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Recettes pétrolières: Quand les chiffres font des écarts

156 milliards de FCFA de recettes versĂ©s au trĂ©sor public selon un communiquĂ© du Conseil d’Administration, alors que les statistiques sur le site de la SNH parlent de 97,542 milliards

Dans un communiquĂ© de son dernier Conseil d’Administration, la SociĂ©tĂ© Nationale des Hydrocarbures (SNH), annonce que les recettes reversĂ©es Ă  l’Etat pour le compte des 4 premiers mois d’exercice, se sont situĂ©es Ă  156 milliards de FCFA, dĂ©passant largement des prĂ©visions qui elles se situaient autour de 129 milliards de FCFA. De nombreux mĂ©dias ont repris l’information, parlant notamment de la hausse des recettes pĂ©trolières au trĂ©sor public camerounais. Le fait que ces mĂ©dias n’hĂ©sitent pas Ă  qualifier de bonne performance est argumentĂ© par une apprĂ©ciation du dollar de 14%, et une bonne tenue des prix des barils depuis le dĂ©but d’annĂ©e. Le prix moyen de vente de ces bruts, pour les enlèvements de janvier Ă  avril, a enregistrĂ© une hausse de 15,10 dollars Us par baril (+14,31) par rapport Ă  la mĂŞme pĂ©riode de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, pour s’Ă©tablir Ă  120,63 dollars Us par baril, peut-on lire dans le communiquĂ© de presse du Conseil d’Administration. Il reste pourtant très difficile de comprendre le niveau de positivitĂ© de cette performance. ComparĂ© au premier trimestre de l’annĂ©e 2011, oĂą effectivement le prix du baril Ă©tait Ă  105 Dollars (contre 120) pour un dollar Ă  477 contre 496 FCFA aujourd’hui, les recettes pĂ©trolières reversĂ©es Ă  l’Etat et selon des statistiques disponibles sur le site de la SNH, avaient atteint les 195 milliards de FCFA, pour le premier trimestre, le mois d’avril non compris. Cette statistique considĂ©rĂ©e, il apparait donc que pour les trois premiers mois de l’annĂ©e 2012, la SNH a plutĂ´t Ă©tĂ© contre performante, car elle reverse un total avec près 40 milliards de FCFA en moins, par rapport Ă  la mĂŞme pĂ©riode l’annĂ©e dernière.

La « bonne performance annoncĂ©e par le Conseil d’Administration de la SNH, reste difficile Ă  apprĂ©cier, en raison de ce que le grand public ne possède aucune donnĂ©e sur le tableau des opĂ©rations de l’Etat (TOPE) du Cameroun, pour l’annĂ©e 2012. C’est sur cette base lĂ  que sont transfĂ©rĂ©es les recettes issues de la vente de pĂ©trole par la SNH chaque mois. De manière globale, pour dĂ©terminer la part d’argent que la SNH doit reverser au trĂ©sor public, on procède Ă  la soustraction sur les produits de la vente de ses parts, des diffĂ©rentes dĂ©penses effectuĂ©es au cours de l’exercice. Il apparait que pour le premier trimestre dont il est question, les dĂ©penses associatives, qui reprĂ©sentent un ensemble d’engagements qu’elle prend, ont atteint selon des statistiques prĂ©sentes sur son site internet, près de 55,8 milliards de FCFA. A ces dĂ©penses, il faut ajouter les dĂ©penses de fonctionnement de 6, 7 milliards de FCFA pour un total de près de 63,7 milliards de FCFA. Logiquement avec des ventes ayant Ă©tĂ© d’un peu plus de 160 milliards de FCFA, les recettes brutes reversĂ©es Ă  l’Etat et issues de la vente du pĂ©trole camerounais devraient ĂŞtre de l’ordre de 97, 5 milliards, un chiffre qui n’est pas loin de ceux prĂ©sentĂ©s par l’entreprise sur son site internet (97, 542 milliards de FCFA)

Sur la base de cette dĂ©monstration deux interrogations s’interposent. Comment la SNH est parvenue Ă  combler le montant des recettes publiĂ© sur son site internet, pour le porter Ă  près de 156 milliards de FCFA, soit une augmentation de près de 60 milliards de FCFA. Le communiquĂ© du Conseil d’Administration n’apporte pas de rĂ©ponse Ă  cette question. En l’absence de rĂ©ponse officielle sur ce premier aspect, l’analyse logique entraine vers deux types de possibilitĂ©. La première est que le communiquĂ© final du Conseil d’Administration a pu prendre en compte les ventes effectuĂ©es pour le compte du mois d’avril 2012, ce qui n’est pas conforme Ă  la procĂ©dure. L’autre explication peut aussi ĂŞtre que la SNH en plus des recettes issues de la vente de ses parts de production pĂ©trolière, a ajoutĂ© celui des autres sources de recettes qu’elle reverse au trĂ©sor public. Dans la nomenclature des recettes reversĂ©es par la SNH, il existe de nombreuses sources de recettes qu’elle collecte, et reverse soit au trĂ©sor public via la BEAC, soit directement Ă  la direction des impĂ´ts. Ainsi, en plus de des gains obtenus en sa qualitĂ© de mandataire de la production pĂ©trolière du Cameroun, la SNH est aussi assujettie Ă  l’impĂ´t sur les sociĂ©tĂ©s pĂ©trolières, en qualitĂ© d’opĂ©rateur, mais il a aussi la charge de collecter et de reverser les dividendes, profit-oil et autres taxes prĂ©vus par la loi portant code pĂ©trolier et fixant les règles d’exploitation du pĂ©trole camerounais par des entreprises Ă©trangères. Une autre question aussi sans rĂ©ponse, c’est celle de savoir ce qui explique le doublement des dĂ©penses associatives de la SNH pour le premier trimestre 2012. Sur la mĂŞme pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence pour le premier semestre 2011, elles s’Ă©levaient Ă  seulement quelques 15 milliards de FCFA, soit 32 millions de dollars pour un dollar Ă  477 FCFA. En gĂ©nĂ©ral, ces dĂ©penses supportent essentiellement des appels de fonds et du service de la dette et sont facturĂ©es par les opĂ©rateurs. Elles sont par ailleurs, arrĂŞtĂ©es sur la base d’un budget trimestriel Ă  travers un planning de travaux dĂ©fini par le ComitĂ© Technique. D’autres dĂ©penses existent aussi, et concerne, les assurances offshore, le coĂ»t du suivi des ingĂ©nieurs de la SNH, la quote-part des dĂ©penses du pipeline et les dĂ©penses de remise en Ă©tat des sites pour tenir compte de l’environnement durable. Selon certains observateurs, le dĂ©placement du pipeline, l’engagement des travaux en vue d’exploiter de nouveau champs et celle visant Ă  lancer la production de gaz Ă  Kribi sont autant de raison d’accroissement des dĂ©penses d’investissement. Mais cela, l’entreprise ne l’indique pas particulièrement.


Le bâtiment de la SNH à Yaoundé

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