires dans village du Sud du Cameroun que des Ă©quipes mĂ©dicales faisaient le tour des Ă©coles primaires dans les annĂ©es 1980 pour vacciner et consulter. Il me souvient aussi, Ă©tant fils d’un camerounais mĂ©decin, que celui-ci avait dans son agenda de travail ce qu’il appelait affectueusement la tournĂ©e mĂ©dicale rurale. Celle-ci consistait Ă  mener l’hĂŽpital vers les paysanneries camerounaises et les villageois qui, suivant un calendrier bien communiquĂ© et arrĂȘtĂ© Ă  l’avance, recevaient ainsi gratuitement consultations, soins et mĂ©dicaments. Il me souvient aussi qu’il suffisait qu’on prĂ©sente une ordonnance prescrite pas un mĂ©decin pour que le pharmacien de l’hĂŽpital nous donne gratuitement tous les produits prescrits. Il me souvient enfin que dans la ville d’Ebolowa – oĂč je suis allĂ© au collĂšge par la suite – il existait de multiples bornes fontaines publiques qui distribuaient gratuitement l’eau potable aux Camerounais en Ă©vitant ainsi une grande part des maladies liĂ©es Ă  la consommation d’une eau non potable. Il faut reconnaĂźtre, Ă©tant donnĂ© que ces souvenirs sont des rĂ©alitĂ©s tangibles et vĂ©rifiables dans annĂ©es 1980, que notre pays est moins bien organisĂ© aujourd’hui sur le plan de la santĂ© publique qu’il ne l’Ă©tait Ă  cette Ă©poque-lĂ . Pouvons-nous essayer de retrouver ce niveau-lĂ  en ce moment ? Au moment oĂč on ne parle que d’Ă©mergence Ă©conomique, il est peut-ĂȘtre urgent que l’Etat camerounais se rappelle que l’accĂšs continu de tous les Camerounais Ă  l’eau potable est dĂ©jĂ  la premiĂšre mesure de santĂ© publique Ă  rendre effective avant la construction des marchĂ©s performants.

Assurer la formation continue des accoucheuses traditionnelles et d’autres auxiliaires de santĂ© publique
Ce ne sont pas seulement les zones urbaines qui doivent bĂ©nĂ©ficier d’un plan global de reformatage du systĂšme camerounais de santĂ© publique. Les zones rurales trĂšs souvent mal loties en institutions et infrastructures sanitaires de qualitĂ© doivent aussi faire partie de la rĂ©flexion globale. Les conditions de vie et la santĂ© de la population urbaine d’un pays a des effets sur les conditions de vie et la santĂ© de sa population rurale et vice versa. Autrement dit, des externalitĂ©s rĂ©ciproques existent et peuvent ĂȘtre positives ou nĂ©gatives entre les populations urbaines et rurales. Cependant, comme dĂ©jĂ  signalĂ©, ce sont les conditions de vie qui comptent en premier : une population rurale pauvre et en mauvaise santĂ© gĂ©nĂ©rale devient, si on prend l’exemple des dons de sang, une source de dangers potentiels si ces dons de sang ne font pas l’objet d’un contrĂŽle rigoureux. Le sont-ils au Cameroun ? Suivant quel protocole ? Une population urbaine alcoolique, droguĂ©es et malade peut aussi ĂȘtre un danger dans le mĂȘme domaine pour la population totale du pays. Aucune Ă©lite camerounaise, d’aprĂšs quelques camarades de lycĂ©e aujourd’hui mĂ©decins, n’accepte une transfusion sanguine dans un hĂŽpital camerounais ! Pourquoi ? Sans vous faire un dessin, le risque doit ĂȘtre trĂšs grand de le faire. Les pauvres peuvent-il l’Ă©viter ? Nous savons tous que non.

En dehors des conditions d’accĂšs aux centres de santĂ© Ă  amĂ©liorer en zones rurales, il est Ă©galement fondamental d’assurer la formation continue des accoucheuses traditionnelles dont l’importance n’est plus Ă  dĂ©montrer dans nos contrĂ©es oĂč des millions de Camerounaises donnent la vie sans visites prĂ©natales grĂące Ă  elles. Nul n’ignore que nos villages regorgent d’accoucheuses traditionnelles de talent aux qualitĂ©s exceptionnelles acquises par l’expĂ©rience et la pratique. Il serait trĂšs porteur pour la santé publique camerounaise en zone rurale que ces accoucheuses traditionnelles bĂ©nĂ©ficient aussi des formations continues afin qu’elles puissent ajouter d’autres connaissances modernes Ă  leur expertise traditionnelle acquise sur le tas. Ces accoucheuses traditionnelle, tant que notre pays reste Ă  un faible niveau de dĂ©veloppement, sont des femmes ressources irremplaçables dont le capital humain est Ă  renforcer par une politique publique intelligente.

