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Accélérer la croissance et la transformation de l’agriculture en Afrique

Par José Graziano da Silva, directeur-général de la FAO

Lors du Sommet de l’Union Africaine (UA) tenu à Maputo au Mozambique en 2003, les Chefs d’Etats et de Gouvernement africains avaient pris la ferme résolution de s’engager à accélérer la croissance des secteurs alimentaire, agricole et rural et à résoudre le problème de l’insécurité alimentaire en Afrique.

Dans la Déclaration mémorable de Maputo, les Chefs d’Etats et de gouvernements ont adopté le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) qui servira de cadre continental pour le développement de l’agriculture. Ils avaient également convenu d’allouer au moins 10 pour cent de leurs budgets nationaux à l’agriculture, d’adopter des politiques de développement agricole judicieuses et d’atteindre une croissance agricole annuelle d’au moins 6 pour cent.

Depuis lors, les progrès dans le développement agricole et l’amélioration de la sécurité alimentaire sont notables dans les pays africains qui ont suivi les recommandations de Maputo et qui ont mis en uvre le PDDAA. Aujourd’hui, quarante pays ont signé les accords du PDDAA et 28 ont développé des Plans nationaux d’investissements dans l’agriculture afin de rendre ces pactes opérationnels dans un processus qui réunit les gouvernements, la Société civile, le secteur privé, les petits exploitants agricoles et les agriculteurs familiaux ainsi que les femmes et les jeunes.

La célébration de l’année de l’agriculture et de la sécurité alimentaire de l’Union Africaine et de l’année internationale de l’agriculture familiale de l’ONU fait de 2014 l’année la plus propice à faire l’inventaire du cadre PDDAA et à encourager les efforts visant à renforcer la croissance et la transformation de l’agriculture à travers le continent. Nous devons saisir cette occasion pour focaliser notre attention, nos politiques et notre plaidoyer sur la promotion de l’agriculture, le renforcement des mesures de protection sociale et l’appui aux communautés, qui, malgré le manque généralisé de ressources, contribuent considérablement à réaliser la sécurité alimentaire sur le continent.

Au Sommet de l’UA, du 20 au 27 juin à Maputo, en Guinée Equatoriale, dédié à l’agriculture et à la sécurité alimentaire en Afrique, les dirigeants africains auront une occasion historique de prendre des décisions déterminantes et de nouveaux engagements aussi louables que ceux pris il y a 11 ans, à Maputo.

L’Afrique connait une période de croissance économique sans précédent; paradoxalement, elle est également le seul continent qui a enregistré une augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim depuis 1990. L’Afrique subsaharienne demeure la région la plus frappée par la sous-alimentation ou une personne sur quatre souffre de la faim.

L’enjeu actuel est de faire correspondre la vision d’une Afrique libre de la faim à cette excellente croissance économique et la traduire dans la réalité en luttant contre les multiples causes de la faim et de la malnutrition à travers des partenariats et des solutions financières innovantes.

Les découvertes récentes de pétrole, de gaz et d’autres nouveaux dépôts de minerais dans plusieurs pays africains offrent une source viable et diversifiée de financements pour le développement de l’Afrique. Si les revenus tirés de ces ressources sont bien gérés et bien canalisés, ils peuvent être investis dans le secteur agricole avec des mécanismes innovants pouvant transformer l’agriculture en moteur de développement de l’Afrique.

En outre, le continent fourni un effort sans précédent dans l’intégration et la solidarité régionales que nous saluons. En ce sens, le Fonds fiduciaire africain pour la sécurité alimentaire est une initiative unique en son genre qui vise à mobiliser les ressources de l’Afrique pour l’Afrique avec la capacité d’éradiquer l’extrême pauvreté et de renforcer la résilience des populations vulnérables. L’objectif de ce Fonds est de renforcer la sécurité alimentaire sur tout le continent en assistant les Etats dans la lutte pour l’éradication de la faim et la malnutrition, l’élimination de la pauvreté dans les milieux ruraux, l’adaptation au changement climatique et la gestion des ressources naturelles de manière durable.
Cette initiative ainsi que bien d’autres initiatives africaines qui sont mises en uvre à travers tout le continent doivent être partagées, adaptées, accélérées et reproduites sur tout le continent. Atteindre la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique est donc un défi colossal, trop grand à relever par une seule entité. La société civile, le secteur privé, les agences internationales et les gouvernements tant des pays développés que des pays en développement doivent tous s’impliquer. Par-dessus tout, les populations locales doivent être elles-mêmes équipées pour gérer leur propre développement.

A l’approche de 2015, date butoir de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, 20 pays en Afrique ont atteint le premier objectif de réduire de moitié le nombre de malnutris ou ont pu maintenir les niveaux de malnutrition au-dessous de 5 pour cent depuis 1990. L’accent n’est plus mis sur la réduction de la faim mais sur son éradication. Les dirigeants africains avaient déjà marqué ce changement lors de leur rencontre à Addis-Abeba, en Ethiopie, en juillet 2013 dans le cadre d’une initiative conjointe de la Commission de l’Union Africaine, de la FAO et de l’Institut Lula. Les délégués présents à cette réunion se sont convenus d’une feuille de route pour l’éradication de la faim à l’horizon 2025 à travers de meilleures politiques, davantage de ressources en faveur de la lutte contre la faim et un partenariat inclusif renouvelé avec divers acteurs étatiques et privés.

Après la tenue du Sommet de l’UA de juin 2014 à Malabo, en Guinée Equatoriale, les Etats africains sont fin prêts pour adopter officiellement cet objectif Faim Zero 2025. La sécurité alimentaire pour tous est le tremplin vers une croissance économique africaine inclusive et pour le partage de la prospérité que la région connait. Investir dans l’agriculture et dans les jeunes peut aider à « allumer cette étincelle » et à réaliser cet espoir.

José Graziano da Silva, directeur-général de la FAO
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