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Le danger des pesticides au Cameroun

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La présence des produits non homologués et l’ignorance des cultivateurs continuent de rendre dangereuse l’utilisation des pesticides dans le pays. Gouvernement et experts s’inquiètent des conséquences.

Le comité inter-états des pesticides en Afrique centrale a, au cours d’une récente session d’homologation des produits phytosanitaires, lancé une alerte sur la présence des produits dangereux pour la santé des agriculteurs et consommateurs. Selon les experts qui ont pris part à ces travaux, le marché camerounais des pesticides n’est pas à l’abri des produits dangereux pour la santé des agriculteurs et consommateurs. Le péril sanitaire est tel que, hormis la commercialisation des produits non homologués, leur utilisation dans les champs est aussi sujet à caution.

« On a voulu nous faire croire que les pesticides étaient utiles pour notre agriculture, je pense le contraire. Ces produits chimiques nous rendent plutôt malades« , déplore Jojo Hohi, un jeune agriculteur camerounais, la quarantaine révolue.

Rares sont les agriculteurs camerounais qui tiennent un tel langage au sujet de l’utilisation des pesticides.

Nous l’avons rencontré dans un magasin de semences bio au lieu-dit « marché du Mfoundi » à Yaoundé. Une plaque tournante du très lucratif marché des pesticides au Cameroun.

Cependant, les agriculteurs qui s’approvisionnent ici, sont très souvent ignorants sur les produits qu’ils achètent.

« Quand les arrêtés ministériels sont rendus publics sur l’interdiction de commercialisation de certains produits phytosanitaires, les agriculteurs ne sont toujours pas informés« , avoue, Carine, une jeune tenancière d’un magasin de pesticides à Yaoundé, sous anonymat.

L’ignorance, sur les pesticides homologués au Cameroun est encore plus accentuée, lorsqu’on se rend dans la localité d’Awae, à 40 minutes de route de Yaoundé, dans l’un des plus grands bassins de production d’ananas du pays.

Ici, posséder un champ d’ananas est comme un jeu d’enfants. Et l’utilisation des pesticides l’est aussi, pour dire peu.

Illustration avec Roger, 17 ans. Il a quitté sa région natale dans l’ouest du Cameroun, pour venir faire fortune dans l’ananas. Aujourd’hui, Il est propriétaire d’un champ de 5000 pieds d’ananas. « La dernière fois que j’ai utilisé les produits, c’était en décembre 2016« , nous confie-t-il avant d’ajouter: « je ne suis pas expérimenté dans leur utilisation, je ne sais ce qui est homologué et ce qui ne l’est pas. J’ai vu mes amis faire des dosages de pesticides et je reproduis la même chose« .

Avec une force production en ananas, le ministère de l’agriculture a déployé ici, des techniciens d’agriculture.

« La population ne collabore pas assez avec nous« , regrette l’un d’eux, qui visiblement, ne souhaite pas nous en dire d’avantage.

Sur les 1325 pesticides commercialisés en zone Cemac à laquelle appartient le Cameroun, 80 contiennent des produits interdits, selon le comité inter-états des pesticides en Afrique centrale.

Le doigt accusateur est pointé sur les professionnels du secteur, qui à leur tour, dénoncent les contrebandiers.

« Ce sont les contrebandiers qui mettent sur le marché, les pesticides de mauvaise qualité, » explique Amos Njehoya, un ingénieur d’agriculture et représentant d’une société camerounaise de distribution des produits phytosanitaires.

Il précise que « Tous les produits phytosanitaires importés ou manufacturés sur place au Cameroun suivent la procédure d’homologation qui aboutit au bout de deux ans« .

Mais il arrive, comme depuis janvier 2017, qu’un produit déjà homologué soit plus tard interdit de commercialisation.

C’est le cas des pesticides faits à base de Metalaxyl dont la mauvaise utilisation est néfaste sur la santé des utilisateurs, des animaux et altère aussi la qualité des fèves de cacao. Le délai fixé par le Minader pour écouler les stocks disponibles est mai 2018

Malheureusement, de nombreux agriculteurs l’utilisent encore pour lutter contre la pourriture brune de cacao.

Le gouvernement ayant donné aux importateurs d’écouler les stocks en réserve jusqu’en mai 2018.

Un contraste qu’aucun responsable du ministère de l’agriculture n’a voulu expliquer.

 

 

 

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