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Cameroun: qui est la veuve de Um Nyobe reçue à la présidence le 20 mai?

Paul Biya serre la main de Marie Ngo Njok Yebga, veuve de Um Nyobe, au Palais de l'unité le 20 mai 2017. © Prc.cm

Marie Ngo Njok Yebga a été la compagne du nationaliste pendant le maquis, jusqu’à sa mort en 1958. Un acte de mariage lui a été accordé quelques années après, sur initiative du président Ahmadou Ahidjo.

Plus de place pour le doute quant à l’identité de la femme reçue samedi dernier au Palais de l’unité et présentée comme la veuve du nationaliste Ruben Um Nyobe. L’union des populations du Cameroun (UPC) la reconnait comme tel et certifie, documents historiques à l’appui, de l’authenticité du mariage contracté avec le héros national en 1956 pendant le maquis.

Cette femme Madame veuve Um née Marie Ngo Njok Yebga  est originaire  du village Libel Li Ngoy, en pays bassa. Elle donnera naissance au seul fils de ce héros, le nommé Daniel Ruben Um Nyobé. Lequel, résidant en France, était aux côtés de sa maman à la réception du couple présidentiel.

Avant cette histoire Um Nyobe avait déjà contracté un premier mariage, en 1944, avec une fille du clan «Badjob Lôg Mpôo» nommée Marthe Ngo Mayack. De cette union est né trois filles qui gardent aujourd’hui leur maman à Yaoundé. Une crise va diviser le  foyer et occasionner le second mariage du nationaliste.

«Ruben et Marie se sont mariés avant le maquis. Il a écarté sa femme après l’avoir trouvé avec un autre homme, il n’avait plus de lien avec elle. Lorsqu’en 1944 il entre dans le maquis, il y rencontre la maman de Marie. C’est à la suite de cela qu’il fait la connaissance de Marie et les deux vivent ensemble jusqu’à la mort  de Um Nyobe. Quelques années après, c’est Ahidjo qui fait appel à Marthe Ngo Mayack et lui demande d’autoriser qu’un acte de mariage soit accordé à Marie, et c’est ce qui a été fait. Donc c’est Marthe qui donne un acte à Marie», explique l’upéciste Jean Léonard Sohna Binyam.

Ces explications sont confirmées dans l’Ouvrage «Orientation et rôle éducatif de l’UPC» écrit le 13 juillet 1957 sous la direction du Mbombok  Mayi Matip Ma Ndombol, lequel reconnait les deux mariages du nationaliste. Elles remettent en cause des informations publiées par certains médias camerounais qui stipulent que «la femme présente au Palais n’est pas la veuve de Ruben Um Nyobe». Ces derniers reprennent une déclaration de Vincent Sosthène Fouda, politologue et homme politique camerounais.

«Une image est passée en boucle hier sur la CRTV chaîne nationale, une dame d’un certain âge est présentée comme étant la veuve du nationaliste Ruben Um Nyobè. Elle est brandie tel un trophée de guerre, le député de l’UPC à la célèbre béquille n’est pas loin, il est peut-être la caution morale et « républicaine», qualificatif que l’on a retrouvé hier à toutes les sauces dans la bouche des journalistes de la CRTV. Cette fois ce ne sont pas les journalistes qui sont mis en cause mais tout de même ! C’est nous historien, Achille Mbembe en premier, lui le spécialiste de Ruben Um Nyobè, moi en second pour avoir initié il y a quelques années de faire remonter à la surface cette partie de notre histoire qualifiée de « hideuse » par ceux qui nous dénient toute humanité et toute intelligence.

« Qui est donc cette femme vue au Palais de l’Unité entourée d’une nuée de journalistes ? Certainement pas la veuve de Ruben Um Nyobè, Marthe Um Nyobè, femme de 90 ans, que j’ai autrefois rencontrée au quartier Ndjock-Kong. Pourquoi donc les «nouveaux historiens» ont brandi à la face du monde une vraie fausse veuve du leader nationaliste camerounais ? Etait-ce la volonté de Paul Biya lui-même ou des officines de manipulation qui pullulent au Cameroun en ce moment ? », indique Sosthène Fouda.

A l’UPC, on salue cette initiative prise par le chef de l’Etat alors que se célébrait l’Etat unitaire du Cameroun. Elle devait apparaitre aux yeux des Camerounais comme le symbole de l’unité prônée par le gouvernement alors que souffle dernièrement sur le pays un vent de sécession.

«Nous apprécions le fait que le chef de l’Etat ait invité la veuve de Um Nyobe au Palais. C’est ce que nous attendions de lui depuis fort longtemps. Donc même si c’est en retard c’est bien», déclare Jean Léonard Sohna Binyam. Cependant pas question de se laisser distraire par la «Manœuvre» : «Ce système a échoué ce n’est pas recevant la veuve de Um Nyobe qu’il va réparer l’inégalité qu’il a instauré dans ce pays. C’est plutôt une manière de voiler les yeux, de tromper la vigilance des opposants qui peuvent dire que dénoncer ce qui va mal. Pour qu’il y’ai une véritable réconciliation avec le passé, il faudrait réunir tout le monde autour d’une table. Que chacun puisse lui faire sa proposition pour le développement du Cameroun», martèle-t-il.

 

 


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