Afrique, le Radeau de la Méduse.

« La situation en Côte d’Ivoire réveille en nous une impression d’irresponsabilité… »

La situation en Côte d’Ivoire réveille en nous, outre le sentiment de honte que peut procurer l’impression d’irresponsabilité qui nous habitent en Afrique, mais cette sensation de révolte sur une situation qui révèle notre incapacité à voir les enjeux et à comprendre ce qui nous arrive, le fruit de notre propre inconséquence, englués sommes-nous dans notre légèreté. Au-delà des querelles de clochers, quelle différence y a-t-il entre un Laurent Gbagbo et un Allasane Ouattara, lequel des deux apportera réellement quelque chose à son pays. ont-ils chacun un programme et ce programme est-il différent de celui de l’autre. et pendant ce temps, les peuples se déchirent, soutenant l’un au nom d’un faux nationalisme larvé, rêve d’indépendance de l’Afrique ou l’autre pour une certaine honorabilité qu’il aurait acquise durant son parcours professionnel. La situation en Côte d’Ivoire, c’est la partie visible de l’iceberg, c’est ce qui d’une manière sombre, bouillonne dans toute l’Afrique, un homme prêt à tout pour s’accrocher au pouvoir, un autre décidé à le lui prendre à touts prix, à tous les prix. Le monde est en crise depuis de bien longues années, mais l’Afrique depuis bien plus longtemps, aussi loin que remontent les souvenirs des historiens, a toujours été en crise, crise sociopolitique, économique, crise d’identité et ce bien avant la colonisation qui finalement n’est qu’un petit moment, quelques secondes de l’histoire du continent.

Sans remonter plus loin dans l’histoire du continent, nous souhaitons ici aborder en diagonale, trois époques phares, afin de livrer notre lecture de la réalité du continent. Disons simplement qu’au début, ce fut l’esclavage avec son transport de violence que les Africains ont largement cautionné. C’est certes un raccourci de présenter les choses ainsi, mais c’est une triste réalité que les africains ont un goût certain pour l’auto flagellation. Ils s’en plaignent aujourd’hui, mais ont vite oublié que finalement, les occidentaux d’une manière générale, n’ont jamais pénétré la sombre immensité obscure de la forêt pour récupérer des ouvriers à vil prix devenus plus tard des esclaves, ce sont les chefs tribaux qui décidaient qui et quand, tel ou tel devait être embarqué dans les soutes des négriers, jusqu’au jour où, faute de main d’ uvre à livrer, ces chefs tribaux furent obligés eux-mêmes d’embarquer. Nul n’est besoin de chercher des explications, des justifications, ni des parades, nous ne pouvons absoudre les africains dans cette affaire et leur donner comme ils le souhaitent sur ce cas, des circonstances atténuantes, tant il est vrai que c’est volontairement et avec la bénédiction des Africains que l’esclavage a pu être mis en place et se développer. Aujourd’hui, à cors et à cris, ils exigent aux occidentaux d’en porter la responsabilité, en essayant de nous faire croire que la méchanceté de ces derniers frisait la volonté de génocide et la détermination à vider le continent de ses populations. Pourquoi se poser toutes ces questions sur l’existence d’une volonté de détruire l’humanité en Afrique alors qu’à cette époque, les africains eux aussi, en acceptant la livraison de casseroles, miroirs et autres vétilles, fonctionnaient dans une logique commerciale, pourquoi jeter l’anathème sur les occidentaux alors que déjà à cette époque, les africains font la démonstration qu’ils n’avaient aucun sens de la négociation et qu’en eux naissait déjà les premiers germes de la logique de corruption, corruption des esprit mais aussi, corruption tout court. ?

Mémoire sélective que la nôtre, en voulant effacer et fermer les yeux sur notre propre réalité toujours aussi bien vivace de nos jours et les travers qui ont perlé l’existence de l’Afrique, nous n’avons réussi en voulant nous prévaloir de nos propres turpitudes, qu’à montrer à la face du monde, notre incapacité à être responsables de nos destins, de notre destin commun, ignominie parmi tant d’autres, nous avons fait l’exploit de détruire le rêve de nos enfants sur plusieurs générations. Nous osons, oui nous osons nous inscrire en faux, face à toutes ces déclarations qui veulent que les occidentaux aient profité de la naïveté, de la faiblesse et de la candeur des africains pour monter un commerce d’êtres humains, alors que réellement, l’esclavage était en fait, un des éléments constitutifs inscrits dans une logique industrielle et commerciale de production agricole. D’ailleurs, de quelle naïveté, de quelle candeur s’agirait-il quand on parle des Africains, de quelle faiblesse? Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé au Rwanda, ce ne sont pas les blancs qui tenaient les machettes et les coupe-coupes, ce sont bien des noirs qui agissaient dans cette occurrence, ce sont bien des soldats africains qui on pris plaisir à couper (manches courtes ou longues) les bras de leurs congénères au Libéria et en Sierra Leone… Les occidentaux n’ont rien à voir là dedans… Plus qu’une philosophie politique raciste comme certains tendent à vouloir nous faire croire, l’esclavage fut simplement un système économique dont le passage obligé était l’Afrique pour ce qu’elle pouvait fournir en main d’ uvre dans le commerce triangulaire qui fonctionnait entre le vieux continent et le nouveau monde. Les Africains y ont largement adhéré en échange de breloques, casseroles et quincailleries en tout genre.

