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Affaire Ibrahim Bello: La CNDHL dénonce la torture policière

Ibrahim Bello après son opération ©Droits réservés

Après avoir mené une enquête sur les circonstances qui ont conduit à l’amputation des membres du garçon âgé de 17 ans, l’organe conclut à des sévices subis pendant l’arrestation du voleur présumé

L’état de santé du jeune Ibrahim Bello s’est dégradé lors de son séjour au poste de police. Voilà l’observation faite par la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés (CNDHL) sur la situation du jeune homme amputé des quatre membres après une supposée affaire de vol.

«S’il est indéniable que le concerné avait été brutalisé par la foule avant d’être présenté au poste de police, le 05 février 2017, l’ensemble des témoignages reçus laissent penser que c’est lors de son séjour dans ledit poste qu’il a vécu les atrocités responsables de la dégradation de sa santé», indique le rapport publié en fin de semaine dernière par la mission mise en place par la CNDHL pour mener des investigations sur ce cas.

«En plus, l’usage prolongé des menottes est clairement l’une des causes des graves blessures au poignet de l’intéressé, selon les aveux des policiers.  La mission est portée à croire que la tuméfaction de l’ensemble des jambes et des pieds est aussi consécutive aux brutalités vécues au poste de police. Le fait pour les policiers de ne l’avoir pas conduit à l’hôpital le 07 février, après avoir constaté et mentionné dans leur propre registre «son état de santé précaire», achève de convaincre que l’absence d’une prise en charge rapide du malade l’a condamné à perdre ses membres comme a témoigné le médecin», appuie le rapport.

L’affaire Ibrahim Bello est le cas d’un jeune homme mal en point dont les jambes décharnées et des tuméfactions au niveau des mains ont ému la toile et suscité une vive polémique, laquelle fut aussi amplifiée par des discours sur des actes de torture par électrification posés par les éléments de la police de la ville d’Ombessa.

Face à ces révélations, la Délégation générale à la sûreté nationale (DGSN) avait réagi en niant toute torture infligée à Ibrahim Bello, et en imputant la putréfaction des membres du jeune homme à la vindicte populaire qu’il a subi des heures avant son interpellation.

D’après le témoignage du médecin qui a prodigué les premiers soins à Ibrahim Bello à Ombessa, le patient présentait «une plaie circulaire au niveau du poignet et de multiples autres plaies, une tuméfaction de la main gauche et  de l’ensemble des jambes et des pieds, une coloration moite, des brulures de second degré (au niveau des jambes, rapport)».

Mais, «son état ne permettait pas de savoir l’origine des brûlures», poursuit le médecin qui fait également état d’une «froideur au niveau des extrémités des orteils, une anesthésie totale au niveau des jambes et des pieds et une absence de pouls au niveau des deux membres.

Selon la mission d’observation et d’investigation de la CNDHL, les malheurs du concerné ont commencé le 05 février lorsque des habitants d’Ombessa l’arrêtent pour avoir «tantôt tenté de voler une voiture de marque Toyota Carina garée le long de la route» et «tantôt d’avoir voulu se servir dans la voiture». Dans la foulée, le voleur présumé âgé de 17 ans est roué de coups. Mais il est conduit au poste de police sur insistance du propriétaire du véhicule qui croyait à l’action d’un gang de voleur.

Deux jours plus tard, le plaignant retourne à Ombessa pour retirer sa plainte et confie avoir remarqué l’état de santé précaire du détenu. «On voyait bien que ses jambes étaient bien enflées». Au poste de police, les agents se défendent : «Il n’avait pas de problème. Il a d’ailleurs fait un tour aux toilettes avant de revenir ici au moment de sa remise en liberté (le 07 février). Il se déplaçait seul», indique le chef de poste cité dans le rapport.

Les autres témoignages mentionnés dans le rapport font état d’un jeune Ibrahim Bello abandonné dans la rue par des policiers, incapable de marcher. Il est pris en compassion par un boutiquier qui le conduit à l’hôpital et verse une somme de 15 000 Francs CFA pour les premiers soins.

Ibrahim Bello est aujourd’hui privé de ses membres inférieurs et de son bras gauche. Il bénéficie, à l’Hôpital central de Yaoundé, d’une prise en charge aux frais du gouvernement. L’inspecteur de premier grade Joseph Désiré Sack, soupçonné de l’avoir torturé, est détenu à Yaoundé. D’autres interpellations ont été enregistrées. Mais la société civile camerounaise n’entend pas arrêter là ses actions en vue de faire tomber tous les responsables de cette tragédie. C’est le cas de l’ONG Mandela Center qui aurait déposé une plainte au tribunal de Bafia.

Lire aussi: Affaire Ibrahim Bello : L’Hôpital central de Yaoundé entretient le mystère sur l’état de santé du jeune amputé


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