International › AFP

Affaire Skripal : l’UE tente de resserrer ses rangs face à Moscou

Theresa May tentait jeudi d’obtenir l’appui unanime de ses partenaires européens pour condamner le rôle attribué à Moscou dans l’empoisonnement d’un ex-espion russe en Grande-Bretagne. Mais la partie n’est pas gagnée pour la Première ministre britannique.

« L’incident de Salisbury s’inscrit dans le cadre des attaques menées par la Russie contre l’Europe », a accusé Mme May à son arrivée à Bruxelles pour un sommet européen au cours duquel elle va plaider pour une position unie de l’UE et une condamnation commune à tous de la Russie.

Le ton ne cesse de monter entre Londres et Moscou. Le dernier clash est survenu quand Boris Johnson, le chef de la diplomatie britannique, a comparé la Coupe du monde de football organisée par la Russie en juin et juillet aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936 sous Hitler.

« Cette déclaration est insultante et inacceptable », s’est insurgé le ministère des affaires étrangères russe. L’ambassadeur de Russie à Londres a pour sa part assuré que tous les supporters britanniques seraient en « totale sécurité » durant leur séjour en Russie, en réponse à une demande expresse de M. Johnson.

Les capitales européennes sont divisées sur l’attitude à adopter face à Moscou. Le camp des « durs » est partisan du langage fort, qui estime qu’il n’y a pas d’autre explication plausible que la responsabilité de la Russie.

Le président français Emmanuel Macron est sur cette ligne. Avec le président américain Donald Trump, ils ont réaffirmé mercredi lors d’un échange téléphonique « leur solidarité avec le Royaume-Uni après l’utilisation par la Russie d’armes chimiques contre des individus sur le sol britannique ».

Ils « sont tombés d’accord sur la nécessité de prendre des mesure pour que Moscou rende des comptes », a indiqué l’exécutif américain.

La présidente de la Lituanie, Daria Grybauskaité, est également sur cette ligne et a annoncé que le pays balte allait expulser des diplomates russes.

« Tout n’est pas européen. Chaque Etat peut prendre des mesures nationales », a réagi un diplomate européen.

Et plusieurs Etats ne sont pas sur cette position. La Grèce, l’Italie, Chypre et l’Autriche sont réticents à une escalade des tensions avec la Russie de Vladimir Poutine, réélu triomphalement dimanche pour un quatrième mandat.

« Nous devons exprimer notre solidarité avec la Grande-Bretagne, mais en même temps, il faut enquêter, nous devons être très responsables dans la gestion de cette affaire », a déclaré à son arrivée le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

« Nous sommes tous avec la Grande-Bretagne, mais je suis juriste de profession et donc je vais d’abord écouter Theresa May et ensuite en tirer les conclusions », a pour sa part commenté le Premier ministre du Luxembourg Xavier Bettel.

« C’est une affaire très sensible. Nous devons la traiter avec prudence et collectivement. Ils ne faut pas tirer trop vite », résumait un diplomate européen.

-Une affaire « très grave » –

Londres a expulsé 23 diplomates russes, présentés comme des agents du renseignement « non déclarés » pour sanctionner Moscou, accusé d’être responsable de l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal et sa fille Ioulia le 4 mars à Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre).

La Russie a répliqué par l’annonce de l’expulsion d’un nombre équivalent de diplomates britanniques, et la cessation des activités du British Council en Russie.

Mais sans preuves tangibles contre Moscou, les velléités de Mme May à Bruxelles pourraient rester sans réponse, avertit un diplomate.

« Pas question de changer le langage. Il n’y a pas de raisons », a fait savoir une source diplomatique d’un pays opposé au durcissement de la position des 28.

Le président Macron s’entretiendra sur ce sujet avec Theresa May et la chancelière Angela Merkel.

« L’affaire est très grave. Elle doit sonner l’alerte pour l’Union européenne », ont estimé plusieurs responsables européens à la veille du sommet.

« Il faut voir comment nous préparer aux conflits hybrides et à la doctrine russe qui consiste à engager une sorte de harcèlement qui reste toujours en-dessous du seuil », a expliqué l’un d’entre eux.

– Commerce, Brexit et zone euro –

Mais, faute de preuves, les dirigeants européens ne devraient pas discuter de nouvelles sanctions contre Moscou.

La Russie est déjà sous le coup de sanctions économiques décidées en 2014 pour punir l’annexion de la Crimée et le soutien présumé de Moscou aux séparatistes dans l’est de l’Ukraine.

Les relations avec elle seront discutées lors du dîner jeudi.

Les échanges de jeudi après-midi portaient sur la politique commerciale, avec la décision du président américain Donald Trump d’imposer des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium.

Les Etats-Unis ont accepté jeudi les demandes pressantes de l’UE de l’exempter de cette mesure qui vise essentiellement les surcapacité de la Chine.

La seconde journée du sommet, vendredi, sera consacrée à une discussion à 27, sans Theresa May, sur la future relation post-Brexit avec le Royaume-Uni.

Elle sera suivie, en format encore plus réduit, par un débat entre les 19 pays membre de la zone euro sur l’avenir de l’Union économique et monétaire (UEM).

À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut