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Affaire Eto’o: Derrière les tensions entre la Fecafoot et les lions indomptables

Il y a une grande confusion qui s’est installée dans la crise qui oppose l’équipe nationale et les dirigeants du football camerounais

Aujourd’hui, il ne s’agit en rien de l’affaire Eto’o contre FECAFOOT mais plutôt de l’affaire Lions indomptables contre Fédération camerounaise de Football (Fecafoot). Cette nuance est fondamentale dans la mesure où aux yeux des Camerounais, on a à faire à un joueur récalcitrant qui s’oppose aux règles d’une institution, alors que les faits montrent qu’on a plutôt affaire à 22 joueurs d’une équipe nationale, nonobstant les opérations de division en cours, qui s’opposent à une institution gestionnaire des activités liées au football au Cameroun.

L’approche du conflit dans sa neutralité est importante pour apprécier et comprendre les actions et les arguments des uns et des autres. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’une bataille médiatique est orchestrée par la Fecafoot pour détourner le problème en se focalisant sur un joueur, en lançant «ceux qui se sentaient indispensables se trouvent au cimetière». Souhaiterait-elle la «mort» sportive d’Eto’o qu’elle ne s’y prendrait pas autrement? Nous ne comprenons pas le bien-fondé d’une telle phrase prononcée sur une chaine de télévision par le secrétaire général de la Fecafoot. Devrait-on comprendre que, la fédération est prête à sacrifier toute personne qui s’oppose à elle? Si tel est le cas, il s’agirait vraiment d’une méthode chère aux organisations maffieuses. L’immobilisme érigé en méthode de gouvernance induit que démissionner pour mauvaise gestion n’existe pas. Même avec des preuves à l’appui, les auteurs des pires détournements et autres malversations financières ne démissionnent pas au Cameroun. C’est une règle non écrite dans le système actuel.

La jurisprudence instaurée par le système va-t-elle survivre à la crise?
Le fait que les Lions indomptables montent au créneau pose un problème très grave dans un système où la règle consubstantielle est «on prend les mêmes et on recommence pour changer et effectuer les grandes réalisations». Albert Einstein disait: insanity is when you are doing the same thing over and over again and expect a different result. Nos dirigeants seraient-ils devenus insane (fous) pour faire la même chose en espérant obtenir des résultats différents ou bien les Lions indomptables ont-ils enfin compris que rien ne changera sans une crise majeure dont l’objectif serait de modifier la dynamique de gestion des ressources de la Fecafoot en la rendant plus transparente? On comprend donc la préoccupation du gouvernement car il ne s’agit plus d’une affaire de football mais d’une crise sociopolitique qui a des relents d’un printemps arabe comme le disait le capitaine Eto’o. Autrement dit, le gouvernement craint qu’une escalade de l’affaire se répercute dans les rues sous d’autres revendications. Dès lors, il ne serait d’ailleurs pas étonnant de voir s’opérer dans les prochains jours, une alliance objective entre les pouvoirs publics et l’instance faîtière du football, pour programmer la «mort» sportive de l’icône Eto’o. Pour l’instant, du côté du Ministère des sports, on déclare que «le gouvernement suit de très près cette affaire». Cette déclaration serait une tentative destinée à calmer les esprits d’une population aux abois. On n’a l’impression que ce gouvernement est dans l’impasse (deadlock situation). Céder aux revendications des lions indomptables symboliserait une onction aux revendications de la rue, avec pour corollaire éventuel la «Chienlit». On peut imaginer tous les scenarii possibles où ceux qui n’ont jamais osé manifester seront tentés de franchir le rubicon.


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Quel intérêt les joueurs camerounais ont-ils à provoquer une telle crise?
Il est un secret de polichinelle que depuis ces 30 dernières années, la gestion financière accompagnant le management de nos lions a été des plus calamiteuses avec des scenarii des plus spectaculaires : des mallettes disparaissant entre New York et Paris, les joueurs n’ayant pas de maillots pour représenter leur équipe nationale en coupe du monde. Et très récemment, les Lionnes indomptables rentrant vainqueurs d’un tournoi sans avoir perçu leurs primes malgré des promesses fermes de leur fédération. Nonobstant ces problèmes, grâce aux talents intrinsèques de certains joueurs, le Cameroun a réussi à gagner quelques compétitions. Ce qui a permis d’occulter ou de composer avec les grosses tares du système. Aujourd’hui le Cameroun a de plus en plus de mal à gagner un grand tournoi. Les principales causes sont la mauvaise gestion et l’amateurisme de certains cadres de la Fecafoot. D’où une grève aux antipodes de celle de la faim, mais proche d’une révolution intellectuelle de personnes qui ont pris conscience que la réussite et le progrès ne passeront que par une opposition unie et farouche à un système immobile et opaque. Y’a-t-il une raison valable de maintenir cette grève? Oui, tant que les problèmes décriés depuis plus de 30 ans ne sont pas résolus. Le seul souci réside dans l’hypothèque qui pèserait sur leur carrière internationale. Avec une telle organisation, le Cameroun n’est pas prêt de gagner une compétition digne de ce nom.

L’autre symbolique du mouvement
Dans cette crise, l’autre symbolique du mouvement est le conflit de générations. D’un côté, on a affaire à une organisation dont la majorité des cadres est âgée de plus 50 ans et de l’autre côté, il y’a un groupe beaucoup plus jeune et bien organisé dont la majorité a moins de 32ans. Contrairement à leurs aînés, les membres de l’équipe nationale actuelle semblent beaucoup plus engagés et déterminés à rompre avec les mauvaises pratiques du passé et à marquer aussi l’histoire avec de grandes victoires dont elle croit qu’elle en est capable. La Fecafoot offre plutôt des solutions dépassées, inadéquates, et anachroniques pour mettre fin au conflit. Demander à un joueur de faire appel à une décision de sanction comme si réduire une sanction réglerait les problèmes majeurs qui minent le développement du football au Cameroun.En dernier ressort, la Fecafoot, organisation de droit privé mais bénéficiant pourtant de l’appui financier de l’Etat et donc de l’argent des contribuables camerounais pour financer une activité qui lui est dévolue, symbolise les institutions étatiques opaques où règnent la gabegie, les abus de pouvoir, le trafic d’influence, etc. Dans le développement de toute société, il existe toujours quelqu’un ou un groupe de personnes qui dit NON ! CA SUFFIT ! Y A EN MARRE ! ON VEUT QUE CA CHANGE ET ON EST PRET A S’OPPOSER A L’ETABLISHMENT. Le Cameroun ne fera pas exception à la règle, la seule inconnue est de savoir qui va déclencher ce mouvement visant le changement véritable.

Que dire de plus!
www.livecamerfoot.info)/n


A SAVOIR

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