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Rdpc de Fame Ndongo: entre turlupinades politiciennes et esthétique de la médiocrité

Par Boulou Ebanda nya B’bedi

« Notre vie commence à s´arrêter quand nous décidons de garder le silence sur les choses qui doivent compter pour nous! » (Martin Luther King Jr.)

Chaque citoyen camerounais qui se lève le matin sans eau, se couche le soir avec sa lampe Ă  pĂ©trole ou ses bougies de cire et qui, lorsque malade, se dĂ©merde pour se rendre dans un hĂ´pital par des routes mouroirs, ce citoyen, avec raison, a le droit de s’interroger sur la logique derrière les refrains fictifs des grandes rĂ©alisations et des grandes ambitions qui chatouillent ses oreilles. Chaque citoyen camerounais qui rĂ©flĂ©chit peut se demander ce qui se cache derrière ces expressions de servilitĂ© amblyopique, souvent gauches d’ailleurs, de certains hommes de lettres sensĂ©s servir notre pays, censĂ©s ĂŞtre des modèles d’humilitĂ©, de rigueur intellectuelle, d’Ă©thique et de moralitĂ©.

Je ne me permets pas souvent d’Ă©lever une plume critique directement contre des acteurs prĂ©cis du gouvernement de ce pays qui est le mien. Toutefois, après avoir Ă©coutĂ© le bilan politique fabulĂ© de quelques sbires, «propriĂ©taires» du RDPC, après avoir entendu sonner le tocsin d’Ă©loges d’un crĂ©ateur dont l’humilitĂ©, la modestie spirituelle et mĂŞme l’âge interdiraient en rĂ©alitĂ© de se rĂ©clamer autant de courbettes, je me suis souvenu de cette phrase de Martin Luther King Jr. « Notre vie commence Ă  s´arrĂŞter quand nous dĂ©cidons de garder le silence sur les choses qui doivent compter pour nous! »

Aujourd’hui, parce que l’Ă©ducation et l’enseignement supĂ©rieur comptent vraiment pour moi, j’aimerais adresser mon intervention Ă  un baron particulier du RDPC, le Professeur des universitĂ©s et ministre de l’Enseignement supĂ©rieur. En effet, le Professeur Fame Ndongo est l’un de ces acteurs politiques que nous, universitaires, aurions espĂ©rĂ© admirer, voir comme notre modèle d’excellence, une figure Ă  l’Ă©thique exemplaire; mais hĂ©las, c’est tout le contraire et cela fait très mal, car justement, sa posture d’intellectuel a laissĂ© place Ă  la mĂ©diocritĂ© et aux mensonges, littĂ©ralement!

Monsieur le ministre, Professeur, ĂŞtre intellectuel, c’est ĂŞtre un Homme libre capable non seulement de faire la part des choses entre ce qui est juste et injuste, mais surtout de raisonner sur le juste et l’injuste, mĂŞme si ce raisonnement lui fait mal, mĂŞme s’il Ă©corche quelques sensibilitĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de sa propre famille, mĂŞme politique. ĂŠtre ministre et professeur des universitĂ©s c’est avoir le pouvoir de dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas; c’est pouvoir mobiliser une posture Ă©thique, en premier lieu, dans toutes les actions gouvernementales sous notre responsabilitĂ©.

C’est ce que firent, très rĂ©cemment, quelques voix dissonantes des Honorables Ibrahim Mbombo Njoya et Mohaman Gabdo, dans leur rĂ©flexion sur l’avenir de notre pays et le rĂ´le de votre parti. C’est aussi ce que, aujourd’hui, fait très souvent l’Honorable Martin Oyono. C’est ce que fit aussi le PrĂ©sident de la rĂ©publique, S.E. Paul Biya, en renvoyant le Code pĂ©nal aux Honorables dĂ©putĂ©s pour qu’ils le rĂ©examinent. Voyez-vous, cela s’appelle avoir du discernement, ĂŞtre diacritique. Cette incapacitĂ© critique de l’intellectuel que vous ĂŞtes, pourtant, m’interpelle au point de me rendre malade. Vos Ă©loges et refrains de grandes rĂ©alisations toutes fantasmagoriques, vos dons d’ordinateurs au nom du PrĂ©sident de la rĂ©publique, m’indisposent, car vous pouvez faire mieux, vous ĂŞtes bien mieux.

