Afrique, le grand capharnaüm continue

Par Georges Njamkepo, Consultant International

C’est ainsi qu’un jour, un occidental demanda à Dieu pourquoi il avait enfoui tant de richesses, toutes les richesses sous la terre du sous continent noir. Et dieu lui répondit : « Tu va voir la bande de tocards que je vais mettre au-dessus. ». Il semble que désormais, nous donnons raison à cette sentence qui veut que nous ayons vocation à être pauvres et misérables, à le rester jusqu’à la fin des temps.

L’euphorie des années d’indépendance
On veut nous faire croire que c’est compliqué, qu’on gère des choses éminemment importantes qui ne sont pas à la portée du citoyen moyen, l’UA a même créé un certain comité ad-hoc de très haut niveau (rires.) pour gérer la crise libyenne, je vous assure je vous rassure, le schéma est plus simple. Faisons un peu d’histoire. Après les années triomphantes de l’Afrique indépendante mais qui n’auront finalement duré qu’un petit printemps euphorique, la lourde réalité de la question du développement a fini par être posée et à s’imposer aux dirigeants du continent. Dans ces années de brume sèche, suivant la démarche consacrée, le débat sur l’essence et l’existence de l’Afrique portera sur un sujet que nous savons désormais d’une importance dérisoire. Fallait-il s’aligner sur l’un des blocs idéologiques de la planète et sur la base de quel critère ce choix devait-il être fondé ? Juste pour cette envie de débat qui nous tient tous aux tripes, les africains ont l’art de choisir de se poser des questions auxquelles il n’y aura jamais de réponse du style, quel est le sexe des anges, alors qu’à quelques encablures de leur maison, il y a la misère et le peuple qui meurt de faim, il n’y a pas d’eau potable et presque pas d’humanité. Finalement, cette grande question sans réponse nous aura valu la disparition des indépendantistes comme Patrice Lumumba, Félix MOUMIE, UM Nyobé.. et les autres, sans oublier les exilés politiques, pestiférés, prisonniers et autres bannis de la nation pour cause de subversion contre les grands camarades du parti. C’est le premier faux départ du continent qui entraînera un chapelet de coups d’état, de putschs, d’assassinats politiques, de complots, de nuits des longs couteaux et autres violentes joyeusetés, parce que si on s’était concentrés sur les problèmes essentiels, il n’y aurait jamais eu pour beaucoup, la convoitise du pouvoir, tellement la tâche était ardue.

En 2011, plus de 50 ans plus tard, nous n’avons toujours pas la réponse sur ce choix entre communisme et capitalisme que certains présentait comme déterminant, mais ce dont nous sommes sûr par contre, c’est l’absence de lumière sous les rayons ardents du soleil qui brule à midi et cette intense obscurité, cet immense obscurantisme que les deux générations ont traversé et qui ont présidé aux destinées du continent. Et on veut nous faire croire que tout est normal, que l’Afrique avance et qu’elle a enfin trouvé son rythme de croisière, on veut nous faire croire que tout est « under control » alors qu’au quotidien nous avons fait ensemble la preuve que nous étions incapables de tenir une ligne de conduite. Ainsi, la première génération de dirigeants pourrait bénéficier de circonstances atténuantes concernant ce vaste gâchis, ce furent des autodidactes souvent analphabètes qui découvraient le pouvoir, les lambris et délices des palais de la République, ils avaient néanmoins pour eux, chevillé au corps, l’envie de bien faire, l’attitude de l’homme d’état, la responsabilité et la fierté de celui qui ne veut pas, malgré sa grande méconnaissance des rouages, joncher son parcours d’erreurs fatales au bien commun, ils naviguaient avec en eux la notion du service public. Cette époque nous aura permis d’assister à la naissance d’une conscience des nations et la volonté d’une intangibilité des frontières coloniales, fut-elle ténue, la posture des dirigeants laissaient augurer d’un avenir de qualité pour le continent, à l’image de la Chine qui démarrait son parcours exactement dans les mêmes conditions que l’Afrique. L’histoire retient que la Chine nous a démontré qu’il fallait se taire et travailler pour avancer. Et puis un matin, patatras…

La fin des certitudes
Malgré toutes les formations, diplômes et titres, séminaires et journées d’études, voyages de recherche et découvertes, missions exploratoires et visites officielles, visites privées et vacances au bord de la mer, les nouveaux dirigeants, ceux des années 80 n’ont eu ni le charisme, ni cette vision qui aurait pu faire décoller l’Afrique sur le plan économique et social. A propos de dirigeants, le Cameroun est un cas particulier en battant plusieurs records mondiaux en marge de celui de la corruption, c’est le pays qui compte parmi les membres de son gouvernement, le plus grand nombre au monde, de doctorats et de diplômés d’agrégation en tous genres au mètre carré, nous prouvant ainsi que le diplôme n’a de valeur que par la personne qui le détient et non du simple fait de son existence. Avis aux jeunes étudiants, suivez mon regard et trouvez l’erreur. Après les rhétoriques et bavardages en tout genre, discours lénifiants, battages médiatiques et verbiages marathon, après la litanie des programmes de développement ponctués par des pluies de motions de soutien de villageois à la recherche sa route bitumée, tout s’est transformé en festivals digestifs et rencontres récréatives, orgies, enrichissement sans cause, récupération de prébendes, atteintes à la fortune publique, détournements de fonds et deniers publics, escroqueries, abus de confiance… aggravés, prises illégales d’intérêts enfin, une kyrielle d’actes anti républicains perpétrés par un gang de petits bonimenteurs transformés pour l’occasion en détrousseurs de la veuve et l’orphelin. La liste est longue, une bible ne serait pas assez épaisse pour l’énumération exhaustive des actes de brigandage que l’Afrique a connus du fait de ses dirigeants. L’Afrique momifiée, muette et aphone est morte à l’aube de la création de monstres comme l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) et ses démembrements, syndicats de potentats, des trucs, des machins ayant pour mission essentielle d’accueillir les cadres indésirables dans leur pays, un vrai jeu de chaises musicales.

