› International

40 ans de Francophonie en Afrique: Quel héritage pour les générations futures?

La pérennité de la langue française a été le thème central de cette célébration, pourtant le bilan politique et économique est très lourd

L’Afrique espoir de survie de la langue française
La francophonie a célébré ses quarante ans ce samedi 20 Mars 2010. Une célébration marquée au Cameroun par une semaine d’activités diverses. Le thème central de cette commémoration a tourné autour de la pérennité de la langue française. Défendre notre langue, défendre les valeurs qu’elle porte, c’est au fond se battre pour la diversité culturelle de notre monde. Le problème n’est pas l’anglais, le problème c’est le monolinguisme, c’est le prêt-à-porter culturel, c’est l’uniformité a déclaré Nicolas Sarkozy, le président français qui recevait pour l’occasion, les représentants des pays membres de la francophonie en France. Selon certains observateurs, la sérénité apparente du président français cache mal sa déception de constater la perte de vitesse de la langue française au niveau international. Une perte de vitesse qui ne se vit pas en Afrique. Dans les quinze pays où est utilisé le français, la progression est constante. Le nombre de personnes parlant le français dans le monde est estimé à 200 millions, ce qui en fait, en termes de quantité, la 9e langue parlée dans le monde. Sur ces 200 millions, une majorité (96,2 millions) vit en Afrique et le continent est, de loin, le principal réservoir de locuteurs. L’alphabétisation croissante des Africains et leur dynamisme démographique permettent d’envisager 700 millions de francophones dans le monde en 2050, selon les projection des experts.

Une volonté initiale louable
Ces chiffres et informations recadrent dans un contexte, la vision du président Nicolas Sarkozy sur l’importance culturelle de la langue française. Dans la charte de la francophonie l’article premier résume les objectifs de l’organisation. [La Francophonie, consciente des liens que crée entre ses membres le partage de la langue française et souhaitant les utiliser au service de la paix, de la coopération et du développement, a pour objectifs d’aider: à l’instauration et au développement de la démocratie, à la prévention des conflits et au soutien à l’Etat de droit et aux droits de l’homme; à l’intensification du dialogue des cultures et des civilisations; au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle; au renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l’essor de leurs économies] peut-on y lire.

Les pays africains francophones parmi les plus pauvres de la planète
L’exemple de l’Afrique déroge à cette volonté. Ils sont quinze pays francophones qui ont acquis leur indépendance en 1960: Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, RD Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. Ces pays comptent parmi les plus riches en ressources sur le continent. À première vue, leur situation économique s’est bien améliorée. Le PIB global est passé de 8 milliards de dollars en 1960 à 156 milliards en 2010. C’est une multiplication par presque 20 en cinquante ans. Mais elle est de moitié inférieure à celle qui a été réalisée par les trente-trois autres pays d’Afrique subsaharienne réunis.

Logo de la journée internationale de la Francophonie
francophonie.org)/n

Aujourd’hui, 50 ans an après les indépendances, presque tous ces pays sont pauvres et très endettés. A l’exemple du Cameroun, où un récent rapport officiel relève que 40% de la population vivent avec moins de 500 francs CFA par jour. Pour la France, seuls ses intérêts comptent. Dans le cadre de certaines de ses interventions, Alain Joyandet le ministre français en charge de la coopération a été clair. L’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de mes priorités (lejdd.fr, le 20 mai 2008); ou encore: On veut aider les Africains, mais il faut que cela nous rapporte (Libération, le 24 juin 2008).

L’impératif de changement d’attitude de la France?
Sur le plan politique la situation a évolué. 55% des effectifs des opérations de maintien de la paix de l’ONU sont déployés dans des pays francophones. Ce problème politique a été posé lors d’un symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone qui avait eu lieu à Bamako, au Mali. De nombreuses divergences étaient apparues. Certains parmi ses membres étaient d’avis que la francophonie devrait se cantonner aux secteurs de l’éducation et de la culture dans ses activités et ses concertations. Mais peut-on parler d’éducation et de culture sans parler de développement, et de développement sans parler de politique souligne des observateurs avertis. La francophonie politique fait aujourd’hui le constat de sa transformation. Son champ d’action reste dans tous les cas, limité à l’exigence du compromis entre les positions de ses États membres. D’où la subtile distinction entre ce que la francophonie peut faire et ses prises de position et les débats que les États membres peuvent avoir entre eux. La conséquence, des chefs d’état en poste durant des décennies, et là où il y a eu des mutations, les coups d’états institutionnels ou militaires ont souvent été la règle. Pour certains historiens, si la France et les autres grandes nations francophones (Suisse, Canada, Belgique) ne restent pas vigilantes, le seul héritage et le seul visage de la francophonie pour les générations à venir risque d’être les conflits, la misère et la pauvreté.

Les drapeaux de quelques Etats membres de la Francophonie
francophonie.org)/n



À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé