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Affaire Nestlé Cameroun: Les dessous d’une affaire complexe

Le conflit entre Nestlé et Codilait est né sur le besoin de protéger le consommateur, au final ce dernier n’a pas été pris en compte

L’affaire Nestlé cameroun, débute en 2001. Henri-Joël Tchamga, un bébé de 14 mois décède quelques jours après son admission dans une clinique. Totalement déshydraté, il souffrait aussi de violentes diarrhées. Les parents à l’époque ont affirmé être dépassés par la situation. Ils nourrissaient leur bébé exclusivement avec un nouveau produit dont Nestlé avait fait une grande publicité, le lait Gloria. Dans la même période, deux petits garçons se nourrissant eux aussi exclusivement du même lait de la marque Gloria sont admis en urgence dans la même clinique d’Edéa, eux ont survécu. Mais leurs parents, tout comme ceux d’Henri-Joël Tchamga, confient leur dossier à un prestigieux cabinet juridique en Suisse. A l’époque, l’affaire fait grand bruit sur le plan international. L’affaire semblait perdue d’avance. Pourtant, il y a eu des pressions folles sur les avocats et les journalistes pour que cette histoire ne sorte pas, accusait en ce moment maître William Bourdon, le président de Sherpa, un réseau de juristes qui soutient «les victimes de la mondialisation» face aux multinationales. C’est Sherpa qui a servi d’intermédiaire entre les familles camerounaises et le cabinet Lalive en Suisse. Lequel affirmait avoir le plus grand mal à obtenir les réponses les plus simples de la part de Nestlé. Pourtant les parents des victimes étaient persuadées que leurs enfants avaient été victimes d’un «faux» lait concentré contenant en réalité un substitut végétal difficile à digérer par de très jeunes enfants.

L’affaire Codilait débute lorsqu’à la fin des années 1990, Pius Bissek un entrepreneur camerounais, voit sa société de produits laitiers, la Codilait, frôler la faillite. Il enquête et découvre que certains de ses concurrents ont ajouté à leurs laits concentrés de l’huile de coco. Ce qui leur permet de casser les prix. Des faux laits, avec quasiment le même packaging et la même marque que des vrais laits, s’indigne Pius Bissek, qui porte plainte en 2002 pour concurrence déloyale contre une dizaine de ses concurrents, parmi lesquels le géant Nestlé, premier importateur de produits laitiers au Cameroun. C’est alors qu’il entend parler d’une étrange épidémie de diarrhées chez des bébés camerounais. Pour lui, les deux affaires sont liées. Une conviction partagée à l’époque par le professeur Hughes Nyame. Ce médecin rédige en 2004 une étude officielle à ce sujet. Depuis 1999, on a observé dans les services de pédiatrie une augmentation des cas de malnutrition. Après enquête, il est apparu que la plupart de ces enfants étaient alimentés par de faux laits concentrés sucrés écrit-il dans son rapport. La plupart de ces produits étaient apparus après 1994, année de la dévaluation du franc CFA qui perd soudain la moitié de sa valeur, provoquant une explosion du prix des importations. Et, notamment, celles de lait concentré. Nestlé dont la communication agressive avait déjà été critiquée aux Etats unis par des commissions relance la même stratégie au cameroun, avec le lait Gloria.

Le malaise de Nestlé dans le cadre de l’affaire
A l’époque interviewés par le journal français Libération, des responsables de Nestlé reconnaissent avoir mis sur le marché camerounais «entre 1999 et 2002» un «aliment lacté Gloria» avec de la matière grasse végétale, destiné «à des consommateurs à faible pouvoir d’achat ». Mais la compagnie considère n’avoir aucune responsabilité dans le décès d’Henri-Joël, ni dans les autres cas «d’intolérance» au lait Gloria. Car, pour Nestlé, les boîtes mentionnaient bien que «ce produit ne remplace pas le lait maternel». Selon la firme suisse, le consommateur aurait donc été averti. Problème, l’indication figurait en tout petit caractère et ne produisait pas le contre effet souhaité face à la campagne publicitaire bien orchestrée. D’un autre côté, alors que Nestlé se défend à l’époque de n’avoir pas conseillé son produit à l’exclusion du lait maternel, il avait demandé une exonération de TVA au titre de préparations alimentaires infantiles. La demande est refusée par les douanes camerounaises. Les autorités font venir au Cameroun deux inspecteurs de l’OLAF, l’office européen de répression des fraudes. En repartant à Bruxelles en avril 2002, ils promettent de renvoyer le rapport au cameroun. fin 2004, tous les produits Gloria ont été retirés du marché camerounais. Pius Bissek, lui, a gardé une boîte, qu’il pourrait utiliser lors du procès intenté à ses concurrents, prévu début 2008. Le gouvernement camerounais se joint à ce procès, et poursuit la firme pour fraude fiscalo-douanière. Selon les autorités camerounaises, le rapport de l’OLAF serait arrivé entre temps et confirmerait l’hypothèse d’une fraude. Mais en 2009, le ministère des finances se retire du procès, sans justifier son acte. Reste une interrogation, combien d’autres enfants ont été victimes de ce lait qui visiblement n’était pas de bonne qualité? Les victimes identifiées l’ont été parce que leurs cas ont été traités dans les cliniques privées, où il y a un suivi rigoureux. Mais, au Cameroun, la plupart des gens vont à l’hôpital public, ou bien meurent à domicile. Sans forcément se poser autant de questions. Sur le marché camerounais, de nombreux laits à base de graisse végétale sont commercialisés sans que ne se fasse une évaluation réelle des dangers encourus.


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