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Réponse au bâtonnier sur le principe de la publicité des actes du Comicodi

Par la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi)

Monsieur le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Cameroun. Objet : Votre injonction relative Ă  la publicitĂ© sur les affaires soumises Ă  la connaissance de notre organisation par les victimes d’abus. Monsieur le Bâtonnier,

Monsieur le SecrĂ©taire GĂ©nĂ©ral de l’Ordre, votre collaborateur, nous a fait part de vos souhaits en forme d’injonction, relativement Ă  la publicitĂ© que nous avions donnĂ©e Ă  l’affaire Me Mbopda Noumedem LĂ©opold contre son client, sieur Fokam Choupo RenĂ©.

Sans doute faudrait-il rappeler pour mĂ©moire, qu’un citoyen nous a saisis, pour des faits en notre sens assez graves, constituĂ©s par le non reversement de sommes perçues, la violation d’engagements d’affaires et le mĂ©pris.

D’abord, nous tenons Ă  rĂ©itĂ©rer l’immense respect que nous vouons Ă  votre corporation, dont le rĂ´le partout dans le monde et de tout temps dans les mutations sociales et politiques, fait partie des segments les plus Ă©loquents du patrimoine fonctionnel de l’humanitĂ©. La brève mais oh combien sensible histoire de la lutte pour la dĂ©mocratie dans notre pays, en porte le tĂ©moignage.

Permettez-nous ensuite, Monsieur le Bâtonnier, de vous exprimer notre Ă©tonnement et notre consternation, avant de vous annoncer notre refus, notre opposition, notre rĂ©volte, bref notre rĂ©sistance. Si le secret des dĂ©libĂ©rations du cabinet du juge est la règle, le dĂ©bat, les arguments des parties et le prononcĂ© du jugement, en revĂŞtant le caractère de publicitĂ©, consacrent l’idĂ©e de justice au nom du peuple et pas au non des castes, des clans, des corporations d’intĂ©rĂŞts et des fratries.

L’action de notre organisation prends Ă  dessein une dimension d’interpellation, de dĂ©nonciation, de rassemblement, de ralliement et mĂŞme de dĂ©voiement, garantie d’un juste rappel Ă  ceux qui se livrent Ă  des abus et violations de toute nature, qu’ils sont, peuvent ou devraient ĂŞtre exposĂ©s Ă  la vindicte populaire. Si le secret nourri la trahison, le vol, les dĂ©rives et les dĂ©pravations cruelles, la publicitĂ© protège, libère, prĂ©vient, contraint et redresse les indĂ©licats.

En tout Ă©tat de cause, rallier l’idĂ©ologie du secret, au nom de la sauvegarde de la corporation, serait accepter notre mort et sonner la fin de la dĂ©fense impersonnelle, le suicide de l’esprit vengeur, protestataire et constructeur dont a tant besoin, notre sociĂ©tĂ© menacĂ©e de dĂ©crĂ©pitude. Il est bon qu’un avocat qui ne paye pas ses loyers, qui conserve par devers lui les sommes perçues pour le compte de ses clients, qui se fait absent aux audiences après avoir touchĂ© de confortables honoraires, qui manifestement n’use et n’utilise pas le temps, les moyens, les voies et les ressources intellectuelles, acadĂ©miques et professionnelles appropriĂ©es, soient promptement sanctionnĂ© selon vos propres règlements et canons.


Organisations de protection et de dĂ©fense des faibles, des abusĂ©s et laissĂ©s-pour-compte, nous entendons nous faire encore plus violents et virulents, face Ă  des comportements dĂ©viants qui tendent Ă  devenir la norme, plongeant toute la citĂ© Cameroun dans l’obscuritĂ© de l’anarchie et du non-droit. Nous ne vous apprenons rien en rappelant que la moralitĂ© douteuse des acteurs du système judiciaire dans notre pays, est l’une des principales causes du pourrissement du climat des affaires, et le boycott subsĂ©quent des investisseurs. Quand ce n’est pas un Magistrat qui transforme son cabinet en Ă©picerie de marchand de tapis, c’est un notaire qui dĂ©tourne les biens d’une succession, abandonnant veuves et orphelins sans soins ni alimentation, c’est un Huissier de Justice qui sert un acte Ă  un fantĂ´me, c’est un Avocat qui abuse d’un pauvre citoyen.

La correspondance de votre collaborateur ayant passĂ© outre la substance de notre sollicitation d’une enquĂŞte, devrions-nous dĂ©duire que votre ministère protège ce confrère gravement, prĂ©cisĂ©ment, directement et structurellement mis en cause ?

Soyez cependant assurĂ© et rassurĂ©, Monsieur le Bâtonnier, de l’admiration teintĂ©e de rĂ©vĂ©rence illimitĂ©e, que nous dĂ©vouons et prĂ´nons, pour le noble mĂ©tier d’Avocat, flamme et expression Ă  la fois, de la quĂŞte permanente d’Ă©quitĂ©.

Avec notre plus haute et fraternelle considération./.


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