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TaĂŻwan: le Kuomintang, un parti centenaire aux abois

Le Kuomintang a prĂ©sidĂ© pendant des dĂ©cennies aux destinĂ©es de TaĂŻwan. Mais un an après sa dĂ©route Ă©lectorale, ce parti centenaire est de moins en moins en phase avec l’opinion, faute d’avoir renouvelĂ© son offre politique.

FondĂ© en 1912 par le « père de la Chine moderne », Sun Yat-sen, le KMT, qui se choisit samedi un nouveau leader, est au fond du trou. Il reste bien sĂ»r la première force d’opposition. Mais pour certains, il est un navire sans capitaine.

Difficile d’imaginer que c’est cette formation qui a dirigĂ© l’Ă®le sans partage sous Chang Kai-shek, après le repli de 1949 Ă  TaĂŻwan consĂ©cutif Ă  la dĂ©faite face aux communistes de Mao TsĂ©-toung

C’est sous la houlette de l’ex-prĂ©sident Ma Ying-jeou (2008-2016), issu de ses rangs, que TaĂŻwan a opĂ©rĂ© un spectaculaire rapprochement avec PĂ©kin, qui voit toujours l’Ă®le comme une partie intĂ©grante de son territoire.

Mais cette politique a aussi été sanctionnée par la débâcle électorale de 2016, qui a vu le KMT perde non seulement la présidence, mais aussi le Parlement, une première en près de 70 ans.

Il a promis de se rĂ©former, mais il est plombĂ© par les divisions internes et par une enquĂŞte judiciaire qui a entraĂ®nĂ© le gel de ses comptes et la suppression de centaines d’emplois.

« Les Ă©volutions dĂ©mographiques Ă  TaĂŻwan ne font pas le jeu du KMT », estime Timothy Rich, professeur de sciences politiques Ă  la Western Kentucky University. De plus en plus d’habitants se considèrent taĂŻwanais, et plus chinois.

– ‘Carte maĂ®tresse’ –

Les relations entre les deux rives du DĂ©troit se sont dĂ©tĂ©riorĂ©es depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de Tsai Ing-wen, issue d’un Parti dĂ©mocratique progressiste (PDP) hostile Ă  PĂ©kin. Certains au sein du KMT considèrent toujours que le biais prochinois du parti est son atout. Un pari pĂ©rilleux.

« Le KMT croit toujours que sa carte chinoise est maĂ®tresse. Mais on a vu depuis l’annĂ©e dernière que ce n’est plus le cas », observe le politologue Fan Shih-ping.

« Quand votre main n’est plus gagnante, qu’avez-vous Ă  proposer? », interroge ce professeur de la NTNU.

MĂŞme PĂ©kin se dĂ©tourne du KMT, explique-t-il: « Le parti communiste est pragmatique. Il ne veut traiter qu’avec ceux qui ont une influence ou du pouvoir. »

Depuis l’arrivĂ©e de Tsai, PĂ©kin a coupĂ© tous les liens officiels avec TaĂŻwan.

MalgrĂ© le repli de 1949 et la dĂ©faite lors de la guerre civile, TaĂŻwan, dirigĂ©e sous la loi martiale jusqu’en 1987 par Chiang Kai-shek puis par son fils, n’a jamais dĂ©clarĂ© son indĂ©pendance. La Chine a toujours affirmĂ© qu’elle riposterait par la force Ă  une telle dĂ©claration.


La démocratisation a permis en 1996 les premières élections totalement libres. Et le KMT a perdu pour la première fois la présidence en 2000.

– La vieille garde –

La politique de rapprochement avec Pékin menée par Ma à partir de 2008 a culminé par sa poignée de main historique en 2015 avec le président chinois Xi Jinping. Mais les électeurs, eux, ont estimé que le rapprochement économique avait bénéficié aux grandes entreprises, pas aux citoyens.

Au sein du KMT, certains demandent désormais le rajeunissement de sa direction.

« Il faut Ă©largir notre vision », estime Chiang Wan-an, arrière petit-fils de Chiang Kai-shek.

Cet avocat de 38 ans formĂ© aux Etats-Unis, qui a Ă©tĂ© Ă©lu dĂ©putĂ© pour la première fois en 2015 sous l’Ă©tiquette du KMT, pourrait briguer l’an prochain la mairie de Taipei, souvent un marchepied vers la prĂ©sidence.

Les six candidats en lice samedi sont cependant tous issus de la vieille garde. Parmi eux, la prĂ©sidente sortante Hung Hsiu-chu, partisane de l’unification. Sa victoire marginaliserait un peu plus le KMT, selon les politologues.

« Leur problème est qu’ils n’ont aucune vision pour TaĂŻwan au-delĂ  de celle de Ma », explique Nathan Batto.

Pour ce chercheur Ă  l’Academia Sinica de Taipei, le KMT a besoin d’un aggiornamiento doctrinaire, y compris sur la question de la relation avec PĂ©kin.

Problème: l’espace politique se rĂ©duit car l’exercice du pouvoir a amenĂ© Mme Tsai Ă  modĂ©rer son discours indĂ©pendantiste.

En outre, ajoute M. Batto, « le KMT peut difficilement Ă©voluer sur la question de la Chine sans s’aliĂ©ner son Ă©lectorat traditionnel ».

« Sans une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants, le changement sera lent. »

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