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Adam Ahmed Hoziafa : Seul au monde, seul à Mfou

Ce soudanais emprisonné depuis un mois dit avoir perdu tous les membres de sa famille dans la guerre du Darfour.

« Ahmed »! A l’appel de ce nom par un autre détenu, un homme mince et barbue se lève machinalement, le regard furetant celui qui peut bien l’appeler. Sans doute ne l’a-t-on jamais appelé ou du moins, de la sorte. Aussi, se dirige t-il rapidement vers le journaliste, à la fois émue et surpris. « Il n’entend, ni ne parle que l’anglais », prévient Mme Mbah, l’intendante. Sur les raisons de sa présence dans ce lieu peu recommandé, Adam Ahmed Hoziafa raconte  » On m’a arrêté et conduit ici parce que les soudanais m’ont vendu un faux passeport Irlandais. J’ai été arrêté il y a un mois à l’aéroport, le 19 novembre ». Il dit avoir 30 ans, mais on lui donnerait bien plus. Originaire de la région du Darfour, le jeune homme était étudiant en informatique et faisait du commerce selon ses dires. Seulement, avec la guerre, l’école a fermé. Les affaires sont tombées à l’eau. Les membres de sa famille ont été décimés.  » Personne ne sait que je suis ici. Je ne sais même pas si ma s ur est encore vivante. J’ai dû donner beaucoup d’argent pour sortir du pays et à présent, j’ai perdu tout ce que j’avais », ajoute t-il.

Aujourd’hui, Ahmed est seul au monde et seul dans la prison principale de Mfou. Son quotidien se résume à des sorties dans la cour et des retours dans son lit. Il a très peu d’amis avec qui bavarder, la quasi-totalité des détenus étant francophones. Mêmes les livres de la bibliothèque sont en français. En attendant, il s’habitue petit à petit à entendre le français. « La vie ici est très vraiment difficile pour moi. Ils nous donnent à manger une fois par jour, et la quantité n’est pas suffisante » signale le soudanais. Mais il affirme qu’il le ferait encore si c’était à refaire. « Je ne sais pas si c’était une bonne ou une mauvaise idée de venir au Cameroun. Parce que si j’étais resté, je serais mort à l’heure actuelle. Il fallait fuir la guerre. Surtout que j’ai eu des problèmes avec les Janjawids et le gouvernement » précise t-il. Mais il déplore l’abandon dont il fait l’objet de la part du Haut commissariat aux réfugiés. « J’ai demandé à entrer en contact avec le Hcr en vain. J’ai tout perdu dans ma vie. J’aimerais que le Hcr me vienne en aide, que je devienne réfugié et reste au Cameroun », implore t-il. N’ayant pas encore été jugé, il ne sait pas combien de temps il fera au bagne. De ce fait, il ne peut alors rien envisager pour sa vie. Vers 16h 30 ce samedi, une foule de prisonniers se bousculent pour recevoir leur repas du jour. Ahmed, lui, est assis au loin. « Tu vois, c’est comme ça qu’on mange ici. Je préfère attendre qu’ils aient fini de bousculer avant de venir prendre ma part », dit le jeune musulman.

Adam Ahmed Hoziafa, prisonnier soudanais
Journal du Cameroun)/n
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