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Adama Dasso peut- il réconcilier les ivoiriens du Cameroun?

Le nouvel ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun face aux appréhensions de la communauté ivoirienne en terre camerounaise

Tsinga Elobi à Yaoundé ce 14 novembre 2011. Une cinquantaine d’ivoiriens y ont pris leurs quartiers. Tous sont arrivés au Cameroun à la suite de la crise post électorale en Côte d’Ivoire. Ils commentent volontiers sur l’hymne à la réconciliation entonné par les nouveaux dirigeants ivoiriens. Yao N’DRI pense que la réconciliation passe par la libération du président GBAGBO et ses proches. Il suggère la mise sur pied en urgence d’un comité de sages. Celui- ci devrait rencontrer le président GBAGBO, certains dignitaires de l’ancien régime et les hommes forts actuellement aux affaires en Côte d’Ivoire. Objectif : discuter pour trouver une solution concertée et définitive à la crise ivoirienne. TRAORE- qui se présente en victime majeure de cette crise- demande aux deux parties de faire un mea- culpa et de se pardonner sincèrement. Car, dit- il, sans une preuve de sincérité de deux parties, il n’y aura pas de véritable réconciliation. Un ex – combattant de l’armée loyaliste, fidèle au président déchu Laurent GBAGBO, regrette les souffrances endurées par son pays natal. « Plus jamais ça », continue- t- il. Et de se dire prêt à contribuer – à partir du Cameroun – en faveur de la réconciliation que le nouveau gouvernement ivoirien appelle de tous ses v ux. Ouattara est étudiant dans un établissement universitaire à Yaoundé. Il est complètement déçu du traitement réservé au président Laurent GBAGBO. Pour lui, M. GBAGBO est un grand défenseur des intérêts africains. Il poursuit : « les occidentaux ne veulent pas voir un africain qui plaide en faveur des africains ; ils sont prêts à diaboliser tout africain qui prend sur lui de défendre la cause africaine.» Et de rappeler que M. GBAGBO n’est pas à l’origine de la crise ivoirienne. A l’en croire, la crise est née lors de la présidence de M. BEDIE, après une gestation pendant que M. Alassane OUATTARA était Premier ministre. Ouattara lance par conséquent un appel au nouvel ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun, en lui demandant de mettre de l’ordre dans son institution, particulièrement dans le service consulaire. Il estime que ce service entretient une hypocrisie au sein de la communauté ivoirienne. Il souhaite également que le nouvel ambassadeur mette de l’ordre au sein de la communauté ivoirienne. « Celle- ci est en ce moment divisée avec la bénédiction des autorités de l’ambassade et du service consulaire de ladite ambassade », conclut- il.

Aggiornamento au sein de la communauté ivoirienne
M. BONI est bijoutier. Il croit fermement aux vertus de la réconciliation lancée par les nouvelles autorités ivoiriennes. Pour ce faire, il propose comme préalable la libération du président Laurent GBAGBO. Et de revenir sur l’hypocrisie qui caractérise la communauté ivoirienne, particulièrement celle de Yaoundé. Et de prévenir le nouvel ambassadeur des personnes qui changent de camp à chaque fois qu’un nouvel ambassadeur arrive au Cameroun. « Quand Laurent GBAGBO était au pouvoir, ces personnes représentaient le parti le Front Populaire Ivoirien au Cameroun. Aujourd’hui, avec le président OUATTARA au pouvoir, les mêmes personnes disent maintenant appartenir au RDR.» Il souhaite donc une vigilance accrue de la part du nouvel ambassadeur. « Il doit tout faire pour unir les ivoiriens du Cameroun, afin qu’à partir du Cameroun, les ivoiriens qui le souhaitent, puissent contribuer à la réconciliation, la reconstruction et la paix en Côte d’Ivoire.» Autre dossier brûlant sur la table de Adama Dasso : la discrimination au sein de la communauté ivoirienne. Un ivoirien dénonce : « Il y a une catégorie d’ivoiriens qui considère les autres ivoiriens comme les faux ivoiriens ; ainsi, d’autres parmi eux sans papiers sont obligés de vivre comme les apatrides.» Ce qui laisse transparaître en filigrane la dichotomie pro- GBAGBO contre pro- OUATTARA. C’est dire si la réconciliation en Côte d’Ivoire passe aussi par la réconciliation entre ivoiriens du Cameroun.

Douala parle aussi
Les ivoiriens de la cité économique (Douala) sont aussi pour la plupart des survivants de la dernière crise post- électorale en Côte d’Ivoire. En effet, la majorité d’entre -eux a pris fuite pendant la guerre civile. « Je ne sais pas réellement quoi dire concernant l’ambassadeur de ADO, il n’a qu’à bien mener à bien sa mission. Peu m’importe. Ce n’est pas ça qui va rembourser tout ce que j’ai perdu » lance un ivoirien sous le couvert de l’anonymat. L’homme prétend avoir perdu, dans les affrontements sanglants, ses amis, sa famille, etc. Rencontré au centre ville de Douala, un jeune ivoirien d’une trentaine d’années est dans les services du Hcr Cameroun, afin d’obtenir un statut de refugié. « Je serais désormais sous la protection du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, et le gouvernement actuel de mon pays ne me servira plus à rien » conclut- il. « Adama Dasso est âgé de 37 ans. Je le trouve un peu trop jeune comme diplomate. J’espère qu’il sera à la hauteur des nombreuses attentes » réagit un autre ivoirien, après avoir vu le diplomate chaleureusement accueilli par le président de l’Assemblée nationale du Cameroun, Cavaye Yéguié Djibril.

Réconciliation
Les ivoiriens en terre camerounaise semblent donc disposer à accepter la main tendue de Alassane Dramane Ouattara(ADO), le nouvel homme fort de la Côte d’Ivoire. Confidence de Mathieu M, ivoirien installé dans la capitale économique du Cameroun : « Cela est également valable pour tous ceux qui se disaient pro- Gbagbo ; il serait mieux d’enterrer la haine du passé et d’accepter le présent, pour qu’ensemble, nous puissions reconstruire notre pays. On a tous perdu des êtres très chers, et c’est vrai qu’ils ne seront jamais remplacés. Mais je pense qu’en partageant les mêmes douleurs, nous pouvons nous bercer sur ce qui nous reste de plus cher et qui nous appartient tous : la Côte d’Ivoire. La guerre de résistance d’ADO était de libérer totalement le pays.» Tous les ivoiriens partis de leur pays à l’occasion de la crise post électorale sont arrivés au Cameroun par voie terrestre. Certains sont entrés en terre camerounaise par Ekok, ville frontalière entre le Nigeria et le Cameroun. D’autres ont débarqué sur le territoire camerounais par le côté du Nord Cameroun. Comment vivent- ils ? Il y a l’entraide entre frères ivoiriens mais également, beaucoup de générosité de leurs amis camerounais. A les en croire, la représentation diplomatique de Côte d’Ivoire au Cameroun leur a fermé la porte au nez. Au sein de cette représentation diplomatique, on dit ne pas reconnaître les ivoiriens qui ont le statut de réfugié.

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