La théorie des cousins
Quand on fait le bilan de ces organisations il n’y a rien qui puisse être dit en faveur et ce n’est que normal, sans objectifs prédéfinis, vous ne pouvez demander des résultats. L’incapacité des pays africains à résoudre leurs problèmes donne ainsi à l’occident l’opportunité d’asseoir sa suprématie dans cette guerre pour le leadership du monde en conditionnant les opinions et en encourageant à tout va, l’ingérence humanitaire au nom d’une soi-disant conscience universelle. De fait, les Africains qui n’ont jamais eu aucune position commune sur tout et rien, complexe de l’occident aidant et pour certains l’anxiété face au blanc, se voient imposer la résolution 1973 de l’ONU, dernier exemple en date des avatars de la coopération internationale. Quelle honte, la crise ivoirienne leur est restée entre les mains comme une patate chaude et ils en appellent désormais à l’ONU pour faire le travail à leur place. La Côte d’Ivoire se plaint d’être traitée par la France comme une sous-préfecture de l’administration française. Mais, ne nous y trompons pas, c’est réellement une sous-préfecture de la France quand on sait qu’au lieu de consulter ses homologues et interroger ses collaborateurs, le Président de Côte d’Ivoire se tourne vers Paris pour lancer une étude sur le plan directeur d’urbanisation de la ville d’Abidjan. il en est ainsi pour les autres pays, on a assisté simplement pendant 50 ans, à la mise sous tutelle des pays africains avec la bénédiction de leurs dirigeants. S’il est notoire que tous ces chefs d’états africains et leurs attelages ne savent vraiment plus où donner de la tête, le cas le plus poignant est celui de l’Afrique centrale, la sous région qui tire l’Afrique vers le bas avec la CEMAC comme bateau amiral, un capharnaüm, un ramassis d’individus appelé par abus de langage « hauts fonctionnaires », une immense quincaillerie, une organisation qui n’a jamais pris la moindre directive et qui confirme tous les jours au demeurant, la théorie des cousins, leur absence d’éducation, une caravane qui erre en perdition dans les sables du désert, leur appétence pour la chose inutile et leur besoin viscéral de vendetta et de vengeance. contre on ne sait quel adversaire.

Pour créer une oligarchie aux ordres et sous contrôle, les dirigeants africains n’ont trouvé comme seul moyen que de détruire celles qui avait été patiemment bâties par leurs prédécesseurs et qui géraient avec quand même une certaine hauteur les affaires de l’état, en les remplaçants par les cousins et neveux de ces derniers. Ils ont pris ici le risque de créer des doublures en rupture de ban avec les valeurs immatérielles qui caractérisent la mission de service public. mais ont encouragé aussi la rupture du principe de continuité de l’état, installant de par le fait, un nouveau personnel politique, une nouvelle classe d’individus qui, surpris d’arriver aux affaires, n’ont eu de cesse que de casser la machine de l’état, détruire la conception de l’état, enterrer le principe d’élitisme républicain, vilipender la notion de commis de l’état, oublier l’univers, la noblesse de service public et les valeurs du travail et de l’effort qui s’y amarrent, mettre à bas le respect du bien public commun, incinérer l’idée de civisme qui s’attache à la nation. Qui fait quoi, quand, où et comment, qui décide ? Posez les questions, personne n’a la réponse et en vous regardant fixement dans le silence assourdissant de la machine des états qui tournent à vide sans rien produire, ils nous annoncent ainsi que le sous continent noir est devenu un Titanic. J’accuse ici l’armée des fonctionnaires, ceux qui en Afrique tiennent au bout de leurs mains le destin du continent, d’avoir travesti la mission première qui leur a été confiée en installant sur leurs petits territoires de compétence, des chefferies traditionnelles et des baronnies afin d’assouvir leur soif de pouvoir. J’accuse l’armée des fonctionnaires d’avoir mis en place en Afrique, un système caractérisé par une rupture permanente de la chaîne de responsabilité.

J’accuse enfin l’armée des fonctionnaires de faire de la résistance au développement en continuant à gérer les affaires de l’état comme s’ils étaient dans une boutique d’apothicaire.

Un jour pourtant, nous devrons rendre des comptes pour tout ça. et ce jour-là n’est pas loin.

Georges Njamkepo
Journalducameroun.com)/n


L’Info en continu
  • Cameroun
  • Afrique & Monde
Toute l’info en continu
À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Back top
error: Contenu protégé