Durant la colonisation, ce fut la même démarche, opération portes ouvertes sur l’Afrique, allez-y, trompez-nous, prenez ce que vous voulez et repartez avec. L’Afrique s’est livrée pieds et poings liés au colonisateur, sans résistance aucune. Et n’allez pas dire que les colonisateurs avaient des mousquets, cette explication n’a plus aucune valeur dans l’esprit de nos enfants qui déjà nous demandent des comptes, parce que face à la poudre à canons, nous avions mille et une possibilités de nous en sortir, sauf que. nous avons préféré la corruption, nous avons choisi la décadence, la dégringolade et le déclin de notre nation. Oui, pour protéger leurs intérêts, les occidentaux ont intrigué, ils ont manipulé, ils ont divisé et balkanisé l’Afrique, la nation mossi se retrouvant à cheval entre le Ghana, le Mali et le Burkina Faso, les songhaï se divisant entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, et ainsi de suite. Qui donc a empêché et personne n’aurait pu le faire sans la complicité des africains, qui a empêché aux Mossi de se retrouver afin de créer une nation Mossi, qui a interdit aux songhaï de se mettre ensemble pour continuer à partager ensembles les délices de leur tribalité. nous pouvons en dire autant des bantous, des zoulous. Personne, sauf l’absence de volonté politique des Africains et leur capacité à accuser les autres de les persécuter alors qu’entre eux ils n’ont jamais eu le sens de l’existence et de l’essence de la nation.

Nous sommes fatigués depuis la nuit des temps, nous sommes nés fatigués d’entendre le même refrain qui résonne comme une sourate, nous disant que les blancs sont le centre de nos problèmes. Dans les années 1990, combien d’opposants politiques africains du CFA ont fait plusieurs crochets par Paris pour se plaindre des dirigeants de leur pays, combien ont pensé que la solution se trouvait en Europe qui joignant le geste à la parole ont arpenté les rues parisiennes pour trouver du réconfort auprès des dirigeants français ? La théorie du complot de l’extérieur, thèse défendue par tous ceux qui refusent d’assumer leurs responsabilités face aux malheurs qui nous accablent et sur une situation dont ils ont perdu la maîtrise. C’est ce slogan que l’Union Africaine (African Union) entendez (Antidémocrates Unifiés), syndicat des dictateurs africains se cache pour justifier l’inconséquence de certains parmi eux, qui ont poussé la logique jusqu’à monter le peuple contre eux.

Mais enfin, il faudra définitivement arrêter de croire que nous sommes les victimes expiatoires d’un complot international contre une Afrique qui refuse définitivement de se prendre en main. Chacun défend ses intérêts et si dans cette logique, nous sommes incapables de défendre les nôtres, alors n’accusons pas les autres d’épuiser nos ressources. Hier c’était les occidentaux, aujourd’hui ce sont les chinois, bientôt peut-être les martiens. Le demi-siècle qui vient de s’achever nous indique à loisir la qualité des dirigeants dont l’Afrique a bénéficié, selon le théorème « les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent. ». Si nos dirigeants sont pleutres et lâches, corrompus et misérables, dictateurs et autocrates, ils sont à l’image du peuple qui ne comprend que ce discours, parce que ce n’est pas consubstantiel de nos esprits à tous et de notre mode de vie, la notion d’élitisme républicain au service de l’état n’est pas dans la nature des africains. Quand nous regardons notre Afrique, à l’exception de quelques petites poches de résistance de-ci, delà, quand nous lisons la carte de l’Afrique, on a des douleurs abdominales, des crampes d’estomac, car à cette lecture, nous constatons qu’inscrite au fer rouge dans l’imagerie populaire et l’inconscient collectif, notre devise tourne autour des mêmes maux, des mêmes mots que sont l’irresponsabilité, l’imposture, la mystification, la dissimulation, le goût pour l’artifice et la tromperie, le mensonge et l’hypocrisie, la culture de la contrevérité, l’esquive et la simulation.
Le peuple africain se complaît dans cette situation, sans murmurer, sans s’émouvoir, sans se demander si finalement il a vocation à être pauvre, misérable et silencieux face à tout ce qu’il vit au quotidien.

Les Egyptiens et les tunisiens nous ont montré la voie, ils ont déboulonné les statuts inoxydables de leurs dirigeants qui durant de très longues années d’agonie ont lancé aux peuples des oukases de circonstance et à travers une caste de hiérarques, ont exploité la peur et la corruption pour maintenir un semblant de paix et de stabilité. En appelant la France à l’aide, certes sur la base d’accords de coopération militaire et de défense pour qu’elle effectue l’interposition dans son pays, en confiant la concession d’exploitation du port d’Abidjan à Bolloré Africa Logistics, en concédant à Bouygues l’exploitation de l’eau et l’électricité, en allant chercher maître Verges et son confrère Dumas pour le défendre, Monsieur GBAGBO qui crie au scandale international et à l’ingérence, a fait tout en actant le constat d’impuissance d’une coopération sud-sud (n’y a-t-il pas d’entreprises africaines capable de travailler en Afrique au niveau des compagnies occidentales? c’est une question…), exactement ce qu’il ne fallait pas, offrir son pays, avec armes et bagages aux mains de ceux qu’il accuse aujourd’hui d’en vouloir à son pouvoir. De nos jours, il est courant en entreprise pour un Chef de Service, un Chef de Département ou un Directeur BLANC, de recevoir des lettres truffées de délations et d’accusations mensongères sur ses collègues africains, en provenance d’un cadre africain qui cherche à gravir l’ascenseur de la pyramide des responsabilités en entreprise… c’est le quotidien du salarié des multinationales en Afrique, la trahison, la corruption des esprits, l’ambition à tous prix et à tous les prix,… c’est toujours le noir qui vendra son frère…

Alors, alors. Qu’est-ce qu’on attend pour nous lever comme un seul homme et gagner notre indépendance, notre liberté, notre nation et qu’enfin, le problème de la Côte d’Ivoire soit et reste celui des ivoiriens et des seuls ivoiriens.

Non, on dort…

Georges Njamkepo
Journalducameroun.com)/n


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