Afrique Centrale, l’état d’urgence

Par Georges Njamkepo, expert consultant International

La grande fumisterie
Clôturée par une grille sans fin, quadrillée par des hommes en tenue qui se surprennent à croire qu’ils sont des militaires mais dont la présence a l’avantage de rappeler qu’il y a peut-être de l’activité au fond de la cour, bâtiment vétuste aux allures de gouvernorat colonial, murs poussiéreux, plancher érodé, baies vitrées ayant totalement perdu leur éclat, personnel fatigué, indolent et nonchalant, cette institution qui se voulait le symbole de l’Afrique Centrale triomphante ressemble désormais à une bête immonde, un éléphant repu qui estime n’avoir rien à prouver au reste du monde.

Grande fumisterie, escroquerie intellectuelle à la dimension d’un continent, cimetière des ambitions d’intégration régionale, cette institution a été créée pour accélérer la mise en commun des ressources de la sous région, le partage et l’aplanissement des problèmes de la nation Afrique Centrale, mais de politiques à politiciens, de diplomatiques à courtisans, les sommets se suivent et se ressemblent, au gré des luttes de positionnement et du mouvement des chaises musicales usées par la succession des nombreux locataires, de plus en plus lourds, de plus en plus exigeants pour leurs ventres et leurs bas ventres et où se relaient les hiérarques des pays composant cette institution, sans fil conducteur, sans vision aucune.

Chacun aura compris qu’il s’agit ici de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), un autre machin, un conglomérat que dis-je, un ramassis de fonctionnaires qui n’ont jamais su se mettre ensemble pour prendre une décision et régler un problème.

…et le nouveau riche du coin ou plutôt l’ancien pauvre de la région devenu désormais Koweït du Golfe de Guinée cherche, en mettant en avant ses pétrocfa, à imposer sa loi, celle de celui qui a une revanche à prendre sur la vie, celle de celui qui veut assouvir son appétit de pouvoir.
…et pendant ce temps, il faut faire chanter et danser le peuple et fort dépourvues, les populations se meurent sous la pluie battante et dans le tintamarre du silence assourdissant des gouvernants dont l’oisiveté intellectuelle et philosophique n’a d’égal que le gouffre dans lequel il n’est plus possible de ne retrouver que corruption et prédation, nous risquons de réussir à bâtir la destruction…

Nous avons enfin compris que ceux qui dirigent la sous région, ces fonctionnaires grassement payés à ne savoir que faire de leurs journées, n’ont jamais eu le commencement d’une vision, le début d’un éclair de génie et par voie de conséquence, ne savent plus par quel bout prendre le problème, par quel fil il faudra dérouler et démêler l’écheveau, cet enchevêtrement de problèmes socio économiques et politiques, dans ce désordre et cette confusion généralisée des rôles de chacun.

La fin du rêve, serait-ce une malédiction ?
Du conflit d’autorité, à l’incompétence avérée et notoirement reconnue, depuis la fin des certitudes et des espérances initiées par les rêves d’indépendance en 1960, au début de la désespérance d’un peuple qui se morfond d’avoir attendu avec espoir et qui se retrouve devant ses amères désillusions, nous avons tous pris acte, nous avons fait le constat, la violente expérience d’assister à la dégradation progressive de notre propre humanité.

…Qu’avons-nous fait pour subir ce traitement, de quelle malédiction relève-t-on, de quel sombre dessein sommes-nous les tenants, pourquoi s’imposer le châtiment de l’auto flagellation, quelle épreuve devons-nous subir pour qu’enfin le martyr cesse, pour qu’enfin l’humanité de notre forêt équatoriale se réveille, qu’elle ait envie de faire autre chose que de vivre au quotidien de la chasse et de la cueillette?

