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Restriction au Cameroun des manifestations des partis politiques de l’opposition

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Le Social democratic front en a fait, une nouvelle fois, l’expérience samedi. Sa marche de sensibilisation sur le fédéralisme et l’unité nationale qui devait se tenir samedi a été empêchée par les autorités

Au Cameroun, les partis politiques de l’opposition dĂ©noncent les restrictions administratives autour de leurs manifestations publiques et rĂ©unions politiques après l’interdiction de rassemblements samedi et dimanche.

Dernier parti politique à s’en plaindre, le social democratic front (SDF), principal parti de l’opposition, n’a pas pu organiser une marche samedi, 04 mars, pour sensibiliser les populations sur le fédéralisme et l’unité nationale à Douala.

L’administration a évoqué le motif de trouble à l’ordre public, une décision récurrente des autorités administratives, que les partis politiques de l’opposition au Cameroun assimilent désormais à une restriction de leurs activités.

Le gouvernement n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens pour empĂŞcher Ă  Douala -capitale Ă©conomique du Cameroun – la tenue d’une marche des militants du SDF.

Un jour avant, la marche avait pourtant été reportée par son organisateur, le député du SDF Jean Michel Nintcheu.

MalgrĂ© cela, des voitures de police et de gendarmerie anti-Ă©meutes, des gendarmes armes au poing, sans oublier des centaines de policiers, ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s au lieu-dit « carrefour le pauvre« , au quartier Bepanda, point de chute de la manifestation que projetait d’organiser le SDF.

Les barricades ont été également érigées par les forces de l’ordre et de sécurité, le long de l’itinéraire que devait emprunter les manifestants.

Dès les premières heures de la journée, les alentours du domicile du député de l’opposition Jean Michel Nintcheu à Ndogpasssi, à Douala, ont été transformés en véritable forteresse.

Connu pour sa détermination à s’opposer aux mesures administratives, Jean Michel Nintcheu a préféré cette fois-ci se référer à la justice afin de mobiliser ses militants dans la rue.

Les restrictions administratives à l’instar de la décision du sous-préfet de Douala 5e, les partis politiques de l’opposition au Cameroun les enregistrent chaque année.

En cette année préélectorale, il y a déjà un signe d’agacement de ces derniers face à une administration qui paralyse leurs mobilisations sur le terrain.

« Les populations ont tendance Ă  croire que l’opposition n’existe pas au Cameroun. Alors qu’en rĂ©alitĂ©, nous n’arrivons pas Ă  nous mouvoir, Ă  travailler, Ă  expliquer notre programme d’action encore moins Ă  revendiquer« , s’indigne Parfait Aloys Mvoum, prĂ©sident de la circonscription Ă©lectorale de YaoundĂ© 4 pour le SDF.​

Lors de la journée internationale de la femme célébrée chaque 8 mars avec faste au Cameroun, les militantes du SDF de sa circonscription avait souhaité manifester contre les coupures intempestives d’eau.

« Le sous-prĂ©fet n’a pas autorisĂ© cette manifestation pourtant dĂ©clarĂ©e en ses services comme le prĂ©conise la loi sur les libertĂ©s d’associations en vigueur depuis dĂ©cembre 1990 au Cameroun, explique Mme Mvoum, ajoutant que « le pouvoir de YaoundĂ© est frileux en matière de manifestations publiques des partis politiques de l’opposition au Cameroun« .

Trouble à l’ordre public


Telle est la notion généralement reprise par les sous-préfets et préfets pour refuser aux partis de l’opposition, la possibilité de tenir certaines réunions.

En 2015, 2016 et début de 2017, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), un autre parti politique de l’opposition au Cameroun, a vu plusieurs de ses événements politiques interdits par les autorités administratives, parfois musclée comme le 29 mars 2016.

Sosthène MĂ©dard Lipot, conseiller du PrĂ©sident National du MRC, a Ă©tĂ© molestĂ© par les forces de l’ordre ce jour-lĂ . Sa photo Ă  mĂŞme le sol, en costume, a fait le tour des rĂ©seaux au Cameroun : « c’est une violation par le Cameroun de la charte de l’union africaine sur la gouvernance et la dĂ©mocratie« .

M Lipot relate les faits.

« Nous avons Ă©tĂ© surpris que le sous-prĂ©fet vienne nous interdire de tenir une confĂ©rence de presse dans les locaux de notre siège. Il y a eu des arrestations de 60 personnes, de la brutalitĂ©, et nous avons Ă©tĂ© arrosĂ©s avec des canons Ă  eau« , regrette-t-il.

Comme si la peine du MRC durait toujours, le conseiller du président revient d’une mission dans la ville d’Eseka où s’est produit un déraillement d’un train voyageur.

« Au motif que le sous-prĂ©fet n’était pas sur place, son adjoint a refusĂ© de me remettre le rĂ©cĂ©pissĂ© de dĂ©claration d’une manifestation publique que le MRC entend organiser le 23 mars prochain dans la ville d’Eseka« , rĂ©vèle-t-il Ă  VOA Afrique.

L’Union des populations du Cameroun (UPC), le plus vieux parti politique de l’opposition, passe aussi par les mêmes travers pour obtenir la tenue des réunions ou manifestations publiques. Le Président de l’UPC, Victor Onana, refuse de croire qu’il s’agisse là d’une simple coïncidence pour l’opposition camerounaise.

« Les sous-prĂ©fets sont plutĂ´t des supplĂ©tifs du parti au pouvoir. Ce qui fait que les partis politiques de l’opposition au Cameroun sont assez maltraitĂ©s. MĂŞme pour les grands partis comme l’UPC, il y a toujours des sous-prĂ©fets qui se croient obligĂ©s de restreindre nos activitĂ©s. L’un d’eux a essayĂ© de le faire tout rĂ©cemment« , explique M Victor Onana.

Toutefois, depuis le retour de la démocratie en 1990, l’opposition et le gouvernement ne s’entendent pas sur les pouvoirs dévolus aux sous-préfets et préfets en matière d’autorisation des réunions et manifestations publiques au Cameroun.

Les spécialistes du droit pensent qu’il y a un sérieux problème d’interprétation de la loi qui se pose avec comme conséquences, des traitements inégaux des partis politiques au Cameroun.

« On peut effectivement constater qu’il n’y a pas symĂ©trie entre le parti au pouvoir et les partis de l’opposition quand il s’agit d’organiser des rĂ©unions et manifestations. Le rĂ©gime lĂ©gal qui a Ă©tĂ© Ă©noncĂ© en dĂ©cembre 1990, dans le cadre des lois sur les droits et libertĂ©s est un rĂ©gime de dĂ©claration« , prĂ©cise le professeur Eric Mathias Owona Nguini, politologue enseignant Ă  l’universitĂ© de YaoundĂ© 2.

Il ajoute que le point de divergence repose dans « l’apprĂ©ciation de ce que c’est que la dĂ©claration ou alors l’autorisation. Les partis politiques de l’opposition estiment qu’il suffit de dĂ©clarer sa manifestation pour la tenir. Ce que rĂ©fute les autoritĂ©s administratives« , explique M Owona Nguini.

 

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