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Sebastian Kurz, le jeune Autrichien encore plus pressé que Macron

En quelques jours, il a pris le contrĂ´le de la droite autrichienne et provoquĂ© des lĂ©gislatives anticipĂ©es: Ă  30 ans, le ministre Sebastian Kurz veut ravir Ă  Emmanuel Macron le titre de plus jeune dirigeant europĂ©en, quitte Ă  permettre un retour de l’extrĂŞme droite au pouvoir.

Le 7 mai, le chef de la diplomatie est l’une des premières personnalitĂ©s autrichiennes Ă  fĂ©liciter son aĂ®nĂ© de neuf ans pour son Ă©lection Ă  la prĂ©sidence française. Une semaine plus tard, il est lui-mĂŞme investi Ă  la tĂŞte du Parti populaire autrichien (Ă–VP), qui depuis 1945 se partage le pouvoir avec les sociaux-dĂ©mocrates (SPĂ–).

L’ancien « enfant prodige » (« Wunderwuzzi ») de la politique nationale s’est muĂ© en « Messie », du moins pour son camp, note avec ironie l’hebdomadaire Falter, qui le reprĂ©sente en couverture en position christique.

Fait sans prĂ©cĂ©dent dans cette RĂ©publique parlementaire: Sebastian Kurz obtient d’exercer un contrĂ´le sans partage sur son parti et d’en personnaliser le nom pour les prochaines Ă©lections (Liste Sebastian Kurz – le Nouveau parti populaire).

Sans surprise, il annonce mettre fin Ă  la grande coalition formĂ©e depuis 2007 avec le SPĂ–, Ă©branlĂ©e par l’Ă©limination des deux partis au premier tour de la prĂ©sidentielle l’an passĂ©. Le second tour s’Ă©tait jouĂ© entre un candidat du parti d’extrĂŞme droite FPĂ– et l’Ă©cologiste libĂ©ral Alexander Van der Bellen, finalement Ă©lu.

Tout en dĂ©plorant cette rupture de la coalition un an avant le terme de la lĂ©gislature, le chancelier social-dĂ©mocrate Christian Kern et le chef d’Etat n’ont pu que prendre acte. Le scrutin est prĂ©vu le 15 octobre.

Comme M. Macron, Sebastian Kurz propose –sans succès jusqu’Ă  prĂ©sent– d’intĂ©grer sur sa liste des personnalitĂ©s issues d’autres formations et de la sociĂ©tĂ© civile, une petite rĂ©volution en Autriche.

– FermetĂ© sur les migrants –

Mais Ă  30 ans, le jeune Viennois a dĂ©jĂ  un long parcours politique. NommĂ© secrĂ©taire d’Etat Ă  24 ans, avant mĂŞme d’avoir achevĂ© son cursus de droit, il est depuis 2013 le plus jeune ministre des Affaires Ă©trangères d’Europe.

Voix toujours calme et verbe concis, le jeune homme au visage adolescent et aux cheveux blonds coiffĂ©s en arrière cĂ´toie sans se laisser intimider ses grands homologues internationaux, notamment lors des nĂ©gociations sur le nuclĂ©aire iranien Ă  Vienne en 2015 ou dans le cadre de la prĂ©sidence tournante de l’OSCE, qu’il assume depuis janvier.


Lors de la crise des migrants, Ă  l’automne 2015, il est un des premiers tĂ©nors europĂ©ens Ă  critiquer la politique d’accueil de la chancelière allemande Angela Merkel et Ă  prĂ´ner –puis finalement obtenir– une fermeture de la route des Balkans. Une position qui le rapproche du souverainiste hongrois Viktor Orban.

Sebastian Kurz adopte par ailleurs une ligne dure vis-Ă -vis du prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan, faisant de l’Autriche le seul pays de l’UE Ă  exiger une fin des nĂ©gociation d’adhĂ©sion de la Turquie.

– PrĂ©servatifs noirs –

Sa fonction rĂ©galienne lui a permis d’Ă©viter de mettre les mains dans le cambouis de la gouvernance quotidienne, selon ses dĂ©tracteurs. A commencer par M. Kern qui lui a reprochĂ© son refus cette semaine du poste de vice-chancelier, lequel lui Ă©tait normalement dĂ©volu.

« On ne sait toujours pas quel est son programme », constate pour l’AFP le politologue Anton Pelinka. « Soit il cache son jeu, ce qui est probable, soit il n’en a pas, ce qui est possible. »

Une chose est certaine: Sebastian Kurz n’a pas exclu de former une coalition avec le FPĂ–, qui dans ce scĂ©nario reviendrait au pouvoir 17 ans avoir Ă©tĂ© appelĂ© au gouvernement par le chancelier Ă–VP Wolfgang SchĂĽssel en 2000, ce qui avait alors dĂ©clenchĂ© des sanctions de l’UE.

L’Ă–VP, Ă  la traĂ®ne depuis des annĂ©es derrière le SPĂ– et le FPĂ– dans les urnes, a adoubĂ© Ă  l’unanimitĂ© le nouveau dirigeant, qui Ă©tait dĂ©jĂ  depuis 2009 le patron de la puissante organisation de jeunesse du parti (JVP).

Le parcours de Sebastian Kurz n’a cependant pas Ă©tĂ© exempt d’accrocs. D’abord refusĂ© par la section locale du JVP dans ses jeunes annĂ©es, ce fils d’un technicien et d’une enseignante gravit les Ă©chelons de l’organisation mais se ridiculise en 2010 avec une campagne destinĂ©e Ă  vanter le cĂ´tĂ© « excitant » du parti, distribution de prĂ©servatifs noirs (la couleur de la formation) Ă  la clĂ©.

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