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Afrique: et si les «immigrés» etaient masochistes ?

Par Cédric Christian Ngnaoussi Elongue, Enseignant/Blogueur

Avant le XVème siècle l’Afrique était prisée mais après elle a commencé à être méprisée et est devenue la risée des autres continents. Ses enfants loin de vouloir la soutenir l’abandonne. Elle est tellement exsangue et au bord du gouffre que ces derniers risquent tout pour la quitter. On croirait qu’Hadès y a installé son royaume ! Et pourtant !

Lugubre constat.
Combien de vies perdues dans les traversées de désert, dans les trains d’atterrissage d’avions sans oublier celles ravagées par les vagues impitoyables de la Méditerranée représentant le chemin vers l’espoir d’une vie meilleure ? Que ce soit par voie maritime, aérienne ou terrestre, des milliers de jeunes sont prêts à tout et se ruent comme des termites (parasites) vers l’Occident chaque jour. On croirait l’Afrique victime d’une Peste.

Combien de familles disloquées, attristées et déboussolées suite au départ de leur fils, père, frère vers l’Etranger ? Combien de campagnes médiatiques annoncent et dénoncent les conditions précaires des immigrés à l’Occident ? Des images d’hommes, de femmes et d’enfants, terrorisés par les gardes côtes, terrassés par le froid, affamés, esseulés et désorientés à bord des navires « de fortune » à la quête d’une éventuelle fortune. Les miraculés font face à des problèmes de sécurité sociale et professionnelle insurmontables.

Combiens de récits de témoignages d’aventures échouées de nos s urs, amies, mères, cousines avons-nous déjà écoutés ? Les candidates au mariage y sont tombées sur des proxénètes, se retrouvant à faire de la prostitution pour pouvoir manger, se retrouvant violées moralement et sexuellement, se retrouvant déshumanisées et humiliées en ayant des rapports avec des animaux.. Quelle tragédie humaine ! Et nos frères. Ils y côtoient et tutoient la galère, la misère et y vivent tel des hères. Tel des animaux, ils sont constamment traqués, matraqués, débusqués et emprisonnés (parfois sans jugement). Les plus chanceux sont expulsés comme des troupeaux de bêtes contaminées que l’on refoulerait à l’abattoir. La politique de lutte contre l’immigration s’est désormais réduite aux moyens de répressions contre celle-ci.

Combien de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur se retrouvent comme gardiens de nuit ou femmes de ménage ? Combien de jeunes, se plaignant de pauvreté, déboursent des millions pour aller « tenter leur chance » vers l’Etranger ? Combien d’africains seraient prêt à tout abandonner ou à tout vendre s’ils étaient sûrs d’avoir un visa pour l’occident ? » Nombreux, nous le savons sont ceux qui seraient prêts à le faire. C’est vrai et c’est ça la tragique et froide réalité ! Face à cette croissance dangereuse du phénomène migratoire, on est à même de se demander : Quelles sont les véritables raisons qui poussent les jeunes africains à immigrer clandestinement ? Ces derniers ont-ils raisons ou torts ? J’ai donc essayé de comprendre les vraies raisons qui pourraient justifier cette course vers l’occident de la jeunesse africaine. Et le premier constat auquel je suis parvenu est d’ordre psychologique : il s’agit, non pas d’un problème économique ou politique mais d’un obstacle psychologique. En effet, au regard des paradoxes sus évoqués l’on est forcé à se rendre compte que les facteurs intrinsèques pouvant justifier cet attrait maladif vers l’Etranger réside dans les mentalités c’est-à-dire la force d’attraction de l’imaginaire, des images et des représentations que les africains ont de l’Etranger. Si tel n’était pas le cas on pourrait penser que la jeunesse africaine est sadomasochiste. Le serait-elle par ailleurs ?

Immigration et masochisme.
Le masochisme est la recherche du plaisir dans la douleur. De même l’Africain recherche l’Ailleurs (plaisir) dans la douleur. Cette douleur peut être psychologique ou physique. Elle est psychologique à travers les récits (mensonges) que ceux qui y vivent déversent chez ceux qui sont restés au pays. Ils créent ainsi une excitation voire une incitation à vouloir aller Là-bas. Cette douleur morale s’amplifie avec la séparation des familles et le début du voyage. Durant ce dernier, la douleur physique est visible à travers la traversée du désert dans des conditions inhumaines ou la traversée de la méditerranée dans des conditions insupportables.

