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RĂ©habiliter les soldats africains morts pour la France

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A la fin de son quinquennat, François Hollande vient d’accorder la nationalitĂ© française Ă  28 soldats sĂ©nĂ©galais, rescapĂ©s de guerre, qui ont hĂ©roĂŻquement combattu aux cĂ´tĂ©s de leurs frères d’armes français. Pour les mĂ©dias, cet acte est Ă  mettre au crĂ©dit d’un prĂ©sident en fin de règne et qui peaufine sa sortie de scène.

Les prĂ©dĂ©cesseurs de François Hollande auraient pu reconnaitre l’ingratitude de la France Ă  l’Ă©gard de tous ces africains anonymes morts dans les champs de bataille. Il n’en a rien Ă©tĂ©. La « mère patrie » n’a jamais eu le moindre Ă©gard pour ces hommes d’honneur convaincus de servir pour une juste cause. Leur qualitĂ© de militaire ne sera que partiellement et tardivement reconnue.

Les ‘tirailleurs sĂ©nĂ©galais » Ă©taient un corps d’Ă©lites recrutĂ©es de force dans toutes les colonies françaises en Afrique subsaharienne. Ce corps a vu le jour en 1857 au SĂ©nĂ©gal. Ces vaillants soldats ont servi loyalement au cours des deux guerres mondiales et dans les colonies françaises Ă  travers le monde. DĂ©tachĂ©s en avant comme Ă©claireurs Ă  certains corps d’infanterie, beaucoup ne survĂ©curent pas et moururent dans l’anonymat.

Une injustice bien entretenue

La naturalisation des derniers soldats africains est symbolique. Elle rĂ©intègre ces derniers dans la mĂ©moire collective nationale. Mais elle ne rĂ©pare pas les injustices subies par ces soldats de l’ombre dont les pensions de retraite furent très sous estimĂ©es par rapports Ă  leurs homologues français.

L’Afrique a fourni Ă  la France ses enfants au cours de la première guerre mondiale. Ces hommes furent placĂ©s au front dès leur arrivĂ©e. Beaucoup sont morts dans des conditions de froids et de salubritĂ©. Au cours de la deuxième guerre mondiale, les historiens nous apprennent que le contingent des ‘tirailleurs sĂ©nĂ©galais » comptait environ 1 400 000 soldats. Ils ont servi sur plusieurs fronts.

Les tirailleurs sénégalais ont également servi dans les conquêtes coloniales de la France. En Indochine, à Madagascar, en Algérie et dans toutes les guerres en Afrique où les fronts indépendantistes se soulevaient pour la liberté.

Fallait-il attendre aussi longtemps pour reconnaitre ses torts? Tous ceux qui avaient des droits légitimes à faire valoir pour leurs pensions de retraite sont morts. Leurs réclamations ont été vaines.


Une pétition

La naturalisation des derniers tirailleurs sĂ©nĂ©galais n’est pas une initiative heureuse des autoritĂ©s françaises. Une pĂ©tition a Ă©tĂ© initiĂ©e par une jeune socialiste, AĂŹssatou Seck, petite fille d’un tirailleur. Elle a recueilli 60 000 signatures. La pĂ©tition a Ă©tĂ© adressĂ©e Ă  l’ElysĂ©e et François Hollande y a Ă©tĂ© favorable.

La naturalisation tardive de ces quinquagĂ©naires ne mettra pas fin Ă  des siècles d’injustice de la France Ă  l’Ă©gard des ressortissants de ses anciennes colonies. Un pas a Ă©tĂ© fait. Un petit pas qui peut amorcer une nouvelle ère de relations entre l’Afrique noire francophone et la France.

Réhabiliter les tirailleurs sénégalais

Le devoir de mĂ©moire en France est très sĂ©lectif quand il s’agit de l’apport de l’Afrique Ă  la France. Le cas des tirailleurs sĂ©nĂ©galais en est la parfaite illustration. A ce jour, aucun prĂ©sident français n’a reconnu les tirailleurs sĂ©nĂ©galais.

Ces hommes ont été incorporés français. Ils ont combattu comme français. Pourquoi fallait-il leur ôter la nationalité française après les indépendances?

La dĂ©naturalisation des tirailleurs sĂ©nĂ©galais a Ă©tĂ© une grave injustice. Il est donc logique que la justice leur soit rendue aujourd’hui.

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