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Un Camerounais, acteur de xiangsheng en Chine

Docteur en mathĂ©matiques et homme aux talents variĂ©s, TchiĂ©guĂ© a Ă©tĂ© enseignant de maths et animateur Ă  la tĂ©lĂ©vision et radio nationale du Cameroun avant de s’envoler pour la Chine

Le « xiangsheng », ou dialogue comique chinois, est un art folklorique traditionnel qui requiert des compĂ©tences linguistiques exceptionnelles et une rĂ©flexion rapide extraordinaire. Autant les Chinois apprĂ©cient l’humour qu’il transmet, autant les Ă©trangers le trouvent inaccessible – barrière linguistique oblige. Mais ce n’est pas le cas pour le Camerounais Francis TchiĂ©guĂ©.

Docteur en mathématiques et homme aux talents variés, Tchiégué a été enseignant de maths et animateur à la télévision et radio nationale du Cameroun (Crtv) avant de venir en Chine en 2003.

« Mon père m’emmenait souvent voir des films de kung-fu quand j’Ă©tais petit. J’Ă©tais fascinĂ© par Bruce Lee, Jackie Chang… les arts martiaux qu’ils pratiquaient et la Chine lointaine », se souvient-il, lors d’une interview accordĂ©e rĂ©cemment Ă  Xinhua.

Un jour, l’opportunitĂ© s’est prĂ©sentĂ©e. Il est parti pour ce pays dont il rĂŞvait enfant afin de poursuivre ses Ă©tudes de doctorat en informatique Ă  l’UniversitĂ© d’aĂ©ronautique et d’astronautique de Beijing avec une bourse du gouvernement chinois, mais sans maĂ®triser du tout la langue chinoise.

InstallĂ© depuis Ă  peine un an dans la capitale chinoise, TchiĂ©guĂ© est tombĂ© un jour sur une Ă©mission Ă  la tĂ©lĂ© oĂą un Canadien se livrait un numĂ©ro de dialogue comique chinois avec un Chinois âgĂ©. ImpressionnĂ© par son niveau de langue et sa façon d’emporter le public, TchiĂ©guĂ© s’est dit : « Il est aussi Ă©tranger, mais il parle parfaitement chinois. Pourquoi ne puis-je pas en faire de mĂŞme? ».

Il est alors allĂ© trouver le professeur du Canadien, Ding Guangquan, artiste et maĂ®tre renommĂ© du xiangsheng, le priant de le prendre comme disciple. Cependant, en raison de son niveau de chinois Ă  l’Ă©poque, M. Ding a refusĂ© Ă  plusieurs reprises, avant de finir par lui donner une chance. Il lui a remis un extrait de dialogue comique chinois en lui laissant une semaine pour l’apprendre par c ur.

La mission Ă©tait tellement difficile que mĂŞme les amis chinois de TchiĂ©guĂ© l’ont trouvĂ©e impossible. Face Ă  ce rejet « de facto », TchiĂ©guĂ© a fait encore une fois preuve de sa tĂ©nacitĂ© et du talent : au bout d’une semaine passĂ©e Ă  rĂ©citer le texte comme un fou, il est allĂ© voir M. Ding. « Quand je lui ai restituĂ© d’un bout Ă  l’autre avec presque le niveau professionnel requis, il a Ă©tĂ© impressionnĂ© et abasourdi », dit TchiĂ©guĂ© en souriant.

En Ă©tudiant le xiangsheng, TchiĂ©guĂ© a non seulement rĂ©ussi Ă  maĂ®triser impeccablement la langue mais s’est aussi rapprochĂ© des traditions chinoises. Il a ainsi appris avec brio divers types d’arts chinois, l’opĂ©ra de PĂ©kin par exemple, et a assimilĂ© la quintessence de la culture chinoise Ă  travers la lecture d’ uvres littĂ©raires et philosophiques anciennes.


Aujourd’hui, Francis TchiĂ©guĂ© fait rĂ©gulièrement des apparitions Ă  la tĂ©lĂ©vision chinoise: prĂ©sentateur d’Ă©mission, invitĂ© Ă  des programmes tĂ©lĂ©visĂ©s, acteur de xiangsheng… Pourtant, il ne se contente pas d’ĂŞtre une « star » africaine qui s’est fait remarquer par les Chinois. Pour lui, les Ă©changes culturels doivent Ă©videmment se rĂ©aliser dans deux sens.

Il s’active dĂ©sormais Ă  des activitĂ©s sino-africaines allant des Ă©changes culturels entre peuples jusqu’aux Ă©vĂ©nements gouvernementaux du plus haut niveau. En 2009, TchiĂ©guĂ© a Ă©tĂ© nommĂ© ambassadeur de la communication culturelle sino-africaine par les autoritĂ©s chinoises.

Homme ambitieux et Ă©nergĂ©tique depuis toujours, il ne veut pas s’arrĂŞter lĂ . Son prochain but : construire un « pont de facilitation » pour les Africains en Chine et les Chinois en Afrique.

« J’ai rencontrĂ© en Chine pas mal d’Ă©trangers – pas seulement des Africains – qui ont du mal Ă  avoir affaire aux Chinois. J’ai Ă©galement l’occasion d’accompagner des dĂ©lĂ©gations chinoises en Afrique. Elles ont les mĂŞmes difficultĂ©s en Afrique », constate TchiĂ©guĂ©.

« D’autre part, il y a aussi des Ă©trangers qui connaissent bien la Chine – je ne suis certainement pas le seul. J’aimerais associer ces ‘connaisseurs de la Chine’ pour faciliter la communication et la comprĂ©hension mutuelle. On pourrait, par exemple, commencer par Ă©tablir une ONG en la matière. Et si on regarde encore plus loin, un mĂ©canisme ou un organe dans le cadre gouvernemental serait-il possible? Cela servirait de vĂ©ritable pont dans les deux sens », envisage TchiĂ©guĂ©.


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