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Voyage dans l’univers des femmes avec la Camerounaise LĂ©onora Miano

Léonora Miano, photo d'illustration © Droits réservés

Dans son roman «CrĂ©puscule du tourment» l’auteure traite de la condition fĂ©minine, Ă  travers l’histoire d’un homme qui a Ă©tĂ© tĂ©moin des violence conjugales dont Ă©tait victime sa maman

Certains parlent pour ne rien dire, LĂ©onora Miano Ă©crit pour dire quelque chose. Faire sens est primordial. Ă€ l’instar de ses anciens romans, « CrĂ©puscule du Tourment », son dernier ouvrage, ne fait pas exception. Un portrait de femme qu’elle a mĂ»ri pendant plusieurs annĂ©es.

« Depuis 2008, j’avais en tĂŞte cette galerie de portraits. Je savais que je ferai un roman sur des femmes », explique l’auteure franco-camerounaise LĂ©onora Miano. Ce roman succède Ă  « La saison de l’ombre » (prix Femina 2013, aux Ă©ditions Grasset), un recueil de tĂ©moignages de celles qui ont perdu leur enfant du temps de l’esclavage. DĂ©jĂ  un roman de femmes.

« CrĂ©puscule du Tourment » est un roman fĂ©minin plus que fĂ©ministe car aucune cause particulière n’y est dĂ©fendue. Ce n’est pas un essai mais une fiction. L’artiste y dĂ©veloppe au-delĂ  de l’exercice de style, dans une langue d’orfèvrerie, oĂą aucun mot ne s’Ă©gare, chacun gagne sa juste place. Un roman choral fĂ©minin mais sur la masculinitĂ©. Des histoires qui s’entrelacent dans un rĂ©cit façonnĂ© avec brio. Car si les quatre personnages sont des femmes, il y est question d’hommes. D’un homme. Le portrait d’un homme fragile, fait Ă  l’image d’un tableau d’un impressionniste grâce au concours de quatre femmes. C’est un homme faible, fragile, infantilisĂ©, victime et souffrant de violence qu’a vĂ©cue sa mère, incapable d’aimer. La violence de son père envers sa mère a tuĂ© toute vellĂ©itĂ© d’amour en lui.

D’abord il y a la mère, dĂ©nommĂ©e « Madame », incarnant la mère, la matrone dans toute sa splendeur africaine. La mère, une femme triste, emplie de colère, au c ur sec, une fille de la haute bourgeoisie d’une ville africaine, vivant avec son mari, une vie banale de femme bafouĂ©e, et battue, mais qui ne peut s’imaginer quittant ce dernier. La seule chose qui la retient, ce sont ses enfants, qu’elle adore. D’elle se dĂ©gage une mĂ©lancolie infinie, pour elle, « sous ces latitudes oĂą le ciel n’est ni un abri ni un recours, ĂŞtre une femme, c’est mettre Ă  mort son c ur. Si l’on n’y parvient pas, il faut au moins le museler. Qu’il se taise. Le tenir en laisse. Qu’il ne nous entraĂ®ne pas oĂą bon lui semble. Le dresser Ă  n’obĂ©ir qu’Ă  la raison ». Un portrait de femme qui rĂ©sonne sur ce continent mais aussi en Ă©cho Ă  travers le monde, tant le propos est universel.


« ĂŠtre femme, en ces parages, c’est Ă©valuer, sonder, calculer, anticiper dĂ©cider, agir, assumer », soutient le personnage de Madame.

Puis, vient l’ex-compagne, Amandla. Avec son prĂ©nom de guerrière, elle marche dans la vie comme dans un champ de bataille, parĂ©e. Son arme est la culture. Puiser dans l’Histoire, l’Ă©gyptologie afin de renouer avec ses ancĂŞtres et comprendre l’origine de ses racines, celle qui est une ultra-marine. Le troisième personnage est une africaine de la diaspora, une autre façon d’ĂŞtre une femme africaine. Ixora est une femme que ses fĂŞlures poussent Ă  prendre de mauvaises dĂ©cisions. C’est ainsi qu’elle devient la nouvelle compagne du personnage masculin. La dernière femme est la s ur de l’homme, Tiki, position supposĂ©e plus enviable pourtant, elle ne sait pas quelle position occuper. Voir la souffrance de sa mère a anesthĂ©siĂ© son c ur, rendant impossible tout rapport intime apaisĂ©e avec les hommes.

Avec ces quatre personnages, LĂ©onora Miano dresse une galerie de personnages qui sont quatre façons d’ĂŞtre femme. Pour elle, il faut se battre contre les stĂ©rĂ©otypes dont les femmes sont victimes qui devraient « apparaĂ®tre comme des fleurs dont rien ne gâte la dĂ©licatesse, la lĂ©gèretĂ©. La plupart dĂ©couvre la vie Ă  travers une humiliation dont il faut se relever ». Pour Miano, les femmes ne sont vraiment pas des choses fragiles ! Et ce roman entend bien le prouver.

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