â€ș PersonnalitĂ©s

A la rencontre du docteur Eleanor Nche, médecin camerounais en spécialisation en Israël

Eleanor Nche suit une spécialisation en ophtamologie au Centre médical Hadassah, en Israël © Journalducameroun.com

Alors que de nombreux professionnels de santĂ© camerounais se rendent gĂ©nĂ©ralement en Europe ou aux Etats-Unis, Eleanor Nche a choisi, depuis 2014, de suivre une spĂ©cialisation en ophtalmologie au Proche-Orient. Formation qui s’achĂšve en 2018. Elle nous parle des conditions de sa formation en IsraĂ«l et de ses perspectives professionnelles

La reconnaissance du travail bien fait est une rĂ©compense, des fois, bien plus apprĂ©ciĂ©e qu’un salaire. Nous sommes en 2012. Eleanor Nche, fraĂźchement diplĂŽmĂ©e de la FacultĂ© de mĂ©decine et des sciences biomĂ©dicales (FMSB) de l’universitĂ© de YaoundĂ© I, exerce comme mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste Ă  l’hĂŽpital rĂ©gional de Bamenda (Nord-Ouest Cameroun). Au mois de juillet de cette annĂ©e, l’Agence israĂ©lienne pour la coopĂ©ration internationale au dĂ©veloppement (Mashav) organise une campagne de soins de la vue dans le Nord-Ouest et c’est l’hĂŽpital oĂč exerce le Dr. Nche qui est retenu pour accueillir les mĂ©decins israĂ©liens durant leur sĂ©jour, pour des formations, dĂ©pistages et opĂ©rations. Ladite campagne est organisĂ©e en collaboration avec l’ambassade d’IsraĂ«l au Cameroun – dirigĂ©e Ă  cette Ă©poque par S.E. Miki Arbel – ; le ministĂšre de la SantĂ© publique, « Eye from Zion » – une organisation israĂ©lienne qui mĂšne des missions mĂ©dicales humanitaires – et le Shalom Club (association regroupant des bĂ©nĂ©ficiaires de formations en IsraĂ«l via Mashav) de Bamenda.

A l’issue de la campagne, le Dr. Michael Halpert, Ă  la tĂȘte de l’équipe de mĂ©decins israĂ©liens, suggĂšre Ă  Eleanor Nche – qui a Ă©tĂ© associĂ©e Ă  la campagne – de suivre une spĂ©cialisation en ophtalmologie en IsraĂ«l. MarquĂ© par sa contribution, il lui propose mĂȘme d’examiner la possibilitĂ© d’une formation au Centre mĂ©dical Hadassah (Hadassah Medical Center), l’un des principaux centres hospitaliers israĂ©liens.

La suggestion, bien accueillie par l’intĂ©ressĂ©e, lui permettait du coup d’affiner son projet professionnel. Encore Ă©tudiante en FacultĂ© de mĂ©decine, Eleanor Nche confie qu’elle voulait se spĂ©cialiser en chirurgie gĂ©nĂ©rale aprĂšs sa formation. Son expĂ©rience dans le cadre de la campagne menĂ©e en 2012 Ă  l’hĂŽpital rĂ©gional de Bamenda et son contact avec les mĂ©decins israĂ©liens l’ont dĂ©terminĂ©e Ă  s’intĂ©resser Ă  une partie du corps humain en particulier : l’Ɠil.

En 2014, aprĂšs deux ans de dĂ©marches pour satisfaire les conditions exigibles – dont celles ayant surtout trait aux finances – Eleanor Nche arrive Ă  JĂ©rusalem, pour commencer sa spĂ©cialisation en ophtalmologie dans les deux hĂŽpitaux du Centre mĂ©dical Haddasah ; qui se trouvent sur le mont Scopus et Ă  l’ouest de la ville, Ă  Ein Kerem.

Une vue des bĂątiments abritant l’hĂŽpital Hadassah Ă  Ein Kerem, Jerusalem © ashtrom.co.il

A Hadassah, Eleanor Nche retrouve le Dr. Michael Halpert, chef de la clinique d’ophtalmologie complĂšte dans le Centre ; et le Pr. Pe’er Jacob: chef de dĂ©partement d’ophtalmologie Ă  Hadassah Medical Center, qu’elle qualifie de personnalitĂ© dont l’apport a Ă©tĂ© « dĂ©terminant » pour permettre sa formation en IsraĂ«l.  Le Pr. Pe’er Jacob est aussi une sommitĂ© dans les sociĂ©tĂ©s savantes d’ophtalmologie. Il a notamment prĂ©sidĂ© la SociĂ©tĂ© internationale de pathologie ophtalmique (International society of ophtalmic pathology) de 2000 Ă  2004 ; et la SociĂ©tĂ© internationale d’oncologie oculaire (International society of ocular oncology) de 2007 Ă   2011.

Perception d’IsraĂ«l

 

Journalducameroun.com a rencontrĂ© le Dr Nche fin octobre 2017 Ă  YaoundĂ©. Elle revenait de Bamenda, sa rĂ©gion natale, oĂč elle Ă©tait allĂ©e rendre visite Ă  sa famille dans le cadre de ses congĂ©s. Lorsqu’elle est interrogĂ©e sur son impression concernant la vie en IsraĂ«l – qui fait rĂ©guliĂšrement l’actualitĂ© sur des plans sĂ©curitaire, militaire et diplomatique dans les relations avec les Etats voisins – Eleanor rĂ©pond sans prĂ©ambule : « C’est un pays avec un standard Ă©levĂ© de niveau de vie ».

