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A la rencontre de Stéphanie Mbida, promotrice de KickLoans

L’entreprise de microcrédit de cette camerounaise installée à New-York est inspirée de l’idée de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix. Elle investit aujourd’hui dans de mini-entreprises en Afrique

À New York, elles sont deux Stéphanie Mbida, Camerounaises, précoces et brillantes. La «nôtre» est l’entrepreneuse. Sa première expérience de femme d’affaire indépendante, elle la fait à neuf ans, inspirée par sa tante, une villageoise pleine de ressources, venue passer l’été chez elle, à Douala. Hors du contexte familier, l’ il distingue des détails que la routine estompe. Ayant ainsi remarqué ce que les citadins, eux, ne remarquaient plus : des bouts de bois qui traînaient sur les trottoirs de la ville, cette femme de la campagne s’était lancée dans leur collecte. À la maison, elle les triait et liait en fagots. Stéphanie, intriguée, se mit à la suivre partout. Un jour, sa tante, illettrée, lui demanda d’écrire sur une pancarte: «on vend du bois», pour la placer en évidence sur le pas de la porte. «Du bois ?! Personne n’a besoin de bois, s’étonna Stéphanie, sceptique. On a des cuisinières, ici!». Pourtant, les clients affluèrent et, quand sa tante repartit à la fin de l’été, Stéphanie prit sa succession à la tête de l’«affaire». «C’est ça l’entreprenariat, explique-t-elle passionnée, saisir les opportunités. Ces bouts de bois dans la rue, tout le monde passait à côté et personne ne les voyait».

Il fallut un autre événement pour qu’elle contracte tout à fait le virus de l’entreprise. Grâce à ce business «hérité» de sa tante, Stéphanie avait réussi à économiser une petite somme d’argent. Elle en investit une bonne part dans une chemise pour son père dont l’anniversaire approchait. Et, en la lui offrant, en découvrant son émotion – c’était le premier cadeau qu’il recevait depuis longtemps – elle eut cette révélation qu’elle peut mettre en mots aujourd’hui: «l’entreprenariat, ce n’est pas seulement générer du profit, mais surtout impacter la vie des gens autour de soi». C’est donc à la joie de son père que prend sa source la passion de Stéphanie Mbida pour entrepreneuriat.

Elle enregistra sa première entreprise officielle à l’âge de dix-huit ans, minimum requis au Cameroun. Puis, à dix-neuf, elle partit à Montréal, au Canada, étudier la finance avant de s’engager sans vraiment y penser dans la ligne droite toute tracée: argent, travail, sécurité. Dans les lignes droites, on s’endort. Un accident de la route la réveilla brusquement: si sa vie avait dû s’arrêter à ce moment-là, elle n’aurait eu «aucun sens». Il était temps de mettre du propos dans son existence. De réaliser enfin ses ambitions philanthropiques en s’appuyant sur ses talents et savoir-faire d’entrepreneuse. Elle quitta son emploi et prépara le coup d’envoi de son projet KickLoans, sur lequel elle misa toutes ses économies.

Avec KickLoans, entreprise de microcrédit inspirée de l’idée de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, elle investit aujourd’hui dans de mini-entreprises, en Tanzanie pour l’instant, avec l’espoir de bientôt pouvoir étendre son action à d’autres pays d’Afrique.

Elle vit désormais à New York, où elle a emménagé pour soutenir la cause de l’entreprenariat auprès des Nations unies. Son engagement a payé, puisque l’organisation a enfin reconnu, au mois de février, l’entreprenariat comme vecteur de développement durable et de lutte contre la pauvreté. «C’est une grande victoire !»

Enfin, avec KickLoans, elle a, en décembre dernier, gagné l’African Rethink Award de la diaspora et intégré le LAB, Land of African Business, ce réseau, unique en son genre, accélérateur d’opportunités orienté vers l’Afrique.

En plein débat français sur le plafond de verre, impossible de quitter Stéphanie Mbida sans lui demander son avis sur la situation des femmes entrepreneuses.

Pensez-vous qu’il vous aurait été plus facile de réussir si vous aviez été un homme?
Pour moi, non. Mais je ne suis pas un cas général. Chez moi, on était quatre s urs. Alors, dans ma famille, être une fille, ce n’était pas l’important. Mes parents m’ont toujours encouragée à réaliser au mieux mon potentiel. Ils m’ont soutenue en tant que Stéphanie. Je me suis pour la première fois vraiment considérée comme une femme quand je suis arrivée au Canada. J’étais déjà assez solide, grâce à mon éducation.

Et quand vous investissez, avez-vous une préférence pour les hommes ou les femmes?
Je n’ai pas de préférence. On décide au coup par coup. Nous étudions sérieusement chaque demande de prêt car si l’on veut survivre et continuer à aider le plus de personnes possible, il nous faut rentrer dans nos frais. On ne prête pas l’argent à n’importe qui, n’importe comment. Et dans les faits, nous soutenons surtout des femmes. Parce que d’après nos études, les femmes sont plus fiables. Et surtout, on a observé que prêter de l’argent à une femme pour son entreprise a un plus grand impact sur la communauté. 80 % des femmes utilisent 90 % de leurs revenus pour leur famille et la communauté. Alors que chez les hommes, ce ne sont que 40 %. Ainsi, investir dans les femmes c’est multiplier l’impact social de notre action. Il ne s’agit donc pas de préférence: c’est pragmatique.

Stéphanie Mbida
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