Les pratiques sadomasochistes sont fondées sur un contrat entre deux parties : un pôle dominant et un pôle dominé. L’échange contractuel utilise la douleur, la contrainte et l’humiliation ou la mise en scène de divers fantasmes dans un but érogène. En rapport avec la migration africaine, on comprend très bien que l’Ailleurs est considéré comme le pole dominant. Les africains sont donc doloristes. Une fois Là-bas, ils acceptent une fois de plus de nombreuses contraintes afin de se faire accepter et intégrer le pays d’accueil. Malgré cela il n’en demeure pas moins qu’ils sont continuellement victimes des pires humiliations et discriminations mais passivement se résignent. Le masochiste est celui qui, dans la vie de tous les jours, « tend toujours la joue quand il a la perspective de recevoir une gifle » (Sigmund Freud, Névrose, psychose et Perversion). L’immigré quant à lui, risque toujours sa vie dans la perspective de réussir sa vie. Heureusement, ils sont aidés en cela par ces marchands de la mort qui généreusement les conduisent à la dérive ! Et aussi ces policiers insensibles qui chaleureusement les piétinent, les matraquent et les animalisent joyeusement ! C’est en fonction de l’estime ou de la perception qu’on a de soi que les autres nous perçoivent également. Si vous bradez vos vies, bravo ! les océans ne se lasseront jamais de s’en emparer. Et parfois même gratuitement !

Paul-Laurent Assoun dans ses Leçons de psychanalyses sur Le Masochisme démontre que, le masochiste se met en scène en se plaçant dans « la gueule du lion de la castration ». Il est même prêt à y laisser « la peau des fesses », dit-il. et il poursuit, [ « c’est là qu’il acquiert ses grades de champion. (…) D’être systématiquement perdant ne l’empêche pas, mais plutôt le fonde, en son « mythe individuel » et à se vouloir « magnifique ».] Il est « déchet royal de l’Autre » (…) Victime triomphante à lui revient la palme du martyr. Et il devient témoin héroïque « de la Passion de la castration. Ces propos résument à merveille l’attitude de la jeunesse africaine vis-à-vis de la migration. En effet, certains idéalisent l’Ailleurs qui serait « Canäan », la terre promise, où coule le lait et le miel. Et comme ce fut le cas pour le peuple juif conduit par Moise dans le désert, ils sont prêts à tous les sacrifices pour y parvenir. Une excitation infantile anime ces immigrés qui parfois, bien qu’étant encore en Afrique, fantasme déjà sur un futur ou un avenir hypothétique. D’autres vont jusqu’à faire des promesses de mariage, contractant des dettes, ou se clamant de « benguiste » avant même d’avoir entrepris le voyage. Les conséquences de ces départs sont immenses. Nous assistons donc passivement à une perte en capital humain, culturel et économique.

Un problème de mentalités
Sigmund Freud tout comme Frantz Fanon s’accordent sur le pouvoir de la pensée dans la détermination de l’agir et du faire des individus. Alors, si la pensée est malade et constipée, c’est tout l’organisme qui est par conséquent attaqué. Ainsi si comme nous venons de le démontrer le problème de l’immigration est davantage d’ordre psychologique, c’est là qu’il faudrait chercher les mécanismes pour démanteler et déconstruire ce sentiment d’infériorité que l’on continue à noter auprès des africains.

L’essentiel de la mentalité africaine est formaté sur un modèle externe. Pour nous, PARIS rime avec PARADIS, l’AILLEURS se trouve être le synonyme de MEILLEUR, LOIN devient le voisin de BIEN, EUROPE s’ouï comme HOPE, MARSEILLE et OSEILLE ne font plus qu’un ! Nous avons des africains qui maitrisent mieux la géographie, l’histoire et les présidents étrangers que ceux de leur propre pays. Alain Mabankou en fait d’ailleurs une satire ironique dans son roman Bleu, Blanc, Rouge avec Massala-Massala, qui voulant imiter, son ami Charles Moki qui étalait sa richesse au pays, ira à Paris mais y sera plongé dans un univers froid, glacial et impitoyable où les plus forts mangent les plus faibles.

