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A Maroua, les populations vivent dans la peur des attaques terroristes

Plus d’un an après les attaques kamikazes qui ont endeuillé Maroua en juillet 2015, les mesures sécuritaires adoptées restent en vigueur, mais la population reste sous le choc

Le doigt sur la détente, prêt à ouvrir le feu à tout moment, un policier observe les faits et gestes des passants lors de la grande prière à Maroua, chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, cible depuis 2015 d’attentats-suicides de Boko Haram.

Plus d’un an après les premières attaques kamikazes qui ont endeuillé Maroua en juillet 2015, les principales mesures sécuritaires prises alors restent en vigueur. Mais malgré la réduction de la fréquence des attaques, la population vit toujours dans la peur d’être surprise par une explosion.

Dans une rue du quartier commercial et résidentiel de Damayo, des fidèles sont assis sur des nattes près du lieu de culte. A côté, deux gendarmes, en faction devant un des plus grands hôtels de la ville, filtrent les entrées dans l’établissement.

Devant une agence de voyage de la ville, un agent de sécurité, Adama Léger, promène un détecteur de métaux autour des sacs des voyageurs qui patientent devant lui: « nous contrôlons les bagages afin que les gens n’entrent pas avec des bombes ».

Lundi est jour d’ouverture du marché à bétail de Maroua. A chacune des deux entrées du marché, un policier des équipes spéciales d’intervention rapide (Esir), unité d’élite de la police, veille.

« Nous sommes là pour sécuriser les lieux », assure l’un d’eux sous couvert d’anonymat. « Dispersez-vous », lance-t-il soudainement, s’adressant d’un ton ferme à des bergers qui échangent des civilités à l’entrée du marché. « Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas d’attroupement à l’extérieur du marché », explique le policier.

– Vies bouleversées –
Les kamikazes du groupe islamiste nigérian Boko Haram visent généralement les lieux à forte concentration humaine. De sources sécuritaires, le marché au bétail est une cible privilégiée pour eux.

Le quartier populaire Pont-vert a déjà été la cible d’un attentat. Dans la soirée du 25 juillet 2015, une fillette s’était fait exploser, tuant au moins 20 personnes.

Dans cette zone où snacks, « circuits » de vente de bil-bil (bière locale à base de mil), « call-box » (cabine téléphonique de fortune) et autres comptoirs de vente de médicaments de la rue se mêlent aux maisons d’habitation, personne n’a oublié les attentats.
L’ambiance est pesante dans le quartier. « Nous avons peur d’autres kamikazes », concède Boukar Isma, vendeur de médicaments de la rue.

Assis derrière une caisse remplie de cartons de médicaments, ce rescapé de l’attaque se plaint de douleurs récurrentes au dos. Il a été touché par des éclats lors de l’attaque: « Il y a des fers dans mon corps », dit-il.

Installé près de lui, le vieux Siddi Founaboui se considère comme un miraculé. Il soulève sa chemise et montre deux cicatrices de blessures au ventre. « Je n’arrive pas à tenir debout longtemps (…) « L’attentat a complètement bouleversé ma vie. Avant, je faisais de la maçonnerie, mais je ne peux plus le faire », souligne-t-il.

– Blessures et traumatismes –
Devant une auberge du quartier, un employé, Kidmo Dobé, a pris place sur un banc, arborant un polo sur lequel on peut lire: « hommage aux victimes de l’attentat du Pont-vert, 25 juillet 2015 ».
« C’est important de ne pas les oublier », réagit M. Dobé. Pour lui, « la guerre n’est pas finie » et la peur des gens est compréhensible. Ce gérant d’auberge constate que l’économie du quartier « tourne au ralenti ».

A la nuit tombée, la police vient régulièrement obliger commerces et snacks à fermer. Ailleurs dans la ville, si les virées nocturnes commencent à être tolérées, les fêtards traînent rarement dehors au-delà de 23H00 (22H00 GMT).

A Barmaré, une des deux zones visées par un double attentat-suicide le 22 juillet 2015, un des rescapés, Moustapha Sali, a vu sa vie basculer. Il a perdu son il droit dans l’attaque et sa main gauche est partiellement paralysée.

Sur le lieu de l’attentat, deux arbres portent encore les traces des explosions. M. Sali, père de sept enfants, accepte de s’asseoir au pied de l’arbre où il se trouvait le jour de l’explosion: « Je ne m’assoie plus ici tout le temps comme avant. J’ai peur d’une nouvelle attaque. Ce n’est pas facile d’oublier ce qui s’est passé ».
Après quatre mois à l’hôpital, Moustapha Sali a regagné sa maison, mais il souffre aujourd’hui encore de « problèmes de nerfs ». Il ne bénéficie plus d’un suivi médical gratuit. Il a dû abandonner son métier de menuisier et ne survit que grâce à la générosité des proches.

« L’attentat a complètement changé ma vie. Avant, je faisais tout. Maintenant, je ne fais plus rien ».


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