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Affaire Paul Eric Kingue: Doit-on craindre le syndrome tunisien au Cameroun?

La décision prise par cet ancien maire de se suicider ou s’immoler si ses revendications n’étaient pas respectées anime le débat politique

Un messager des autorités pour Paul Eric Kingue
Selon le quotidien Mutations, le responsable pour la région du Littoral au Cameroun de la direction générale à la recherche extérieure (DGRE), aurait rencontré Paul Eric Kingue. Sa volonté exprimée de s’immoler semble avoir été prise au sérieux par les autorités. Il y a quelques jours, Paul Eric Kingue a envoyé une lettre à l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun, lui demandant de saisir les plus hautes instances du pays, pour que soit examinée sa cause. « Depuis bientôt deux (02) ans, j’ai interjeté appel contre cette décision juridiquement non-fondée rendue à Nkongsamba. A ce jour, de renvois en renvois, nous en sommes rendus à la trente-septième (37ème) audience à la Cour d’Appel du Littoral », a-t-il écrit à l’adresse de l’ambassadeur, qui officiellement n’a pas encore réagi. Selon l’article paru dans Mutations, la rencontre entre l’ex maire et le responsable de la police politique aurait été courtoise. Ce dernier se serait informé de la situation et des raisons de sa volonté de s’immoler. « Je souhaite que le dossier de l’affaire de détournement de 1.4 millions FCFA à la mairie de Njombé soit ramené de Nkongsamba et que cette affaire soit jugée sans pression politique. Ce n’est qu’à cette condition que je peux revenir sur ma décision» a fait savoir Monsieur Kingue. L’affaire Paul Eric Kingue débute avec son arrestation en février 2008, suites aux émeutes dites de la faim. Il sera ensuite jugé pour des faits de détournement de fonds dans sa mairie. Ce que bien sûr, il conteste totalement. « Je suis prêt à solliciter une condamnation à vie s’il m’est prouvé, même par un simple « papillon », que j’ai perçu, obtenu ou retenu le moindre centime de Francs à la commune dont j’avais la charge. Je ne demande que justice et rien que saine justice », a-t-il écrit à l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique.

Dans ses deux lettres, Paul Eric Kingue fait planer la menace réelle du spectre tunisien. « Je voudrais rappeler que je suis un homme jusqu’ici adulé par mes populations et plusieurs autres camerounais qui ont mal à leur chair de voir détruire injustement ma vie, dans l’indifférence totale des autorités de Yaoundé, sensées pourtant protéger les citoyens camerounais quels qu’ils soient », a-t-il fait savoir. De nombreux facteurs peuvent lui donner raison, et le déplacement d’un membre de la police, indique que les autorités sont prudentes. Paul Eric Kingue du temps où il était maire, a très souvent rapporté des faits de violation impliquant des entreprises françaises exploitant l’agriculture dans sa région de compétence. Des initiatives qui logiquement ne lui auraient pas fait que des amis. Dans l’esprit de l’opinion, l’affaire prend la forme d’un camerounais enfermé parce qu’il s’est opposé à des français, dont on sait que la côte de popularité en Afrique francophone n’a cessé de décroitre, en raison d’une gestion politique de ses rapports avec l’Afrique très critiquée. Les situations ivoiriennes et tunisiennes contribuent aujourd’hui à renforcer ce sentiment. De même, depuis quelques temps, de nombreux messages circulent sur le réseau social facebook, invitant à une mobilisation contre l’ingérence française en Afrique. Enfin, la situation économique du pays reste très morose. Le ministère du commerce à critiqué de récentes hausses des prix, mais des observateurs attribuent cela à du théâtre. « La solution ce n’est pas de nous indexer un coupable de la hausse des prix, la question est beaucoup plus profonde, et traduit l’incapacité du gouvernement à résoudre le problème des populations », a fait remarquer un observateur.

Doit-on craindre le syndrome tunisien au Cameroun?
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De nombreux observateurs restent sceptiques quant au succès de la révolution tunisienne dans d’autre pays, notamment au Cameroun. Certes, comme la Tunisie, l’une des réussites du gouvernement camerounais est aussi l’un des ingrédients potentiel de sa fragilité. Le taux d’instruction assez élevé au Cameroun, pourrait tout aussi desservir le régime en place, dans le cadre d’un soulèvement politique, on l’aura remarqué avec la crise ivoirienne, qui a animé toutes les conversations, même parmi les revendeuses dans les marchés. Mais le Cameroun n’est pas la Tunisie. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui y ont joué un rôle important dans le soulèvement des jeunes, ne sont pas très développées au Cameroun, et le potentiel de la jeunesse camerounaise en la matière se cantonne globalement plus à leurs utilisations finales, qu’à leur instrumentalisation. De même, la Tunisie au cours de son évolution a connu un fort accroissement des populations urbaines, avec les contraintes que cela peut entrainer en termes de chômages, et de frustrations. Enfin, on retiendra aussi que l’armée a joué un rôle fondamental. En restant passive, elle a soutenu à sa manière, la révolution tunisienne. Au cameroun, la situation est toute autre. Elle s’est toujours montrée très proche du pouvoir, annulant toute tentative de soulèvement (Commandement opérationnel, émeute de février 2008). Enfin pour que l’exemple tunisien soit repris par d’autres, il faudrait qu’il montre son efficacité. Or actuellement c’est un peu le désordre. La majorité des camerounais a encore en mémoire toutes les initiatives de soulèvement qui se sont achevés dans les bains de sang et par la suite, la trahison politique des leaders de l’opposition (UPC de Kodock, UNDP de Bello Bouba et d’Issa Tchiroma et aujourd’hui le SDF de John Fru Ndi). Le gouvernement camerounais possède donc de bonnes cordes, mais l’équilibre reste fragile. Autant il y a eu une exception tunisienne, autant il peut y avoir une exception camerounaise.


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