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Abdouraman Halirou: «La découverte du pétrole semble être la goutte d’eau ayant fait déborder le vase»

Le spécialiste des questions frontalières analyse les enjeux géopolitiques de la situation centrafricaine et de la revendication de Boko Haram sur la détention des sept otages français

Le Cameroun s’est-il préparé à accueillir François Bozizé après son
éviction du pouvoir par des rebelles le dimanche 24 mars dernier ?

Le Gouverneur de la Région de l’Est était allé l’accueillir à Batouri. Cela témoigne s’il en était encore besoin que l’arrivée de Bozizé était connue et préparée. Du moins, ce n’est pas un immigré clandestin. En fait, il s’agit d’une politique pacifique de bon voisinage que le Cameroun entend sauvegarder, au-delà des enjeux. Le Cameroun a toujours accueilli les réfugiés des pays voisins, qu’ils soient des personnalités illustres (Hussein Habré, Goukouni, Patassé, Bozizé) ou de simples citoyens fuyant l’insécurité dans leur pays.

Que symbolisent ces interventions et transactions du côté du Cameroun ?
L’enjeu pour le Cameroun est de montrer qu’après tout c’est la locomotive de l’Afrique centrale où tout le monde peut se réfugier. Ce havre de la paix est le résultat d’une politique apaisée qui ne se mêle pas (du moins rarement) des affaires internes de ses voisins. Vous avez vu comment le Cameroun a beaucoup hésité à envoyer ses soldats dans le cadre de la Misma. Mais s’il y a des leçons à tirer, c’est bien sûr au niveau de la gouvernance. La fuite de Bozizé est une interpellation générale pour une prise en compte des intérêts de tous, acteurs locaux et externes. L’ex président centrafricain semble ne pas avoir trouvé l’équilibre qu’il fallait dans cette géopolitique interne très complexe. La découverte du pétrole semble être la goutte d’eau ayant fait déborder le vase.

Existe-t-il réellement des frontières en Afrique?
Tant qu’il y aura des Etats, il y aura des frontières. D’ailleurs depuis la chute du Mur de Berlin, l’on relève la création de nouvelles frontières mais aussi la « militarisation » des milliers de kilomètres. L’on a même l’impression qu’il s’agit d’un réveil des frontières. L’Afrique n’est nullement à l’écart de ce mouvement. Au contraire. Rappelez-vous de la naissance du Sud-Soudan ou encore de la création de l’Azawad, sans oublier les nombreuses révoltes irrédentistes. Par ailleurs, les frontières en Afrique deviennent de plus en plus culturelles. Ainsi, les transactions se jouent des frontières. Elles pourront les remodeler et non les faire disparaître. La frontière est un fait éternel.

En réalité que symbolisent les actions « bokoharamistes » sur le sol camerounais ?
Il est difficile d’en faire une analyse historique profonde compte tenu de la fraîcheur des faits. Toutefois, je pense qu’il s’agit des revendications politiques sous le couvert de la fibre religieuse. Pour moi, ce sont des entrepreneurs politico-économiques qui s’appuient sur un élément sensible pouvant capter l’assentiment social. Profitant du contexte international ambiant (notamment la crise malienne), ils ont, me semble-t-il voulu faire un coup en portant leurs revendications locales sur la scène internationale.

Dr Abdouraman Halirou, spécialiste des questions frontalières

journalducameroun.com)/n

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