Il en est de mĂȘme des guĂ©risseurs traditionnels qui, en dehors des cas de pur charlatanisme, ont une connaissance exceptionnelle de la pharmacopĂ©e traditionnelle camerounaise. La forĂȘt et la nature camerounaises en gĂ©nĂ©ral regorgent de produits mĂ©dicamenteux d’une redoutable efficacitĂ© dont ils maĂźtrisent la connaissance. Mettre en place des Ă©quipes scientifiques qui travaillent avec les guĂ©risseurs traditionnels dans l’Ă©tablissement d’une banque de donnĂ©es nationale d’arbres, d’herbes, de racines, de fruits, de potions et des Ă©lĂ©ments chimiques qui en assurent l’efficacitĂ© est Ă  entreprendre pour construire une autonomie mĂ©dicamenteuse relative du pays Ă  long terme. Des pays comme le BĂ©nin font travailler ensemble guĂ©risseurs traditionnels et mĂ©decins modernes depuis longtemps pour amĂ©liorer la couverture vaccinale. Le systĂšme de santĂ© bĂ©ninois, conscient de la crĂ©dibilitĂ© de la parole des guĂ©risseurs traditionnels au sein de la population rurale souvent peu Ă©duquĂ©e, utilise cette crĂ©dibilitĂ© pour les campagnes nationales de vaccination. Autrement dit, ce sont les guĂ©risseurs traditionnels y ont aussi dĂ©sormais la charge de demander aux populations qui les consultent d’aller se faire vacciner en assurant ainsi le service aprĂšs vente des campagnes publiques de vaccination.

Pour ne pas conclure
Le Cameroun, nous le dit-on, est en plein chantier pour l’Ă©mergence Ă©conomique en 2035. A quelque chose malheur est bon car le drame Koumatekel nous remet les pieds sur terre. Il nous rappelle Ă  quel niveau est encore notre pays en termes de dĂ©veloppement social, de dĂ©veloppement humain et de conditions gĂ©nĂ©rales de sĂ©curitĂ© humaine. Nous sommes encore au bas de l’Ă©chelle. Dans ces conditions, la premiĂšre Ă©mergence Ă  chercher est celle des conditions de vies gĂ©nĂ©rales amĂ©liorĂ©es, premiĂšre condition Ă  remplir pour construire la santĂ© collective d’une population par diminution des externalitĂ©s nĂ©gatives de la pauvretĂ© sur la santĂ© publiques, les institutions et les infrastructures sanitaires. Le CRESPOL a proposĂ© ici quelques idĂ©es. Elles ne consistent nullement Ă  dire que des erreurs et des morts Ă©vitables n’existeront plus jamais au Cameroun si elles sont mises en application mais, le risque zĂ©ro n’existant pas dans une uvre humaine, que les erreurs, les carences et les morts Ă©vitables seront drastiquement rĂ©duites si nous les mettons en place. L’erreur fatale Ă  ne pas commettre pour le Cameroun est d’oublier de construire une Ă©mergence Ă©conomique sous contrainte des objectifs de dĂ©veloppement social et humain du pays. Autrement dit, faire le contraire revient Ă  vider l’Ă©mergence Ă©conomique de sa dimension sociale et donc Ă  s’Ă©carter des objectifs de dĂ©veloppement humain.

Cela dit, les chantiers ouverts ici et lĂ , la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, l’Etat, la sociĂ©tĂ© civile et les multinationales en coopĂ©ration avec l’Etat camerounais doivent avoir au centre de leurs plans au Cameroun une meilleure vie des populations. C’est au rĂ©gime en place de placer la santĂ© publique au centre de son programme d’Ă©mergence via un plan global d’action, c’est Ă  lui de prendre ses responsabilitĂ©s.

Paix Ă  l’Ăąme de Mme Monique Koumateke. Le CRESPOL espĂšre que sa mort servira Ă  quelque chose de positif pour l’avenir.


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