A l’Indice de dĂ©veloppement humain 2016 du Programme des Nations Unies pour le dĂ©veloppement (PNUD), cet Etat du Proche Orient est en effet classĂ© 19e (sur 188 pays). D’aprĂšs des donnĂ©es de la Banque mondiale, le PIB par habitant dans ce pays Ă©tait de 37 292 dollars en 2016, lĂ©gĂšrement devant celui de la France (36 854 dollars) mais au moins 30 fois plus Ă©levĂ© que celui du Cameroun (1032 dollars). Autre indicateur important et non le moindre, IsraĂ«l fait partie, avec la CorĂ©e du Sud, des deux principaux pays au monde qui financent le plus la recherche et dĂ©veloppement d’aprĂšs des enquĂȘtes rĂ©guliĂšrement menĂ©es par l’Organisation pour la coopĂ©ration et le dĂ©veloppement Ă©conomiques (OCDE).

Pour sa spécialisation, Eleanor Nche a dû se mettre à la langue hébreu pendant un semestre, à son arrivée. « Je me suis adaptée », affirme-t-elle fiÚrement. La formation à Hadassah est faite de pratique et de cours, entre 07h30 et 20h00, chaque jour.

Le Dr Eleanor Nche dans une opération à Hadassah © Journalducameroun.com


Dans le cadre ses rapports avec les IsraĂ©liens, Eleanor affirme que ce sont des personnes « travailleuses », « franches, et directes ».  « J’aime ça ! », assure-t-elle. Le mĂ©decin dĂ©clare que s’il fallait choisir une seconde patrie, aprĂšs le Cameroun, « ce serait IsraĂ«l ».

Amour pour le Cameroun

 

AprĂšs sa spĂ©cialisation, qui s’achĂšve en juin 2018, et peut-ĂȘtre une sous-spĂ©cialisation qui pourrait prendre une Ă  deux annĂ©es supplĂ©mentaires, Eleanor Nche envisage de rentrer au Cameroun, pour exercer Ă  Bamenda, question de mettre son expertise au service de la ville qui l’a vue naitre et oĂč rĂ©sident ses parents ainsi que sa fille.

Elle raconte, avec regret, qu’une Ă©quipe de mĂ©decins israĂ©liens dans laquelle elle devait aussi faire partie, n’a pas pu conduire une campagne gratuite de soins de la vue dans la rĂ©gion anglophone du Nord-Ouest en janvier 2017, Ă  cause de la crise qui s’y est installĂ©e depuis la fin d’annĂ©e 2016. Mais ce n’est pas assez pour la dissuader d’y rentrer travailler. D’aprĂšs elle, si des Camerounais bien formĂ©s n’apportent pas leur potentiel au Cameroun, il ne faut pas s’attendre Ă  ce que quelqu’un d’autre vienne le faire.

D’aprĂšs un profil national rĂ©alisĂ© pour le compte du Cameroun en 2009 par l’Organisation internationale des migrations (OIM), l’émigration de travailleurs camerounais qualifiĂ©s sur la pĂ©riode Ă©tudiĂ©e (1995-2005) touchait particuliĂšrement les mĂ©decins et les universitaires. A cette pĂ©riode, 46% des mĂ©decins camerounais avaient Ă©migrĂ© dans neuf pays dĂ©veloppĂ©s : France, Etats-Unis, Australie, Belgique, Canada, Portugal, Afrique du Sud, Espagne, Royaume Uni. D’aprĂšs l’Ordre des mĂ©decins, citĂ© dans cette Ă©tude : « 4200 mĂ©decins camerounais, en majoritĂ© des spĂ©cialistes, exercent Ă  l’Ă©tranger. Sur place, il en reste seulement 800 ». Ces donnĂ©es ont cependant Ă©voluĂ© entre 2009 et 2017.

Le Dr Eleanor Nche dans son bureau Ă  Hadassah Medical Center (IsraĂ«l). Sa spĂ©cialisation en ophtalmologie s’achĂšve en juin 2018 © Journalducameroun.com

En revenant exercer au Cameroun, le Dr Eleanor Nche ne va pas ĂȘtre ajoutĂ©e Ă  cette saignĂ©e des professionnels de santĂ© du pays.

Dans sa spĂ©cialitĂ©, le Cameroun dispose d’une centaine d’ophtalmologistes ; « 105 plus prĂ©cisĂ©ment, parmi lesquels 11 sous-spĂ©cialistes », d’aprĂšs des donnĂ©es recueillies par Journalducameroun.com auprĂšs de la secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la SociĂ©tĂ© camerounaise d’ophtalmologie (SCO), Dr Danielle Beleho.

Ce sont donnĂ©es Ă  jour, au mois de novembre 2017, mais elles pourraient ĂȘtre plus importantes car il y a des ophtalmologues qui « ne se sont pas encore dĂ©clarĂ©s Ă  la SCO », prĂ©cise le Dr Beleho. On apprend par ailleurs Ă  la SCO, selon les estimations, que « 80% environ de la population [camerounaise] souffre des problĂšmes de vue ».

 

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