…Sommes-nous alors devenus seulement les simples spectateurs de nos malheurs et de nos propres vies, sommes-nous les voyeurs de notre misère intellectuelle, paralysés jusqu’aux contreforts de nos cerveaux, incapables d’inventer une soif d’avenir, une envie de rêve, un rêve d’espoir pour nos enfants, sommes-nous désormais incapables d’apporter un faisceau de lumière dans cet obscurantisme, cette nuit noire qui prend sa source en plein jour, sous l’atroce chaleur du soleil à son zénith, sommes-nous à ce point primitifs que l’envie d’avoir envie nous est absente et étrangère, l’envie d’avoir de l’avenir nous échappe et l’envie de vaincre nous est inconnue, sommes nous si éloignés du chemin de la paix, de la victoire au point où, étendus dans la prairie, les guerriers, la défaite en eux, estiment ne plus devoir démarrer la bataille, vaincus et sinistrés qu’ils sont d’avance par le poids des armes qu’ils transportent…

. Sommes-nous enfin, les esclaves de notre absence d’ambition pour notre nation équatoriale au point où les chaînes verrouillées, les clés des menottes jetées au fond du précipice, nous précipitent dans ce profond ravin, tellement profond que ceux qui assistent libres à la scène et veulent nous aider à en sortir ne trouvent pas en eux le ressort de chercher l’échappatoire qui permettra de tirer la soupape et de soulever le couvercle du chaudron maudit dans lequel nous nous sommes enfermés, étouffés par nos instincts primitifs, entrain de cuire et dégageant un fumé nauséabond composé des restes de nos crimes, nos parricides, nos infanticides, nos nationcides,.

Avons-nous peur de bâtir et d’être dans une cohérence objective, avons-nous peur de croire que nous pouvons, que nous avons le pouvoir, que ce pouvoir nous appartient et qu’il ne nous reste plus qu’à en faire ce que nous souhaitons, avons-nous peur de notre ombre qui de temps en temps nous fuit, disparaît au détour du chemin, ne comprenant pas l’itinéraire que nous avons entrepris de suivre ???

Nous sommes pourtant libres de construire notre destin.
NON, au grand jamais, nous sommes des hommes libres et pour beaucoup de bonnes m urs, nous sommes des hommes de bonne volonté, nous sommes des hommes et des femmes porteurs d’avenir, nous avons parcouru le monde pour apprendre à travers les autres et avec les autres nations, à mieux nous connaître et à nous tenir debout, à fixer et conserver notre verticalité, conquérants face à l’adversité, à lutter tous les jours pour un meilleur avenir de l’humanité tropicale, nous avons appris à être citoyens de notre ville et de notre nation, nous avons appris à bâtir.

Mais non, nous avons omis de nous attacher tout au long de notre parcours, les valeurs d’élitisme et de fierté qui font de l’homme sa grande différence avec l’animal, nous avons simplement oublié de cheviller à nos esprits, cette volonté politique sans laquelle rien n’est possible, cette volonté d’humanité, de fraternité et d’amitié, cette envie d’amour qui détient le pouvoir de briser les chaînes et d’ouvrir les esprits au-delà de la connaissance, nous avons oublié de valoriser les valeurs immatérielles que nous devons promouvoir autour de nous et pour nos enfants, ces valeurs qui donnent de l’épaisseur et permet de distinguer nature et culture, nous avons oublié cette question lancinante qui s’impose à l’universalité de notre condition d’hommes et de femmes, parce que sous les tropiques, nous avons oublié que c’est aussi depuis quelques années, l’ère du verseau.

Non et non, trois fois non et définitivement, la défaite, nous ne l’avons pas en nous, si nous retournons à la source de nos traditions, si nous fouillons dans le tréfonds de notre humanité, nous découvrirons que sous tous les cieux, il y du bonheur à construire, il y a de l’enthousiasme à partager et à donner la vie, que tout n’est pas question d’intérêts, mais que l’intérêt finalement, n’est qu’humanité entre les hommes et les femmes, que la profondeur de nos difficultés n’a d’égal que le gouffre de notre absence d’humanité, nous découvrirons que la vie n’est pas que gazouillements de nouveau-nés, mais que la vie est un long chemin initiatique à parcourir, une montagne à gravir, une progression, une coulée impétueuse, incandescente et torrentielle qui se jette dans le delta de notre humanité.

Georges Njamkepo
Journalducameroun.com)/n


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