C’est justement pour éviter de cultiver et d’entretenir l’idée d’un ailleurs idyllique que je recommanderais à toute la communauté diasporique de bien vouloir être franc, honnête et sincère dans leur rapport avec ceux restés au pays. D’arrêter de leur faire miroite une vie idyllique, de les amener à comprendre que la réussite se trouve dans l’effort. Un adage de chez nous dit clairement que la vraie magie c’est le travail. Le bonheur n’est point une donnée complète et suffisante en elle-même, il se construit, est relatif et évolutif. Il est toujours là près de nous mais nous refusons de le voir. Nous regardons très loin et finissons pas le perdre de vue. Savourons l’instant présent et laissons le temps au Temps.

Que faire ?
La question de l’immigration se pose en une problématique à laquelle il serait difficile de trouver une réponse facile et aisée. La première chose à faire est dans l’éducation qui aura la lourde tâche de démythifier l’Ailleurs. Du fait du mythe que les africains ont de l’occident, les immigrés deviennent eux-mêmes des « mythes ». Les mentalités colportent des images, représentations et attitudes qui façonnent notre manière d’être et de faire. Pour déconstruire donc les mentalités, il faudrait procéder par identifier les pôles d’émission et partant les constructeurs de l’imaginaire tant africain que de l’ailleurs. Pour ce qui est de l’Afrique, on notera que l’image médiatisée du continent se réduit aux guerres, à la pauvreté, aux maladies, à la dictature.Il faudrait donc parvenir à constituer de véritables pôles de traitement et de diffusion d’informations sur l’Afrique et en Afrique. Bien que cette lourde entreprise ait déjà été initiée de façon sporadique dans certains pays, il n’en demeure pas moins que les principaux canaux de réception sont monopolisés par les médias étrangers qui modifient donc ainsi considérablement non seulement l’image de l’Afrique mais aussi celui de l’Ailleurs.

Ensuite, une forte implication des pouvoirs publics africains qui doivent créer une stabilité intérieure et un cadre politique et économique propice afin d’encourager les expatriés à revenir implantés les compétences acquises au profit du Continent. En réalité, l’Africain sait pertinemment que la vie « en métropole » n’est pas facile, et resterait volontiers en Afrique si les opportunités d’emploi ne s’étaient singulièrement réduites sous la pression de politiques d’ivoirisation, de gabonisation, de camerounisation etc. Il rêve donc d’aller crapahuter ailleurs, faute de trouver à s’employer chez soi ou dans un pays voisin. Les politiques africaines « d’africanisation » sont alors les meilleures garanties de la pérennité d’un discours xénophobe d’un Le Pen ou d’un Sarkozy.

La jeunesse africaine ne rêve plus, n’entreprend pas (sinon pas assez), se contentant de gémir, d’attaquer l’Etat, le rendant responsable de tous leurs maux. Je n’occulte point la responsabilité de l’Etat dans ce phénomène mais de nombreux jeunes oublient qu’avant de demander ce que la Nation a faite pour toi, l’on devrait au préalable se demander ce qu’on a fait pour la Nation. (John Kennedy) Cette déresponsabilisation est le commun des africains qui depuis la colonisation et la traite se plaisent dans une identité victimaire. Se réjouissent des aides au développement, oubliant qu’on ne développe pas mais qu’on se développe (Joseph Ki-Zerbo).

Je ne suis point contre l’immigration mais qu’elle se fasse dignement et honorablement. Arrêtons de nous humilier, de nous rabaisser aux yeux du monde. Car avec la mondialisation et la révolution numérique, un simple fait solitaire ou singulier peut être très rapidement diffusé à l’échelle planétaire. Par conséquent, avant de te lancer dans l’immigration clandestine ou de poser n’importe quel acte, faudrait essayer un tant soi peu d’imaginer les retombées de cette action sur l’image de ta famille, ta Nation et surtout celle, déjà suffisamment ternie, de l’Afrique.


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