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Affaire Fouofie Djimeli Richard: Vincent Fouda ecrit à Paul Biya

Au Cameroun, l’activité cinématographique demeure soumise à un régime d’autorisation préalable délivrée par le Ministre des Arts et de la Culture après avis de la Commission de Censure qu’il préside

Yaoundé le 26 mars 2012

Correspondance n°07/CG2011/PR/SG

Son Excellence
Monsieur Paul BIYA
Président de la République du Cameroun

Monsieur le Président,

Le 12 mars dernier, nous étions saisis par le cinéaste Jean-Pierre Bekolo des menaces qui pèsent sur son dernier film «Le Président». Cette menace est confirmée par la correspondance qui lui est adressée le 22 mars par l’Ambassadeur de France au Cameroun. Correspondance sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Au Cameroun, l’activité cinématographique demeure soumise à un régime d’autorisation préalable délivrée par le Ministre des Arts et de la Culture après avis de la Commission de Censure qu’il préside. Selon l’article 10 de la loi n° 88/017 du 16 décembre 1988 fixant l’orientation de l’activité cinématographique, «aucun film cinématographique, quels qu’en soient le genre et le format, ne peut être distribué au Cameroun en vue de sa représentation en séances publiques, à des fins commerciales, éducatives ou culturelles s’il n’a obtenu l’autorisation, sauf dérogation prévue par voie réglementaire.

24 ans donc après l’adoption de cette loi, le film Le Président est interdit de diffusion sur le territoire camerounais et un cinéaste Fouofié Djimeli Richard réalisateur du film «Le Dernier jour des dictateurs» est enlevé par des hommes non encore identifiés.

Avec gravité et sincérité, je voudrais vous dire au nom du peuple silencieux mais conscient des dérives du système de gouvernance de notre pays, que ces actes nous inquiètent.

Monsieur le Président,

Les peuples du Cameroun sont attachés au cadre traditionnel de ses cultures que portent aujourd’hui ses fils et filles sur le petit écran. Ce Cameroun-là ne doit pas être oublié, stigmatisé et assassiné.

Monsieur le Président,

La répression à l’encontre des créateurs des uvres de l’esprit est assimilée à la répression contre les défenseurs des droits de l’Homme. Ceci entre en contradiction avec la Constitution de notre pays et les conventions internationales que le Cameroun a ratifiées. Le harcèlement judiciaire à l’égard de ces créateurs a déjà par le passé, entraîné l’assassinat du Père Engelbert Mveng! Mais comment ne pas évoquer ici le décès en exil dans les bancs de glace canadien de l’Abbé Jean Marc Ela? Lui, Jean-Marc Ela que vous avez heureusement cité lors de votre adresse de bienvenue le 17 mars 2009 au Saint Père Benoît XVI au Cameroun, vous appropriant ainsi la fierté de tout notre peuple!

La répression policière, l’interdiction injustifiée de manifestations culturelles et autres réunions publiques, le recours à des pratiques administratives abusives entravent la création et le fonctionnement des activités de l’esprit. L’Ambassadeur de France dans sa correspondance recommande au cinéaste d’obtenir un visa d’exploitation, sachant qu’il ne l’obtiendra jamais ni du CNC ni du Ministre des Arts et de la Culture.

Monsieur le Président,

Notre devoir nous oblige ici à signaler à votre attention que le Cameroun est signataire des conventions internationales relatives aux droits de l’Homme mais également des conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), toutes, ratifiées par le Cameroun.

Monsieur le Président,

Les thèmes abordés par les deux productions stoppées par la Censure camerounaise sont d’actualité au regard de tout ce qui se passe dans notre pays. Elles sont une psychanalyse collective pour notre société pour la construction du nous commun indispensable à la stabilité de notre pays. Ce qui se passe crée un émoi et une psychose au sein de nos populations. Les dérives pointées plus haut mutilent notre fraternité. Alors même que la société camerounaise a plus que besoin de tolérance.

Face à cette situation, je vous demande d’agir avec sagesse car les risques de rupture existent. Votre rôle, Monsieur le Président de la République, est d’écouter les Camerounais, de les rassurer. Votre devoir est de vous élever au-dessus de toute temporalité pour faire uvre de tempérance et tenter de réconcilier les Camerounais.

Monsieur le Président,

Fouofie Djimeli Richard ne doit pas mourir parce qu’il a tourné un film, ni lui ni un autre dans notre pays.

Soyez assuré, Monsieur le Président de la République, de nos sentiments Patriotiques et Républicains.

A SAVOIR

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