Soyons factuels: lorsque votre parti est arrivĂ© au pouvoir, le Cameroun comptait une compagnie de transport aĂ©rien, trois aĂ©roports de calibre international, une sociĂ©tĂ© de transport ferroviaire et un système d’Ă©ducation postsecondaire qui faisaient la fiertĂ© de toute l’Afrique noire, surtout toute la sous-rĂ©gion francophone. Aujourd’hui, tout ceci est sur le point de disparaitre, ou presque… L’aĂ©roport « international » de Douala n’est plus qu’un nom. De EDC Ă  la SONEL en passant par toutes les entreprises privĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© ENEO, en ce dĂ©but du 21ème siècle, le Camerounais n’a jamais bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’autosuffisante Ă©nergĂ©tique. De la RĂ©gie Fercam Ă  Camrail, il y a plus de roseaux qui poussent le long des rails que de trains, et pas un seul pouce de rails supplĂ©mentaire n’a Ă©tĂ© construit; au contraire, elles ont fermĂ©es.

La sociĂ©tĂ© Camair est morte et enterrĂ©e et Camair-Co bat toujours de l’aile et ce, malgrĂ© les milliards de francs injectĂ©s pour sa survie. Mais le plus grave c’est la honte; la honte qu’au Cameroun, encore aujourd’hui, l’eau potable est restĂ©e une denrĂ©e rare voire parfois totalement absente. Monsieur le ministre, Professeur, on meurt encore chez nous des maladies hydriques disparues dans nombre de pays d’Afrique moins nantis que le Cameroun depuis au moins de 50 ans.

Avec de tels faits, l’intellectuel intègre ne lancera pas d’Ă©loges Ă  sa famille politique. Il ne transformera pas des rĂ©sultats mĂ©diocres en faits positifs, surtout quand:

. l’Indice du dĂ©veloppement humain (IDH) classe son pays 153ème/188 ; un des pays les plus endettĂ©s au monde dont plus de la moitiĂ© de la population vivrait entre la pauvretĂ© et l’extrĂŞme pauvretĂ©;

. les salaires de plusieurs de ses jeunes fonctionnaires sont souvent payés avec des mois, parfois des années de retard et, avec des bons de caisse de surcroit, car moins de 10 % de la population détient un compte bancaire

. pour des raisons mystĂ©rieuses, son État peine Ă  se moderniser, ses hauts fonctionnaires ayant encore des coffres forts d’argent liquides dans leurs bureaux, comme au 19ème siècle, participant ainsi la pioche facile dans la caisse;

. tous les rapports internationaux classent son pays parmi ceux dont l’administration est l’une des plus corrompues au monde, 136ème /172;
. malgrĂ© sa croissance Ă©conomique positive, annĂ©e après annĂ©e, son pays continue de dĂ©gringoler du classement des Pays favorables pour faire les affaires (Doing Business), moins quatre rangs (-4) 168ème/189 en 2015, aujourd’hui 172ème;


. la mortalité infantile est une des plus élevée au monde, avec près de 54 décès pour 1000 naissances, 30ème rang, proche des pays qui sont en guerre ou sortent des décennies de guerre civile;

. son rĂ©seau ferroviaire couvre Ă  peine 1 000 km, et qu’Ă  peine 4100 sur 51 300 km sont de routes bitumĂ©es, et encore, pour un pays de plus de 23 millions d’habitants ce qui explique la multiplication des accidents mortels de la route.

Au contraire, un intellectuel qui place l’Ă©thique en prioritĂ© dans toutes ses interventions publiques, monsieur le Ministre, Professeur, reconnaitra son Ă©chec, sa trahison de l’idĂ©ologie Ă  la base du Renouveau et la Politique communautaire qui un jour l’anima. Vous, vous faites le contraire avec une incompĂ©tence endĂ©mique qui ne rend mĂŞme pas justice Ă  votre champion, votre crĂ©ateur, le PrĂ©sident de la rĂ©publique. Aujourd’hui, en 2016, les Camerounais peuvent rejouer toutes vos vieilles rengaines de «SantĂ© pour tous en l’an 2000. en passant par les Grandes rĂ©alisations. et Ă  prĂ©sent les Grandes ambitions. et constater qu’ils ne sont que des slogans fantasmatiques de l’ordre de la mystique.» Pourtant, le gouvernement du Cameroun et le RDPC s’adjoignent d’hommes compĂ©tents et intègres.

OĂą avons-nous ratĂ© le train, Professeur ? Comment se fait-il qu’un homme de votre trempe soit incapable de dire au peuple comment faire pour trouver de l’eau potable, comment faire pour avoir l’Ă©lectricitĂ© tous les jours. avez-vous oubliĂ© que c’est dans des universitĂ©s et des Ă©coles supĂ©rieures que les conditions et possibilitĂ©s d’un dĂ©veloppement national durable s’articulent? Avez-vous oubliĂ© que c’est Ă  l’intĂ©rieur des universitĂ©s qu’on rĂ©alise des projets d’Ă©tudes sur la santĂ© des populations, les Ă©nergies renouvelables, l’Ă©conomie du savoir, l’innovation sociale, l’urbanisation et les villes intelligentes, sur les arts et la culture ?

