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Sur le front de Mossoul, les militaires arrivent, les civils partent

Dans les rues dĂ©foncĂ©es de Mossoul-Ouest, le humvee noir des troupes d’Ă©lite irakiennes slalome entre les trous d’obus et les carcasses de voitures. Il s’arrĂŞte, laisse passer un groupe d’habitants qui fuit les combats avec les jihadistes.

Les forces du service du contre-terrorisme (CTS) gagnent la ligne de front Ă  Al-RifaĂŻ, un des derniers quartiers avant la vieille ville oĂą ont Ă©tĂ© acculĂ©s les combattants de l’organisation ultraradicale Etat islamique (EI) et oĂą se dĂ©roulera la bataille finale.

Un remblai barre presque toute la largeur de la rue. « Attention, c’est minĂ© ! Passez par le cĂ´tĂ© ! » hurle, du haut de sa tourelle de mitrailleuse, un soldat aux civils qui se pressent, cabas en plastique pleins Ă  craquer, enfants dans les bras ou poussant pĂ©niblement dans les gravats une personne âgĂ©e en fauteuil roulant.

En passant devant le blindé, leur épuisement laisse place à un sourire: ils saluent et remercient les soldats, leur adressent un V de la victoire.

Côté militaires, on oscille entre compassion et méfiance. Certains jihadistes fuient en se fondant parmi les civils et les forces irakiennes redoutent un attentat suicide dans ce flot incessant et incontrôlable.

« Hier, une femme a laissĂ© un sac plastique dans la rue en passant. Quand on l’a fouillĂ©, on a trouvĂ© des vĂŞtements de Daech, un pistolet et un couteau. Ce n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas une femme… », raconte un soldat, en utilisant un acronyme en arabe de l’EI.

Près de 500.000 habitants ont quittĂ© leurs maisons depuis le dĂ©but en fĂ©vrier de l’assaut pour reprendre l’ouest de Mossoul, dernier grand fief de l’EI en Irak. Une reprise de cette partie permettra au pouvoir de reconquĂ©rir la totalitĂ© de la deuxième ville du pays tombĂ©e en juin 2014 aux mains de l’EI.

– ‘Je te rappelle plus tard’ –

Quelques pâtĂ©s de maison plus loin, l’offensive du jour se prĂ©pare. Solidement harnachĂ©s, les « hommes en noir » du CTS sortent caisses de munitions, mitrailleuses lourdes et lance-roquettes puis s’alignent le long d’un mur.

Ils ne savent pas combien de jihadistes ils rencontreront. Seuls les obus de mortier qui tombent sur les maisons autour trahissent une présence ennemie.

Un premier groupe s’Ă©lance, pĂ©nètre dans l’enceinte d’une maison par un trou creusĂ© dans le mur, une technique utilisĂ©e par les combattants des deux camps pour pouvoir Ă©voluer Ă  couvert.


Les militaires en première ligne n’entrent pas dans les maisons, souvent piĂ©gĂ©es par les jihadistes. Ils se contentent de prendre la position. Une fois l’enceinte sĂ©curisĂ©e, un groupe les rejoint. La progression se fait Ă  pied, maison par maison, rue par rue. Chaque groupe attend le « go » du groupe qui prĂ©cède.

Plus aucun trou entre maisons mitoyennes. Il faut traverser une rue, possiblement sous le feu des snipers. Dans l’attente du signal des camarades de l’autre cĂ´tĂ© de la rue, certains blaguent Ă  voix basse. Un tĂ©lĂ©phone sonne. Un soldat dĂ©croche: « Je te rappelle plus tard ».

Au fil de l’avancĂ©e, les civils restĂ©s terrĂ©s chez eux -de leur plein grĂ© ou forcĂ©s Ă  rester par l’EI- sont Ă©vacuĂ©s.

Ils partent où ils le peuvent, souvent dans leur famille ou chez des proches, à travers les rues de Mossoul où les corps de jihadistes tués dans les combats pourrissent encore au soleil.

– ‘Pour gagner ma vie’ –

Sur leur chemin, des habitants en fuite croisent un jeune homme.

Celui-ci vient, spĂ©cialement Ă  proximitĂ© du front, « un jour sur deux », avec sa brouette qu’il pousse au milieu des dĂ©combres. Il la remplit de cartouches de toutes tailles.

« Je les ramasse et je les vends Ă  des ferrailleurs Ă  100 dinars le kilo (7 centimes d’euro) », explique-t-il: « J’habite Ă  cinq kilomètres d’ici. Je viens au front pour gagner un peu ma vie ».

Une fillette accourt, verse le contenu d’un sac en plastique dans la brouette puis repart, scrutant le sol. La tâche est aisĂ©e, il n’y a qu’Ă  se pencher pour en trouver.

A cĂ´tĂ© d’elle, une vieille dame, qui semble ĂŞtre sa mère et participe elle aussi, tĂŞte baissĂ©e, Ă  la collecte, soupire: « J’ai tellement honte de faire ça ».

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