Politique › Institutionnel

30 ans de renouveau en politique: Entre verrous et gâchis

Le régime actuel au pouvoir au Cameroun est passé maître dans l’art de manipuler les concepts, les individus et au besoin les urnes pour se maintenir

En ce 06 novembre, Paul Biya 79 ans célèbre ses trente ans de pouvoir à la tête du Cameroun. L’ancien président Ahmadou Ahidjo lui laisse un pays qu’il a gouverné d’une main de fer et dans lequel la participation et le droit à la contestation du et pour le peuple, sont fortement réglementés. Dès la prise de pouvoir de Paul Biya, « la liberté d’expression est effective, le Cameroun compte plusieurs partis politique et les gens peuvent librement adhérer aux formations politiques de leurs choix, la séparation des pouvoirs est effective, donc nous pouvons dire que la démocratie est effective au Cameroun », affirmait Jacques Fame Ndongo lors d’un débat télévisé avant les élections présidentielles de 2011. Le président Paul Biya lui-même ne tarît pas d’éloges sur son action au profit de la démocratie :« Mon devoir, en tant que chef de l’Etat est de mettre en place et de renforcer les institutions qui permettent à la démocratie camerounaise de s’enraciner dans nos comportements. Les mécanismes de fonctionnement de cette démocratie sont prévus dans la Constitution, que ce soit en ce qui concerne l’élection du président de la République ou la succession à la tête de l’Etat en cas de vacance du pouvoir. Nous comptons sur la maturité des Camerounais – et ils en ont fait preuve lorsque nécessaire – pour respecter l’esprit et la lettre de nos institutions», a-t-il déclaré lors d’une interview accordée au magazine panafricain LesAfriques, à la veille du sommet de la francophonie de Genève en 2010.

Tant pis pour le peuple…
Paul Biya et son équipe, ne doutent donc pas de leur apport sur l’évolution de la démocratie, en 30 ans de pouvoir. Au sein de l’opinion publique, la perception est toute autre. De nombreux acteurs estiment que si la démocratie existe bel bien au Cameroun, les mécanismes qui en permettent un fonctionnement optimal ont été complètement verrouillés. De nombreux observateurs expriment souvent l’idée selon laquelle, ils ne comprennent pas comment une démocratie peut permettre à des chefs d’Etat de faire 30 ans au pouvoir. « Lorsque je raconte cela à des amis aux Etats unis, ils n’en reviennent pas. Ils me disent soit ce peuple-là aime trop son chef, soit il y a d’autres types de problèmes. C’est difficile à comprendre », s’est exprimé un jour un responsable de l’ambassade américaine, dans le cadre d’une formation donnée à des journalistes camerounais. Un retour en arrière permet de faire une précision, la démocratie au Cameroun, ne doit rien au régime Biya. Dans les faits ce sont les acteurs du renouveau qui ont implanté la pratique et c’est justement là le problème pour des analystes. La démocratie au Cameroun n’a jamais été une adhésion aux aspirations du peuple, mais une manière pour un gouvernement incapable de mettre en place un cadre macro-économique productif, de ne pas perdre la manne de l’aide au développement. En 1989, un rapport de la Banque Mondiale, le Rapport Berg, fixe comme conditions, les réformes institutionnelles et l’assainissement des économies auxquelles devaient s’astreindre les pays en voie de développement, s’ils voulaient continuer à compter sur les financements de cette institution. Un an plus tard, François Mitterrand l’ancien président Français, dans son fameux discours de la Baule, posait comme condition de l’octroi de l’Aide au développement, la démocratisation politique des pays africains. C’est dans ce contexte qu’advient en Afrique francophone et donc au Cameroun, une démocratie avec comme base le pluralisme des partis politiques.

. Tant qu’on pille sans problème le pays
En 30 ans, Paul Biya a vu passer quatre présidents en Chine, pourtant un régime à parti unique, 5 présidents américains, 4 présidents français, dont certains ont passé entre 12 et 14 ans au pouvoir, 4 Premiers ministres britanniques. Plusieurs observateurs s’accordent à dire aujourd’hui, que d’une manière ou d’une autre, cet échec de la démocratie au Cameroun a été favorisé par la présence d’une opposition moribonde, et d’une certaine société « Si vile ». En 1992 et 1994, cette opposition avait le pouvoir de faire changer les choses ne fût-ce qu’au parlement, mais elle n’a pas pu. Aujourd’hui la dispute politique que propose l’opposition indique clairement qu’elle a du mal à définir une véritable stratégie d’alternance et des alternatives, pour sortir le Cameroun du joug Rdpc/Biya. La société camerounaise semble diffuse dans la construction politique des opposants. À chaque fois, ils critiquent les systèmes de compétition politique par les urnes, mais ne crachent pas devant les 30 millions de la campagne électorale. Dans un de ses livres, intitulé « Le Président de la République du Cameroun (1982-1996) » l’intellectuel camerounais Luc Sindjoun aujourd’hui conseiller du président a posé un problème de fond pour la démocratie au Cameroun. « L’alternance néo-patrimoniale de novembre 1982 par laquelle Paul Biya remplace Ahmadou Ahidjo à la tête de l’Etat d’une part, la « libéralisation politique » d’autre part, permettent de faire un retour réflexif sur le rôle de président de la République. Rôle institutionnel qui survit aux acteurs, qui offre des ressources dont les usages sont au fondement de la régulation de la crise de succession présidentielle. Bien qu’éprouvé par la crise de légitimité du régime politique camerounais consécutive à la relative libéralisation politique, le rôle de président de la République conserve son importance à travers la fascination exercée sur la classe politique et l’avantage compétitif conféré à l’actuel faisant fonction », peut-on y lire en résumé.

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