C’est aussi dans les universitĂ©s qu’on Ă©tudie de nouvelles techniques pour amĂ©liorer les performances sportives et exceller sur les podiums internationaux, la productivitĂ© en agriculture.? C’est dans des centres, laboratoires et groupes de recherche universitaires qu’on crĂ©e le dĂ©veloppement d’un pays. OĂą avons-nous loupĂ© le train, monsieur le Ministre, Professeur? Sous votre gouverne, notre enseignement supĂ©rieur a perdu tout son prestige alors qu’il faisait notre fiertĂ©. Qu’elle est donc votre feuille de route pour sortir les institutions universitaires du Cameroun du marasme, de l’esthĂ©tique de la mĂ©diocritĂ© politique dans laquelle vous les avez plongĂ©s?

Oui, j’aimerais savoir, monsieur le Ministre, Professeur, quels sont vos plans pour rehausser le pourcentage d’Ă©chec des enseignants camerounais aux concours CAMES ? Etes-vous prĂ©occupĂ© du fait que plus de 50% (65% en 2016) de vos enseignants sont recalĂ©s Ă  ce concours, annĂ©e après annĂ©e ? Quels sont vos plans pour redresser le bilan exĂ©crable Ă©noncĂ© dans le rapport du Syndicat national des enseignants du SupĂ©rieur (SYNES) en mars dernier? Que faites-vous du fait qu’aucune universitĂ© sous votre gouverne ne figure dans les tops 100 du continent Africain, alors que de petites nations comme le Malawi, des pays pauvres comme Madagascar ou le BĂ©nin, et mĂŞme des pays qui ont vĂ©cu des tragĂ©dies socio-politiques graves et bouleversements comme le Soudan, le Rwanda et l’Égypte ont leurs institutions universitaires dans la top-liste ? Et le Cameroun, le grand absent!

Le «LibĂ©ralisme communautaire» ainsi que la «Rigueur et la moralisation» nous avaient pourtant tous fait rĂŞver. On y parlait d’une agriculture moderne, du dĂ©veloppement des affaires, de la justice sociale et de la bonne gouvernance. Mais nous voici, une trentaine d’annĂ©es plus tard et toujours RIEN!!! Votre crĂ©ateur, annĂ©e après annĂ©e, ne cesse d’ailleurs de se demander, ce que vous, ses collaborateurs, en avez fait ; pourquoi vos budgets ne sont pas souvent utilisĂ©s, pourquoi tant d’immobilisme.

« Je crois que nous avons des progrès Ă  faire sur deux points importants: la primautĂ© de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et la coordination de nos efforts. » (Paul Biya, 2013)

Un citoyen Ă©thique, humblement, reconnaitra ses propres lacunes, ses limites et ses Ă©checs, car c’est de cette reconnaissance que naĂ®tront les conditions et possibilitĂ©s d’un dĂ©veloppement pour tous! Toute autre posture acritique ne serait rien de moins qu’une gestation de la mĂ©diocritĂ©, quel dommage pour un pays riche en talents et en compĂ©tences comme le Cameroun! Si vous n’avez rien de nouveau Ă  proposer que des dons d’ordinateurs, si vous ne pouvez pas relever les dĂ©fis de l’enseignement supĂ©rieur du 21ème siècle, si vous ne pouvez pas garantir des emplois aux graduĂ©s de nos universitĂ©s et grandes Ă©coles, il serait Ă©videmment sage de cĂ©der votre place Ă  quelqu’un d’autre.

Faire l’autruche n’est certes pas une solution sage, car les Camerounais aiment la paix, mais ils ne sont pas dupes. Je vous encourage Ă  ouvrir vos oreilles et Ă  Ă©couter ce qui se dit et se fait ailleurs sur le continent, Ă  vous instruire sur l’Ă©volution incontournable de nos nouvelles sociĂ©tĂ©s « androĂŻdes ». La survie du RDPC dĂ©pendra de son Ă©volution et sa capacitĂ© d’Ă©pouser le changement rĂ©el, et son ouverture sur d’autres mondes. Nous sommes dĂ©jĂ  au 21ème siècle monsieur le Ministre, Professeur Jacques Fame Ndongo, entrez-y donc avec nous!


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