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ACP: Intervention de S.E. Paul Biya, Président de la République du Cameroun

Par Paul Biya à Malabo

Excellence, Monsieur le Président de La République de Guinée Equatoriale,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs D’Etat et de Gouvernement, Madame la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Mesdames et Messieurs

Il m’est particulièrement agréable de prendre la parole aujourd’hui, à l’occasion du 7ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres du Groupe d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, pour introduire le débat sur l’avenir de ce groupe. Je voudrais tout d’abord saisir cette opportunité pour remercier mon frère et ami, Son Excellence Monsieur OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la République de Guinée Equatoriale, ainsi que le gouvernement et le peuple équato-guinéens, pour l’accueil chaleureux qui nous a été réservé. « L’avenir du groupe ACP dans un monde en mutation: défis et opportunités ». Tel est le thème de ce septième Sommet. Me référant aux premières conventions d’association qui ont posé les jalons du cadre juridique de la coopération entre notre Groupe et le Partenaire européen – je veux parler des Conventions de Yaoundé I et II -, je tiens à rappeler que le Cameroun a toujours été étroitement lié à cet important partenariat. Compte tenu de cette position historique, il était normal que mon pays s’implique dans la réflexion sur l’avenir de notre Groupe au terme des Accords de Cotonou, prévu en 2020. Par le mécanisme du Fonds européen de développement (FED), notre partenaire européen a participé de façon évidente au développement des Etats ACP. Les 10 premiers FED nous ont en effet permis de développer de manière incontestable nos infrastructures, de soutenir nos stratégies de lutte contre la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie de nos populations. L’Accord de Cotonou, qui a fait suite aux Conventions de Yaoundé et de Lomé, a rationalisé encore plus ce partenariat, en renforçant cet instrument d’aide contractuel. Compte tenu de l’évolution respective de chacun de nos Etats, de l’apparition de nouveaux acteurs pour le développement, comme les pays émergents, il est normal que nous nous interrogions sur cet avenir de la relation entre les ACP et le partenaire européen, notamment en prescrivant à nos représentants une feuille de route pour adapter les objectifs et le fonctionnement de notre Groupe au contexte politique, économique et social actuel.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Au-delà de la réflexion qu’impose l’échéance de l’Accord de Cotonou, force est de constater que le monde connait une crise économique et financière sans précédent depuis 2008. Nos partenaires européens en ont été particulièrement touchés. Les Etats ACP n’ont pas été épargnés : le chômage, notamment celui des jeunes, s’accentue, la croissance, pour la plupart d’entre nous, peine à redémarrer, les déficits des finances publiques restent préoccupants. En dépit de cette situation, il faut se féliciter que l’Union Européenne ait pris l’engagement d’adopter un onzième FED pour accompagner la fin de l’Accord de Cotonou. Cependant, nous devons admettre que les conséquences de la crise auront un impact négatif sur l’aide au développement. Nous sommes ainsi appelés à adapter nos politiques de développement aux objectifs nouveaux que nous nous serons nous-mêmes fixés. Par ailleurs, les besoins des Pays ACP n’ont cessé de croître, en raison d’une forte démographie et malgré la diversité de nos économies. Sans qu’il soit question de mettre un terme à nos relations avec nos partenaires de l’Union Européenne, nous devons dans un premier temps redéfinir cette relation et aussi diversifier nos rapports économiques avec l’extérieur, en nouant de nouveaux partenariats. J’ai évoqué tout à l’heure les pays émergents, mais je pense également que nous devons mettre l’accent sur l’intégration sous-régionale et régionale qui pourrait aboutir, à terme, à la création d’une zone de libre échange entre les ACP. L’intégration régionale, dans un monde globalisé, demeure un moteur important de croissance, par l’émergence de marchés plus larges et l’attraction des investisseurs étrangers. Ces processus d’intégration devraient être renforcés par une coopération multisectorielle entre pays ACP. Sur un autre plan, il est clair que les problèmes énergétiques qui hypothèquent nos politiques de développement et dont nous débattrons demain ne pourront se résoudre qu’en mutualisant nos efforts. Au niveau institutionnel, il me semble que le Groupe ACP, constitué de 79 Etats, devrait également se pencher sur l’évolution graduelle de notre Groupe vers une organisation internationale dotée d’un Secrétariat général aux pouvoirs accrus, jouissant de l’autonomie financière.


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Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je ne saurais terminer cette intervention sans évoquer la négociation des Accords de Partenariat économique (APE) qui dure depuis plus de 10 ans. La dimension « développement » doit y occuper une place centrale, car pour nous, les APE ont vocation à être un instrument de développement. Celui-ci devrait contribuer au renforcement de notre intégration sous-régionale, régionale et intra ACP, en vue d’une meilleure insertion de nos économies dans le commerce mondial. Il demeure néanmoins capital que la dynamique de l’intégration au sein de l’ensemble du Groupe ACP soit préservée. Dans cet esprit, les APE doivent réaliser leurs promesses de développement et permettre de pérenniser nos relations avec l’Union Européenne,au-delà de Cotonou. La conclusion de ces négociations, que nous souhaitons bénéfiques pour les deux partenaires, ne devrait évidemment pas compromettre nos efforts de développement. Leur aboutissement devrait, selon nous, plutôt les renforcer. C’est ce qui est souhaité, me semble-t-il, de part et d’autre.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le Sommet de Malabo doit nous permettre de définir l’avenir du cadre de coopération ACP-UE. Cet avenir, nous devons le choisir nous-mêmes, en fonction de nos nouvelles obligations dans ce monde en mutation sur les plans politique, économique, social et environnemental. Les défis sont certes considérables mais surmontables. Ensemble et solidaires dans notre diversité, nous pouvons – je crois – les relever. Nous le devons aux générations futures qui ont droit à un monde plus juste, plus respectueux de l’environnement et plus en harmonie avec les idéaux du développement durable. Je vous remercie de votre aimable attention.


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